G. — LIGATURE DES DEUX CAROTIDES PRIMITIVES
Les anévrysmes cirsoïdes nécessitèrent 8 fois la ligature des deux carolidcs; la première opération de ce genre paraît avoir été faite par iMussey en 1827. Depuis, on cite les observations de Mœller (1831), Bunger (de Marbourg), Mason Warren (1845), Robert (1846-47), Mussey (1853), Robert (1857), et enfin van Buren (cité par Heine).
Il est bien certain que je n’ai pas àdévelopper ici pour quelles raisons physiologiques il est possible de faire cette opération avec succès, à la condition de mettre un certain espace de temps entre les deux ligatures. Dans tous les faits que nous venons de citer, l’intervalle qui s’est écoulé entre les deux opérations a été fort variable. C’est qu’on ne s’est guère décidé à pratiquer la ligature de l’autre carotide qu’après avoir longtemps temporisé, et lorsque les accidents, d’abord entravés dans leur marche, sont réapparus.
Nous savons qu’il a fallu près de quarante ans au malade de Dupuytren pour avoir recours à cette seconde chance de guérison ; ce ne fut qu’au bout de six ans que le malade de van Buren fut opéré pour la deuxième fois; enfin Robert, Mœller, M. Warren, iMussey, se décidèrent à intervenir au bout de huit mois, quatre mois, vingt-cinq jours et douze jours.
Quels résultats ont donné ces diverses opérations :
1 fois, un malade mourut d’accidents cérébraux (Robert)
2 fois, il y eut une notable amélioration, mais la tumeur existait toujours et avait des pulsations obscures (Mœller, Robert) ;
1 fois, le résultat est incomplet (V, Buren);
2 fois, on fit une troisième opération complémentaire et l’on extirpa la tumeur (AI. Warren et Alussey);
2 fois, un crut à un succès; mais ces deux'succès sont très-
conteslables, surtout celui qui est attribué à Bungen, et sur lequel on n’a pas de renseignements.
Ainsi donc sur 8 cas, 3 fois seulement il y’eut, soit une amélioration notable, soit une guérison véritable.
Il est très-utile de taire remarquer que deux fois on dut pratiquer une opération complémentaire ; il est vrai de dire qu’elle ne paraissait pas urgente dans le fait de M. Warren, et qu’elle ne donna pas lieu h des accidents d’hémorrhagie. Mais il n’en fut pas de même dans le cas de Mussey : il y avait tendance nianilestc à la récidive, puisqu’il dut faire quarante ligatures et que l’hémorrhagie fut considérable.
Il est donc évident que, malgré cette double interruption des courants carotidiens, la quantité de sang distribuée à la tête est encore suffisante, non-seulement pour les parties saines, mais pour dilater et remplir de nouveau les vaisseaux primitivement altérés de la production cirsoïde. C’est ce qui fait que la malade de Robert conservait une tumeur atliiissée, mais encore perméable au sang, si bien que plus de trois ans après, elle eut encore une hémorrhagie par sa tumeur, et qu’on y percevait un léger souffle.
En résumé, la ligature des deux carotides primitives, quoique assez bénigne en tant qu’opération , au 'moins d’après la statistique qui précède, n’en doit pas moins être rejetée, vu les résultats incomplets qu’elle fournit, de l’aveu même de Robert, qui en était chaud partisan. Que conclut-il en elfet, à la fin de son mémoire ? C'est que la double ligature /3a///e les accidents les plus graves, permet la cicatrisation des ulcérations, prévient les hémorrhagies dont elle diminue en tout cas la gravité et la fréquence, et peut arrêter indéfiniment la marche de la maladie; mais il n’a qu’elle pouvait la guérir.