MODE D'ACTION. — PROCÉDÉ DE BRASDOR
causes pour faire varier les effets du procédé de Brasdor. Tantôt le sang ne se coagule point du tout dans la poche anévrysmale, tantôt il y dépose des couches de fibrine , et enfin , dans les cas les plus ordinaires, il s'y précipite sous forme de caillots passifs.
Lorsque la coagulation fait défaut, le but de l'opération n'est pas toujours pour cela complètement manqué. La tumeur, sans durcir et sans cesser de battre, peut rétrograder, descendre à un volume peu considérable, et, devenue inoffensive, rester ensuite définitivement stationnaire. C'est ce qui eut lieu sur une femme opérée par M. Colson , de Noyon , pour un anévrysme de la carotide primitive gauche , au commencement de \ 8^0. Vers la fin de cette môme année, lorsque l'observation fut communiquée à l'Académie (1), la tumeur, réduite à un petit volume, continuait toujours à battre, et dix-huit mois plus tard, au mois de juin 18^2, près de trente mois après l'opération , M. Colson écrivit à M. Robert que la tumeur n'avait pas fait de nouveaux progrès , et que l'opérée avait repris depuis longtemps ses occupations habituelles (2).
L'état stationnaire de la tumeur anévrysmale s'explique , en pareil cas, par la distance qui existe entre l'orifice du sac et le courant artériel; mais cette condition ne suffit pas toujours pour enrayer les progrès de l'anévrysme. On a vu plus d'une fois des tumeurs , placées dans des conditions exactement semblables à celles que fait naître le procédé de Brasdor, continuer à s'accroître et finir même par se rompre. Les anévrysmes secondaires qui se développent au-dessus des ligatures , soit dans les moignons d'amputation, soit dans la continuité des membres (3) le prouvent suffisamment. Donald Monro a cité deux faits qui déposent dans le même sens. Dans le premier cas, un anévrysme spontané et sacciforme de l'extrémité inférieure de l'axillaire ou supérieure de l'humérale fit des progrès incessants, descendit jusqu'à la partie inférieure du bras, et finalement se rompit en
(1) Cas de Colson, dans Bull. Acad. de méd., septembre 1840, T. VI, p. 8.
(2) Robert. Des anévrysmes sus-claviculaircs, th. de concours. Paris, 1 juin 1842, p. 11Û.
(3) Voy. plus haut, p. 38 à 42. Je suis disposé à rapprocher de ces faits une observation que M. Sédillot a consignée en abrégé dans son Traite de médecine opératoire. Paris, 1853, in-12, T. I, p. 229. J'ai déjà parlé de ce fait que M. Sédillot a donné comme un exemple d'anévrysnie artério-veineux, mais qui me paraît rentrer plutôt dans la catégorie des anévrysmes artériels.
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donnant lieu à une hémorrhagie mortelle. L'autopsie prouva que l'humérale, immédiatement au-dessous de l'orifice du sac, était solidement oblitérée dans une étendue d'un pouce et demi, et que l'artère axillaire venait, pour ainsi dire, se terminer en culde-sac dans l'anévrysme (1). Dans le second cas de Donald Monro, le malade mourut également par suite de la rupture d'un anévrysme inguinal gros comme la tête d'un enfant de trois ans. A l'autopsie, on trouva que l'anévrysme était diffus consécutif, que le bout supérieur de l'artère était seul perméable, et que, immédiatement au-dessous de l'orifice du sac, commençait une oblitération artérielle solide qui descendait jusqu'à l'anneau du troisième adducteur (2).
Des faits de ce genre ont été observés aussi sur les grosses artères du cou. M. Mackelkan a trouvé l'artère carotide droite spontanément oblitérée au-dessus d'un énorme anévrysine bracbio-cépbalique, qui avait continué à s'accroître jusqu'à la mort du malade (3). M. Deville a fait avec M. Bérard une autopsie plus curieuse encore. Un malade atteint d'anévrysme de l'artère sousclavière succomba, en 1843, aux progrès de cette affection. La dissection montra pourtant que le tronc de la sous-clavière était oblitéré en dehors des scalènes , que toutes les branches de cette artère, sans exception, étaient imperméables ainsi que les deux carotides, et cependant l'anévrysme ne s'était pas oblitéré. Il fallait crue chez cet individu le sang fût bien peu disposé à se coaguler (4).
Ces faits sont plus probants que ceux qui ont été cités par Hodgson , et qu'il devient dès lors inutile de discuter : ils permettent de prévoir que le procédé de Brasdor doit être quelquefois tout à fait inefficace , chose qui du reste n'est pas en contestation. Il n'en est pas moins vrai que ce procédé réussit très-souvent à faire oblitérer les poches anévrysmales.
Cette oblitération est quelquefois constituée par des caillots passifs. Plusieurs exemples le démontrent clairement. Chez la première opérée de M. Wardrop , Tanévrysme, qui occupait l'ex-
(1) Essmjs and Observations Physical and Literary. Edinburgh, 1771, vol. III, p. 197
(2) Ibid., p. 214.
(3) Guthrie. On Diseuses and Injuries of Arteries. Lond. 1830, in-8°, p. 203.
(4) Bull, de la Soc, anat., 1847, T. XXII, p. 405.