HISTORIQUE. — JOHN HUNTER
leur ni pire que le procédé de Scarpa , destiné à atteindre l'artère plus haut encore.
Ainsi tombent toutes les raisons théoriques qui conduisirent Hunter à s'écarter un peu de la voie tracée par ses devanciers. Quant à l'incision du sac, le chirurgien anglais jugea sagement qu'elle n'était pas nécessaire. « Selon lui, dit Everard Home, il « étoit très-vraisemblable que si les parties étoient livrées à elles- « mêmes, le sac, avec le sang coagulé qui y étoit contenu, pour- « toit être absorbé, et toute la tumeur ainsi enlevée par Yéconomie « animale (1). »
Telles furent la première opération et la première théorie de Hunter. Placé sur un grand théâtre , dans un pays où les anévrysmes sont très -fréquents, entouré d'élèves enthousiastes, jouissant d'une renommée justement acquise, Hunter fit donner à son observation une grande publicité, et eut bientôt l'occasion de faire de nouvelles tentatives. Son second malade mourut iïhémorrhagic; le troisième survécut, mais le sac, rempli de caillots passifs, se rompit au bout d'un mois comme cela avait eu lieu sur l'opéré de Desault. Jusque-là Hunter avait lié la veine fémorale en même temps que l'artère; il se corrigea de cette pratique déplorable, et ses deux derniers malades guérirent sans accidents. Puis, son premier opéré étant mort d'autre chose quinze mois après la guérison, il obtint, à prix d'or, la permission d'en faire l'autopsie, et profita de cette occasion précieuse pour modifier sa théorie. Uéconomie animale n'avait résorbé ni le sac ni les caillots. 11 restait encore une tumeur volumineuse longue de neuf centimètres, large et épaisse de sept (2), dure, solide et pleine d'un coagulum lamelleux. Hunter découvrit ainsi que la ligature agissait simplement en faisant solidifier le sang dans la poche anévrysmale, et, quoiqu'il ignorât la distinction établie par J. L. Petit entre les deux espères de caillot, on peut dire que cette découverte était un véritable progrès.
11 revient donc à John Hunter une grande et légitime place dans l'histoire de la méthode d'Anel. Quels que soient les motifs qui aient pu le diriger, c'est lui qui, en définitive, a transporté, à
(1) Jottrn. de V anclermonde, t. LXX, p. fi55-a56.
(2) Voy. un dessin de grandeur naturelle représentant cette tumeur, publié par Ev. Home dans Philosophical Transactions, Lond., 1826, in-/i°, vol. CXVI, pi. V, fig. 2 , p. 195.
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quelque distance du sac, une ligature que ses prédécesseurs avaient appliquée un peu plus bas, et la connaissance de ce procédé, en rendant l'opération plus facile, n'a pas peu contribué à la vulgariser. C'est lui encore qui, par ses tentatives réitérées, par ses succès répétés et par la grande influence que lui donnait sa haute renommée, a fait triompher la ligature en Angleterre, d'où elle a ensuite gagné le continent. C'est lui, enfin, qui a acquis les premières notions sur le mode d'action de la méthode d'Anel, notions bien incomplètes sans doute et même inexactes à certains égards, niais propres cependant à conduire au progrès. Si les élèves de Hunter s'étaient contentés de constater tout cela, personne n'aurait réclamé. Mais ils sont allés beaucoup plus loin. Au lieu de dire que leur maître avait inventé un procède utile, ils ont prétendu qu'il avait créé la méthode tout entière. Dans l'origine, je veux bien le croire, ils n'ont péché que par ignorance; ils ne connnaissaient ni le fait d'Anel , ni ceux dont parle Bertrandi, ni les succès de Leber et de van Hespel, ni l'opération plus récente de Desault. Ils ont cru que Hunter avait ouvert la voie. Everard Home, pour sa part, en était si convaincu qu'il a décrit la ligature faite immédiatement au-dessus du sac comme une modification qu'on avait fait subir ultérieurement au procédé de son maître. « L'opération de Hunter, dit-il, ayant réussi dans « le premier cas où il la pratiqua, les chirurgiens des différents « hôpitaux l'adoptèrent, niais en lui faisant subir quelques modi- « fcations (1). » Veut-on savoir en quoi consistèrent ces modifications , il n'y a qu'à lire les observations de J. Birch , de Pott et de Earle. Ces trois chirurgiens mirent à nu la partie supérieure du sac et lièrent l'artère à ce niveau, exactement comme l'avaient fait Desault et ses prédécesseurs. Je me trompe, car Birch fit une incision en x» tandis que Pott, après avoir fendu le jarret dans une étendue de cinq pouces, lia je ne sais quoi, mais ne lia pas l'artère, si ce n'est quelques jours après, lorsqu'il jugea opportun de pratiquer l'amputation (2).
(1) Œuvres complètes de J. Hunter, éd. citée, T. III, p. 668.
(2) Loc. cit., p. 671. La prétendue ligature faite par Pott n'avait pas arrêté les battements de l'ané»rysme, qui s'accrut avec rapidité les jouis suivants. On prétendit que l'anévrysnie occupait, au lieu du tronc de la poplitée, une artère anastomotique ; niais en publiant le fait , Ev. Home émit des doutes sur cette interprétation , et donna à entendre que l'artère n'avait pas été liée.