‹ Des anéurysmes et de leur traitementChapitre 115 sur 220 · LIGATURE GRADUELLE. Z · texte numérisé non relu

LIGATURE GRADUELLE. Z

médiate ; dominé par une fausse théorie, il croyait rendre impossibles les hémorrhagies consécutives dont il favorisait, au contraire, la production. Je n'en pourrais dire plus long à cet égard, sans sortir de mon sujet et sans aborder l'étude de la ligature en général. Je me bornerai à dire que l'aplatissement de l'artère oblitère les vaisseaux beaucoup plus lentement que les ligatures fines , qu'il détermine souvent sur les parois artérielles un travail d'ulcération qui les perfore avant que le caillot intérieur ne soit devenu assez solide pour résister à la pression du sang, — qu'enfin ce procédé, après avoir donné lieu à un grand nombre d'bémorrhagies consécutives, a été définitivement et justement abandonné.

Revenons maintenant à la ligature graduelle. Deschamps l'inventa, pour ainsi dire, sans s'en douter. Ayant un jour serré prodigieusement (sic) une ligature ordinaire, autour d'une artère fémorale , dans un cas d'anévrysme poplité , il vit les pulsations reparaître dans la tumeur sept heures après l'opération. Ce phénomène bien simple était dû au retour du sang par les collatérales ; mais Deschamps s'imagina qu'il dépendait d'une autre cause; suivant lui, la ligature n'avait pas étreint complètement le vaisseau. C'est pourquoi une ligature d'attente, laissée au-dessus de la première, fut serrée le quatrième jour au moyen du précieux presseartère. Finalement, le malade eut une hémorrhagie consécutive qui ne l'empêcha pas de guérir (1).

En réfléchissant sur ce fait, qu'il aurait certainement interprété d'une toute autre manière, s'il n'avait pas été mû par le désir de prouver que le presse-artère arrêtait mieux le cours du sang que les ligatures nouées , Deschamps fut conduit a croire qu'il avait oblitéré graduellement le vaisseau. — 11 proposa donc, pour éviter la gangrène , de faire volontairement ce qu'il croyait avoir fait par mégardc, et de mettre à profit le mécanisme du presse-artère pour intercepter peu à peu le cours du sang (2). Au surplus, il ne paraît pas qu'il ait jamais mis ce procédé à exécution. Ce fut seulement dix -huit ans plus tard qu'Ant. Dubois appliqua, pour la première fois, la ligature graduelle. Ce chirurgien passa sous l'artère fémorale un fil dont il engagea les deux

(1) Journal de Fourcroy, T. IV , p. 307 à 311. Paris , 1792, in-8°.

(2) Deschamps. Observ. et rèflex. sur la ligature, elc, p. 112, en note. Paris, 1707, in*S°.

WU .MÉTHODE D'ANEL.

extrémités dans lf serre-nœud de Desault. Le premier jour, il serra modérément la ligature, de manière à diminuer et non à supprimer les battements de l'anévrysme; les jours suivants, il augmenta peu à peu la constriction , et lorsqu'il eut reconnu que la tumeur était oblitérée, il enleva à la fois le ruban constricteur et le serre-nœud. Son malade guérit sans accidents. A. Dubois obtint, peu de temps après, un second succès aussi complet et aussi rapide (1). Mais un troisième cas, qui se termina malheureusement, fit oublier les deux autres. Cette fois, la tumeur avait été entièrement solidifiée en dix jours, et le serre-nœud avait été enlevé le surlendemain; néanmoins, la plaie de l'opération donna lieu, le dix-huitième jour, à une hémorrhagie si considérable que Dubois crut devoir pratiquer immédiatement une amputation, prompte ment suivie de mort (2). Depuis lors, le même procédé fut mis en usage avec un succès complet par Larrey, sur un lancier âgé de 39 ans, et il ne survint aucune hémorrhagie, quoiqu'on eût laissé séjourner le serre-nœud dans la plaie pendant vingt-deux jours (3). L'hémorrhagie ne se produisit pas non plus sur un malade de Monteggia. Le professeur de Milan ne se proposait pas d'oblitérer graduellement l'artère; il voulait, au contraire, l'aplatir complètement dès le premier jour. Dans ce but, il se servit de la pince compressive d'Assalini. Cet instrument se composait de deux branches articulées rapprochées par un ressort. Une vis passée à travers les branches permettait au besoin de rendre la pression plus énergique. Monteggia appliqua d'abord la pince sur la fémorale sans serrer la vis; mais les pulsations reparurent bientôt dans la tumeur du jarret , et au bout de trente-six heures il fallut recourir à la vis de pression pour arrêter les battements : cela réussit pleinement. Soixante heures plus tard , on jugea que l'artère devait être oblitérée, on relâcha la vis, puis on retira l'instrument, et la plaie se cicatrisa en quatorze jours. La guérison fut parfaite (6).

(1) Duket. Sur la compression immédiate de l'artère dans l'opération de l'anévrijsme, Th. inaug. Paris, 1810, p. 13.— Ristelhuebf.r. Mém. sur la ligature, etc., dans Mém. de ta Soc. d'émulation. Paris , 1817, T. VIII , p. 711, iii-8°. — Assalini. Manuale di chirurgia. Napoli, 1819, in-8°, p. 215.

(2) KISTELHUEBER , loc. cit., p. 706. — ASSALINI , loC. Cit., p. 218.

(3) Larrey. Clin, chirurg., T. III, p. 177. Paris, 1829, in-8°.

(îi) Assalini. Manuale di chiritrgia. Napoli, 1819, in-80, p. 220-224 et Tav. 1, fi g, V. — Brescliet a traduit cette observation dans les notes qu'il a ajoutées au livre d'Hodgson-, mais

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