CHAPITRE IX
Méthode de Malgaigne
( SUTDRE ENTORTILLÉE).
La suture entortillée a été imaginée par M. Malgaigne et présentée par lui comme un procédé de l'acupuncture ; mais elle en diffère essentiellement par son mode d'action et constitue en réalité une méthode à part.
Pour l'appliquer, on traverse d'outre en outre l'anévrysme avec une ou plusieurs épingles , autour desquelles on entortille un fil comme dans la suture du bec-de-lièvre. A l'action exercée par le corps étranger qui séjourne dans la tumeur se joint la striction produite par le fil. La plus grande partie de la cavité du sac se trouve ainsi effacée ; le reste s'enflamme et se remplit de caillots.
Cette méthode n'est applicable qu'aux anévrysmes très-petits et très-superficiels ; il faut, en outre, que l'artère anévrysmatique ne soit accompagnée d'aucune veine volumineuse, d'aucun nerf important. Ces conditions n'existent, pour ainsi dire, que lorsque l'anévrysme occupe l'une des artères de la voûte du crâne.
240 MÉTHODE DE MALGAIGIVE.
C'est, en effet, dans un cas de ce genre que M. Malgaigne a fait l'application de sa méthode (1) :
4 e Observation (Malgaigne). — Deux anévrysmes de la région frontale traités et guéris par la suture entortillée.
Un garçon de 15 ans, se baignant dans la Seine, fit un plongeon et alla se heurter le front au fond de l'eau. Une petite tumeur, grosse comme une lentille, parut quelques instants après au-dessus du sourcil gauche. Elle s'accrut les jours suivants, et le jeune homme entra à l'hôpital le 4 juillet 1 846 , quinze jours après l'accident.
Au-dessus de la partie moyenne du sourcil gauche , à 2 centimètres du bord supérieur de l'orbite, existait une petite tumeur du volume d'un gros pois, arrondie, mobile, pulsatile, un peu douloureuse à la pression, et recouverte d'une peau parfaitement saine. A 2 centimètres au-dessus de ce premier anévrysme, mais un peu plus en dehors, se trouvait une autre tumeur plus petite qui présentait les mêmes caractères.
Ces deux tumeurs étaient situées sur le trajet d'une artère qui venait obliquement de la région temporale, se recourbait au niveau du premier anévrysme, remontait ensuite vers le second , et allait se perdre dans le cuir chevelu.
Le 8 juillet, M. Malgaigne passa à travers l'anévrysme inférieur deux épingles disposées en croix et pratiqua la suture entortillée.
Une troisième épingle fut passée sous l'artère anévrysmatique , à 2 centimètres au-dessous de la tumeur, et fixée au moyen d'un deuxième fil entortillé autour d'elle.
On ne toucha pas ce jour-là à l'anévrysme supérieur qui s'affaissa néanmoins et cessa de battre. Mais les pulsations y ayant reparu le 13 juillet, M. Malgaigne y introduisit deux épingles en croix et les entoura d'un troisième fil.
Il ne survint aucun accident. Le 4 5, on enleva le fil du premier anévrysme, sans toucher aux épingles, qui tombèrent successivement le 16 et le 22. L'épingle placée sous i'artère fut enlevée le 21. Enfin, le 25 juillet, on débarrassa la tumeur supérieure des épingles et des fils. — Les deux anévrysmes étaient complètement oblitérés. L'artère battait depuis la tempe jusqu'au niveau du point où elle avait été atteinte par la suture la plus inférieure ; au delà de ce point , on ne sentait aucun battement ; on n'en trouvait pas davantage entre les deux anévrysmes , ni entre l'anévrysme supérieur et le cuir chevelu.
Le malade fut présenté le 12 août 4846 à la Société de chirurgie. Toute Cl) Journal de chirurgie de Malgaigne, 18UG, T. IV, p. 239.