‹ Des anéurysmes et de leur traitementChapitre 107 sur 220 · HISTORIQUE. — ANEL, DESAULT ET HUNTER · texte numérisé non relu

HISTORIQUE. — ANEL, DESAULT ET HUNTER

En considérant ces trois opérations comme des modifications de la méthode de Hunter, Ev. Home fit acte d'ignorance. C'était une erreur, ce n'était pas une faute. Mais ses successeurs n'ont pas eu la même excuse; ils savaient très-bien que d'autres, avant Hunter, avaient lié l'artère au-dessus du sac, et, cependant, ils ont continué à dépouiller Anel de sa découverte, et, aujourd'hui, la plupart des Anglais croiraient manquer de patriotisme s'ils ne désignaient pas la ligature sous le nom de méthode de Hunter ou d'opération huntérienne. Personne , sous ce rapport , n'est allé plus loin que M. Guthrie, qui, entraîné par l'exubérance de son amour-propre national , s'est laissé aller à émettre les assertions les plus inexactes (1). Ainsi, il prétend que l'opération d'Anel avait été promptement oubliée , que le malade de Desault mourut au bout de quelques mois par suite de la suppuration; il donne à entendre que ce fait est postérieur à celui de Hunter, et se base, pour cela, sur un absurde passage qu'il extrait du Mémoire de Pelletan sur les anévrysmes externes: « Dans le même (i temps que l'opération de Hunter nous est parvenue, dit Pelle- « tan, M. Dessaut {sic), alors chirurgien-major de l'hôpital de la « Charité, eut occasion de pratiquer la même opération. Comme « l'histoire n'en est écrite nulle part, je vais la consigner ici (2). » L'intention de Pelletan est évidemment de représenter Desault comme l'imitateur de Hunter; mais il le prouve d'une singulière façon en citant aussitôt l'observation de ce fait. On croit peutêtre qu'il s'agit d'une ligature pratiquée au-dessus de la tumeur? Point du tout, il s'agit d'une opération par la méthode ancienne, avec ligature de l'artère au-dessus et au-dessous de l'anévrysme ! On ne saurait douter ici de la mauvaise foi de Pelletan, qui cherchait toutes les occasions de ternir la réputation de Desault , qui affectait de ne pas savoir l'orthographe du nom de ce grand chirurgien , et qui parlait de lui avec un ton de supériorité vrai-

(1) Gcthrir. On the Diseuses and Injuries of Arterics. Lond., 1830, in-8°, p. 145-151.

(2) Pelletan. Clin, cliirurg. Paris, 1810, in-8", T. I, p. 149 et 150. Je dois avouer que cette obseivalion me semble fort suspecte. Elle ressemble tellement à un fait tiré de la pratique de Desault et publié par Petit , de Lyon, en 1790 (Journal de Vandermonde,lî. LXXX1II, p. 54), que je suis porté à croire qu'il s'agit d'un seul et même malade. Pelletan a parlé de ce fait avec des souvenirs confus ; il a placé la scène à la Charité , en 1786 ou 1787 [sic) , époque où Desault était déjà à l'Hôtel-Dieu. 11 a raconté la chose à sa manière , en se contredisant à chaque ligne, et j'ai peine à croire que M. Guthrie ait pu prendre cette légende au sérieux,

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ment risible (1). Il est vrai que Desaull n'était plus là pour se défendre.

C'est à cette source suspecte que M. Guthrie est allé puiser pour rehausser la renommée de Hunter au détriment de celle de Desault. Mais ce qui est plus grave , c'est que , feignant de n'avoir pas lu le premier mémoire d'Everard Home, il dénature les motifs qui ont conduit Hunter à pratiquer sa première opération. Suivant lui, ce fut en méditant sur le mécanisme des cures spontanées que Hunier arriva à l'idée de la simple ligature. A vaut de se décider pourtant à exécuter cette opération, limiter y Lirait entrepris sur les animaux des expériences destinées à prouver que les hémorrhagies consécutives ne se produisent pas lorsqu'on agit sur des artères préalablement saines. Or, rien de cela ne se trouve dans le premier mémoire d'Everard Home. Ce fut seulement après soa premier succès, après l'autopsie tardive de son opéré, que Hun7 ter entrevit le mode d'action de la ligature sur les anévrysmes; et, quant aux expériences faites sur les animaux, il n'en est question que dans le deuxième mémoire d'Everard Home, publié, en 1793. Je le répète, Hunter ne fut dirigé que par une seule idée, qui reposait même sur de fausses théories ; il ne s'éloigna du sac que pour être certain de trouver une artère susceptible de s'oblitérer par première intention, ou, si on veut, par inflammation adhésive; cette considération le dominait si exclusivement qu'il chercha à aplatir l'artère au moyen de quatre ligatures incomplètement serrées ; il provoqua ainsi une hémorrhagie grave et d'autres accidents auxquels son malade eut le bonheur d'échapper. Cette leçon ne fut pas perdue pour lui; l'expérience le conduisit à régulariser son procédé; ce fut alors qu'il étudia l'action des lésions traumatiques sur les artères des animaux. M. Guthrie suppose au contraire que Hunter a deviné tout cela du premier coup, par la seule force de son génie, et il part de là pour exalter Hunter aux dépens de ses prédécesseurs. « L'opéu ration d'Anel, dit-il, était oubliée; celle de Desault ne fut «qu'une expérience malheureuse.... Celle de M. Hunter ne fut « pas une expérience ; elle fut fondée sur un solide raisonnement, « appuyée sur des expérimentations faites dans ce but et sur une

U) Voy. entre auties T. 1 , p. 123. La rancune de Pelletait était déjà ancienne. En 1785, il s'était mis sur les rangs pour obtenir la place de Ferrand , et s'était vu préférer Desault.

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