INFLAMMATION DES ANÉVRYSMES. — SUPPURATION
et en quelque sorte une sécheresse qu'elles n'auraient pas eu le temps d'acquérir depuis le début de l'inflammation.
Je crois donc ne pas m'écarter de la vérité, en disant que l'inflammation des anévrysmes n'y produit en général que des caillots passifs. Tantôt ceux-ci n'occupent qu'une partie du sac; tantôt ils le remplissent en totalité ; tantôt enfin ils oblitèrent à la fois la tumeur anévrysmale et l'artère adjacente, dans laquelle ils se prolongent jusqu'à une distance variable. Ces deux dernières dispositions se reconnaissent à la disparition des battements, mais il n'est pas possible de les distinguer l'une de l'autre avant l'ouverture naturelle ou artificielle de l'anévrysme.
Cela posé, trois cas peuvent se présenter. Les conséquences de l'inflammation varient suivant qu'elle se termine par résolution , ou qu'elle aboutit à la suppuration , ou qu'elle se complique de gangrène. Dans les trois cas aussi , l'issue peut être moins favorable, soit que l'anévrysme persiste, soit que le malade succombe.
J'étudierai d'abord la suppuration et la gangrène, qui sont plus communes que la résolution pure et simple.
i° Terminaison par suppuration. — L'inflammation, activée pendant les premiers jours par les battements de l'anévrysme, s'élève généralement jusqu'au degré d'intensité qui fait sécréter le pus.
La suppuration peut se produire soit dans le sac anévrysmal, soit dans le tissu cellulaire qui l'entoure ; le plus souvent, elle se montre dans ces deux points à la fois.
Lorsque la suppuration se fait exclusivement dans le tissu cellulaire péri-anévrysmal , l'abcès se comporte d'abord comme un abcès simple; 0 s'ouvre, ou on l'ouvre, et il ne s'écoule que du pus; mais le sac, mis à nu au fond de l'abcès, ne tarde pas à se ramollir et à se rompre, et si le contenu de l'anévrysme n'est pas déjà solidifié, il en résulte une hémorrhagie fort, grave. C'est ce qui eut lieu sur un malade dont De Haen nous a transmis l'histoire (1); un abcès se forma autour d'un anévrysme poplité. Une incision fut pratiquée; il ne sortit que du pus. Mais le sac se rompit le huitième jour et le malade mourut d'hémorrîiagie.
(1) Ant. de Haen; Ralio mcdcndi. Leydc, ll'.iU, in-S", T. II, p. 81. — Par* V, cap. VI, } '2.
166 DE LA GLÉRISON SPONTANÉE DES ANÉVRYSMES.
En général, lorsque l'inflammation est assez intense pour arriver à la suppuration , elle suffit pour faire coaguler entièrement le sang contenu dans la tumeur. L'ouverture de l'abcès est suivie de l'issue d'une certaine quantité de caillots passifs. Dans les cas les plus heureux, il ne survient aucune hémorrhagie, et si le malade résiste à la suppuration, il est guéri de son anévrysme. Lorsqu'il en est ainsi, la plaie ne se déterge qu'assez lentement. Chaque jour il s'échappe une certaine quantité de caillots. Ce sont d'abord des caillots passifs, réduits en une bouillie noirâtre, grumeleuse, plus ou moins fétide; plus tard, il n'est pas rare d'extraire quelques couches de caillots fibrineux , qui existaient sans doute dans le sac avant l'inflammation. Enfin, la paroi membraneuse de l'anévrysme, isolée sur ses deux faces, et devenue flottante dans un vaste clapier purulent, finit le plus souvent par être frappée de mort et par être rejetée avec la suppuration. C'est là une véritable gangrène; mais il ne faut pas confondre ce phénomène avec la terminaison par gangrène, dont je parlerai tout à l'heure.
Quand la suppuration s'empare d'un anévrysme qui renferme déjà une couche très -épaisse de caillots fibrineux, elle peut donner lieu à des conséquences assez curieuses. La membrane du sac, détruite et perforée par l'inflammation suppurative, laisse à nu, dans le fond de l'abcès, la surface extérieure de la concrétion anévrysmale. L'abcès s'ouvre à l'extérieur et peut se cicatriser ensuite, sans que les caillots actifs soient entièrement éliminés. Cela ne semble-t-il pas indiquer que ces caillots jouissent d'une sorte de vitalité ? Voici comment les choses se passèrent dans un cas remarquable, publié, en 1826, par M. Delort, dans les Bulletins de la Société anatomique (1) : un anévrysme de l'aorte perfora le sternum et vint faire saillie sous les téguments. La tumeur extérieure s'enflamma et s'ouvrit, laissant échapper une grande quantité de pus et de caillots sanguins. La plaie suppura abondamment pendant quelque temps, puis elle se referma. Trois semaines après, une nouvelle tumeur se forme dans le même endroit; elle est, comme la première, pulsatile et fluctuante. Le malade rentre à l'hôpital. Au bout de trois jours, une eschare se
(1) Bulletins de la Soc. anatomique , 1826 , T. 1 , 2e édit. Paris , 18M , in-8°, p. 98-100.