CHOIX DU LIQUIDE COAGULANT. .'S
certitude, si la ligature était moins meurtrière, si la compression indirecte était plus efficace , si l'une et l'autre étaient applicables a tous les anévrysmes, il y aurait lieu en elïét de repousser l'idée de Monteggia , fécondée par Pravaz. Il n'en est malheureusement pas ainsi. Les anévrysmes externes sont encore au nombre des affections les plus graves de la chirurgie. Toutes les méthodes connues exposent à des déceptions ou à des revers. — Dans un pareil état de choses, il faut être indulgent pour les innovations.
La méthode des injections coagulantes ne pourra vraisemblablement jamais devenir tout à fait inoffensive; le caillot qu'elle fait précipiter dans les anévrysmes semble en effet devoir toujours participer aux propriétés nuisibles des caillots passifs; mais il me paraît certain que si elle est un jour régularisée et perfectionnée, elle perdra une grande partie de sa gravité. Je n'ai pas l'intention d'analyser et d'argumenter une à une toutes les observations qui ont été publiées jusqu'ici , mais je ne crains pas d'être contredit en disant que, dans beaucoup de cas, les chirurgiens ont agi sans règle fixe et se sont écartés des sages préceptes de Pravaz. Les uns n'avaient pas les instruments nécessaires, et ont dû se servir d'une seringue ordinaire qui ne leur permettait pas de doser l'injection ; d'autres ont cru bien faire de pratiquer d'abord une incision avec le bistouri pour rendre l'opération plus facile. Celuici a négligé de faire comprimer l'artère au-dessus de la tumeur; celui-là s'est servi d'un liquide mal préparé ou d'une solution non titrée, etc. En un mot, on a le plus souvent procédé en quelque sorte au hasard. La méthode mieux appliquée eût-elle donné de meilleurs résultats? Il est possible que non , mais il est probable que oui.
Je pense que cette question a été trop vite abandonnée et qu'il faut l'étudier encore. Il ne sera donc pas inutile de résumer ici les résultats expérimentaux et les préceptes pratiques que les chirurgiens ne peuvent se dispenser de connaître.
11 importe avant tout de choisir le liquide le plus convenable. Le perchlorure de fer, en effet , n'est pas la seule substance qui jouisse de la propriété de coaguler promptement le sang. — Le tannin, l'alcool , les acides minéraux ou végétaux, le chlorure de zinc et tous les sels de peroxyde de fer exercent une action rapide
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sur les éléments du sang qu'ils solidifient d'une manière plus ou moins complète.
Le meilleur liquide est celui qui réunit les conditions suivantes : 1° coagulation très-prompte; 2" caillot très-solide; 3° action peu irritante sur les tissus. Malheureusement , la troisième condition s'est montrée jusqu'ici pe-u compatible avec les deux autres.
Le chlorure de zinc est très-irritant et même caustique ; il donne un magma crémeux plutôt qu'un caillot véritable (1).
Le tannin, l'alcool, la créosote, les acides végétaux sont beaucoup moins irritants, mais ne fournissent qu'un caillot sans consistance (2).
Les acides minéraux ont une action presque instantanée ; mais ils désorganisent ou carbonisent le sang , cautérisent les tissus , et le caillot qu'ils donnent est encore sans solidité.
Jusqu'ici les sels de fer paraissent seuls capables de faire prendre le sang en une masse suffisamment dure. Les protosels ou sels de protoxyde n'ayant aucune action coagulante doivent être d'abord écartés. Les sesquisels valent beaucoup mieux, et le cèdent à peine aux persels ou sels de peroxydes qui produisent une coagulation vraiment surprenante.
Pravaz rencontra d'abord le percblorure de fer et c'est avec cette substance qu'on a fait depuis lors presque toutes les expériences et presque toutes les opérations. Mais le persulfate et le perazotate de fer exercent sur le sang une action à peu près identique, et on n'a peut-être pas assez étudié leur action sur les tissus. Le sesquisulfate de fer essayé par M. Da Silva (3) n'est pas
(1) Voy. pour plus de détails le mémoire de &ït 13!';rii';-Dubuisson , dans Gazette médicale de Lyon, 1853, p. 171.
(2) Le liquide iodo-tannique (solution d'iode cl de tannin ) , préparé par MM. Socquet et Guilliei iriond , donne un caillot assez consistant pour intercepter la circulation dans les veines. M. Barrier, qui a le premier employé cet agent comme hémoplastique dans le traitement des varices , s'est demandé s'il ne remplacerait pas avantageusement le perclilorure de fer dans le traitement des anévrysmes {Gaz. mé'd, de Lyon, 1 >.Vi, T. VI, p. 19). Mais M. Uesgranges , de Lyon, après des expériences nombreuses , a prouvé que le nouveau liquide ne possède que le tiers de la puissance coagulante du percblorure [Gaz.med. de Lyon, lHbU, T. VI, p. 138). J'ai fait démon côté quelques expériences , j'ai pu m'assurer que le caillot iodotannique est beaucoup moins résistant que le caillot du j crchlorure. Au surplus, M. Valette a parfaitement démontré que l'iode ne joue aucun rôle dans la coagulation , et que le liquide iodo-iannique agit ni plus ni moins comme le ferait une solution de tannin ( p. l'il ).
(3) Da applicaçao do pcvcldorurcto dcferio no ir.namenla dos ancitrismas , dans Gazela medica de Lisboa , T. IV, p. 389 (1er janvier 1850 ).