‹ Des anévrysmes cirsoïdesChapitre 10 sur 13 · D. — LIGATURE DE LA CAROTIDE EXTERNE · texte numérisé non relu

D. — LIGATURE DE LA CAROTIDE EXTERNE

Elle fut proposée par Bruns et Wützer, qui, se basant sur des idées toutes théoriques, la prélérèreut à la ligature de la carotide primitive.

Leur raisonnement était loi’t clair : les tumeurs cir-

soldes, occupant surtout les divisions de la carotide externe, au lieu de faire successivement la ligature des troncs volumineux se rendant à la masse morbide, ils pensèrent qu’il était plus simple et plus logique de lier la carotide externe. Mais celle-ci offre de nombreuses anastomoses avec celledu côté opposé, d’où l’imminence d’une récidive rapide par ces voies dilatées. De là, pour Bruns, cette autre indication non moins logique, de lier les deux carotides externes.

Un autre avantage ressortait de cette ligature, c’était de n’altérer en rien la circulation cérébrale, fatalement intéressée lors de la ligature de la carotide primitive. Ce fut Maisonneuve (1) qui, le premier, eut l’idée d’appliquer les principes de Bruns ; mais la pratique justifia peu les espérances données par la théorie.

La malade de Maisonneuve présentait un anévrysme cirsoïde de la tempe gauche ; le chirurgien fit la ligature de la carotide externe, suivant les préceptes formulés par^Yützer, c’est-à-dire qu’il lia la carotide à cinq ou six lignes de son oiigine, et qu’un second fil fut placé sur la thyroïdienne supérieure. Tout se passa bien d’abord, la tumeur cessa de battre et diminua. Le vingt et unième jour, après cette ligature, il y eut une liémor- -, rhagie par la plaie, celle-ci se renouvela; si bien que Maisonneuve dut faire la ligature de la carotide primitive. L’hémorrhagie se reproduisit encore, il lia difficilement et médiatement la carotide interne, comprenant dans l’anse de son fil le sympathique ! Il y eut une hémiplégie, et la malade mourut. Ce cas, on le voit, est assez peu encourageant. Un second fait fut publié en 1860 (2) par Berlherand.

Observation XXVIl. — 11 s’agissait d’une petite fille de quatre mois et demi, atteinte d’une tumeur érectile considérable de la tête, tumeur offrant des battements, et paraissant être un nœvus veineux, en voie de transformation cirsoïde.

Dans le but d’éviter des phénomènes cérébraux, Berlherand tait la ligature de la carotide externe, suivant ainsi les conseils

(1) übs. h.

(2) Gaz. des hôpil., I8ü0, i>.

de Wülzer, Bruns et Maisonneuve. La tumeur s’affaissa immédiatement et devint jaune et flasque, de bleue et turgescente qu’elle était. Mais le soir, les phénomènes érectiles reparurent; et on fit la ligature de la carotide primitive; la carotide externe fut dégagée de son lien. La tumeur ne s’affaissa pas, comme cela avait eu lieu lors de la première ligature ; mais elle commença à pâlir dès le troisième jour. Peu à peu elle se flétrit, et suppura par places. L’enfant sortit guéri de riiôpital.

Il est curieux de remarquer que, dans ce fait comme dans celui de Maisonneuve, on dut en venir à la ligature de la carotide primitive. La manière dont la tumeur s’est comportée, lors de la première ligature, indi(|ue l’efficacité immédiate de celleci, mais son insuffisance ultérieure â cause des anastomoses nombreuses, entre les deux carotides externes et même avec la carotide interne. Si bien que, tout en admettant la logique du conseil de Bruns, à savoir, de lier les deux carotides externes, rien ne nous prouve que cette double opération serait suivie de succès durable.

Mais il est un autre danger de la ligature de celte artère, sur lequel il nous faut attirer l’attention des cliniciens, c’est l’hémorrhagie secondaire, hémorrhagie observée par Maisonneuve et aussi par Heine. Dans cette dernière circonstance, la ligature de la carotide externe n’avait été faite que préventivement, pour faciliter l’extirpation de la tumeur cirsoïde ; nous y reviendrons plus loin. Toujours est-il, c’est que Heine dut faire la ligature de la carotide interne pour parer aux accidents d’hémorrhagie. Son malade guérit heureusement.

Donc, sur trois ligatures de la carotide externe, on eut deux hémorrhagies secondaires, et les trois fois on dut faire la ligature de la carotide primitive. Le résultat fut la mort (Maisonneuve) et deux guérisons (Bertherand et Heine).

Ces conclusions sont peu encourageantes, et si un lien porté sur la carotide externe expose plus aux hémorrhagies que lorsqu’il étreint la carotide primitive, il n’est plus aussi logique de conseiller, comme Bruns, la ligature des deux carotides externes. Le seul avantage serait d’éviter les accidents cérébraux.

E. — LIGATURE DE l’aRTÈRE PRIN’CIPALE d’UN MEMBRE.

Celle ligature est comparable dans ses résultats àcelle desdeux carotides primitives, et le but qu’on s’est proposé d’atteindre dans ces deux opérations est absolument le même : suspendre le cours du sang dans un vaste département de la circulation artérielle. La ligature de la fémorale a été faite deux fois. Dans un premier cas il y avait un anévrysme du creux poplité et des dilatations considérables des principales artères de la jambe (tibiale et péronière), qui ofiVaient une disposition tlexueuse comparable à celle des veines variqueuses. La gangrène du membre survint et le malade mourut (observation XII). Dans le deuxième cas (observation XIV), l’ectasie vasculaire était généralisée, Fergusson lia la fémorale, il y eut gangrène du membre et on l’enleva.

Nous n’avons aussi que deux observations de ligature de l’humérale dues, l’une à Laurie et citée par Krause (l), l’autre à r.octeau.

Observation XXVIII. — Il y avait des dilatations variqueuses , des artères de la main et de l’avant-bras. L’humérale fut liée à son tiers inférieur; deux jours après^ ligature de la cubitale au niveau du poignet. Gangrène des deuxième et troisième doigts et d’une partie du pouce. Ce ne fut qu’au bout de s/x mois (pie les battements diminuèrent.

Dans le fait de Cocteau, la ligature de l’bumérale n’a été, à proprement parler, qu’un accident du traitement.

Ces observations, dont la première est contestable quant au diagnostic porté, et les deux dernières discutables quant au résultat fourni, ne nous apprennent presque rien sur l’utilité de la ligature du tronc principal.

Toutefois, vu les résultats déplorables que donne cette méthode lorsqu’on a afïaire à un anévrysme artérioso-veineux, et tenant compte de l’analogie qui existe entre ces lésions et celles (lue l’on constate dans les anévrysmes cirsoldes des membres, je

(1) Polaillon, loc. cil.

suis tente de rejeter a priori cette ligature. Les trois laits précédents où il y eut gangrène, viennent à l’appui de cette manière de voir, et il est probable que cette terminaison peut s’expliquer par un mécanisme analogue à celui qu’on invoque, lorsque l’anévrysme artérioso-veineux est maladroitement traité par la ligature (Broca).

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