ABCÈS
au-dessus de la tumeur. L'application de ce moyen sera longuement décrite plus loin. Elle est sans effet, s'il s'agit d'une tumeur solide; s'il s'agit d'un anévrysme au contraire, on voit, au bout de peu de jours, le sac subir un retrait manifeste, et il se trouve qu'en cherchant le diagnostic on a déjà commencé le traitement. En effet , les anévrysmes peu réductibles, dont le diagnostic est douteux, sont précisément ceux qui cèdent le plus aisément et le plus promptement à la compression indirecte.
Jusqu'ici j'ai comparé les anévrysmes aux tumeurs solides soulevées par les artères. Certaines tumeurs liquides, telles que les kystes et les abcès, peuvent recevoir aussi des battements communiqués; mais ici la distinction est plus facile à établir. Qetë tumeurs en effet ne pourraient être confondues qu'avec des tumeurs anévrysmales molles et entièrement liquides , or celles-ci sont complètement réductibles ; elles présentent des battements très-forts, avec un mouvement d'expansion ; elles sont le siège d'un souffle très-prononcé ; elles obéissent immédiatement à la compression exercée sur l'artère au-dessus ou au-dessous du sac. Rien de pareil n'a lieu lorsqu'un abcès, par exemple, est soulevé et agité par les battements d'une artère. Certains abcès par congestion peuvent, il est vrai, être réductibles, mais cette circonstance rend le diagn'ostic plus facile encore, puisqu'elle permet d'aborder directement l'artère et de reconnaître qu'elle est indépendante de la tumeur. On pourra donc toujours éviter de prendre un abcès pour un anévrysme ; mais l'erreur inverse est plus facile à commettre. Beaucoup de chirurgiens célèbres ont eu le malheur de prendre un anévrysme pour un abcès , et de l'ouvrir au grand détriment des malades. Je pourrais, s'il en était besoin, ajouter bien des faits de ce genre à ceux que Ribes a rassemblés dans un de ses Mémoires (1). A la liste des auteurs qu'il a cités, je pourrais joindre les noms de Dupuytren, de Gullerier l'ancien, de White et même du prudent Boyer. Mais ces citations ne sont pas nécessaires ; tout le monde sait aujourd'hui qu'il faut toujours examiner les choses avec un soin scrupuleux avant d'ouvrir les abcès situés sur le trajet des artères.
(1) Ribes. Sur les abcès pris pour des anévrysmes, et sur les anévrysmes pris pour des abcès, dans ses Mémoires d'anatomie, de physiologie et de pathologie. Paris, 1841, in-8°, T. I, p. 255.