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INFLAMMATION DES ANEVRYSMES. — SUPPURATION

produit au sommet de la tumeur ; elle se détache et laisse échapper beaucoup de pus et un quart de verre de sang décoloré (1). Cette fois, l'ouverture reste fistuleuse, il ne survient aucune hémorrhagie, et le malade succombe dix jours après. — A l'autopsie, on trouve dans la poitrine une tumeur anévrysmale provenant de l'aorte ascendante et grosse comme la tête d'un enfant d'un an. Elle est constituée par une grosse masse de caillots fibrineux, dont la surface est comme puriforme, et dont la consistance est considérable ; cette masse renferme à son centre une cavité pleine de sang fluide et communiquant directement avec l'aorte par une ouverture large de 30 millimètres.

Cette observation est importante à plus d'un titre. Le premier abcès communiquait bien évidemment avec l'intérieur du sac , puisque le pus qui s'écoula était mêlé de caillots sanguins. Bien que la paroi du sac eût été détruite , bien que la face externe des caillots fibrineux fût baignée de pus , ces caillots résistèrent et n'empêchèrent pas la plaie de se cicatriser. Lorsque le deuxième abcès se ferma , une partie des caillots actifs se fondit dans la suppuration et fut rejetée à l'extérieur, et cependant, telle était la densité des couches fihrineuses stratifiées , qu'elles résistèrent à la pression considérable exercée sur elles de dedans en dehors par le sang liquide qu'elles renfermaient.

L'exemple précédent prouve encore que l'existence d'une inflammation très-intense ne suffit pas toujours pour faire oblitérer la cavité de l'anévrysme. Sans l'épaisse couche fibrineuse déposée dans le sac, le malade de M. Delort eût été exposé à une hémorrhagie foudroyante au moment où l'abcès s'ouvrit. — Il est malheureusement très-commun d'observer cette funeste terminaison. La tumeur, incisée ou ouverte spontanément, donne d'abord issue à du pus, puis à des caillots, et presque aussitôt un jet de sang artériel s'élance à l'extérieur. D'autres fois, il ne s'écoule qu'une matière grumeleuse, formée de pus et de caillots; plusieurs jours se passent sans accidents, mais tout à coup, à une époque quelconque , le caillot passif qui obstruait l'artère se laisse déplacer ou détruire par la colonne sanguine, et une

(1) Il est probable que, sous le nom de sang décolore , l'auteur désigne des détritus de caillots fibrineux.

hémorrhagie terrible en est la conséquence. Lorsque cet accident survient sur un anévrysme externe, il est quelquefois possible d'arrêter l'hémorrhagie à l'aide d'un tourniquet et d'une compression directe ; mais il est très-rare que ce secours arrive à temps.

Telles sont les principales conséquences de la terminaison par suppuration. On voit combien est redoutable une terminaison qui compense à peine , par quelques chances de guérison définitive, les chances bien autrement nombreuses d'une mort plus ou moins prompte.

2° Terminaison par gangrène. — L'inflammation des anévrysmes peut encore se terminer par gangrène, ou plutôt se cornpliquer de gangrène, car il est rare que la mortification des tissus soit due simplement à l'excès d'inflammation.

La gangrène survient même quelquefois sans que l'inflammation ait été assez intense pour produire du pus. Voici comment les choses se passent en pareil cas : la tumeur, en s'accroissant , rencontre la face profonde de la peau qui cède d'abord avec complaisance, mais qui finit souvent par s'enflammer. Sous l'influence de cet état morbide, le derme perd son extensibilité. Or, on sait avec quelle facilité les parties qui sont le siège d'une inflammation aiguë se gangrènent sous l'influence de la compression. Il n'est donc pas rare de voir une eschare se former au centre des tumeurs anévrysmales. Cette eschare comprend à la fois la peau amincie et la paroi correspondante du sac qui lui est devenue adhérente. Lorsqu'elle se détache, le contenu de l'anévrysme s'échappe donc librement à l'extérieur.

Ici, plusieurs cas peuvent se présenter: si l'inflammation a été assez intense et a duré assez longtemps pour faire coaguler le sang jusque dans l'artère, des caillots passifs, plus ou moins altérés, plus ou moins mêlés de pus, sortent lentement de la plaie; si, au contraire, l'inflammation a été moins énergique, ou si elle a duré moins longtemps, de telle sorte que la cavité anévrysmale soit encore accessible au sang artériel, celui-ci s'élance impétueusement à l'extérieur, et c'est ainsi que succombent un grand nombre de malades.

La gangrène n'est donc pas un mode de guérison des anévrysmes; c'est un accident qui dépend de l'inflammation. Elle

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