MO
fois même l’encéplmlocèle peut donner un bruit de souffle à l’auscultation (1).
Mais la tumeur ne serait-elle pas encore plus’ complexe; ne pourrait-il y avoir à la fois encéphalocèle et tumeur érectile pulsatile; encéplialocèle et tumeur pulsatile dégénérée naturellement, c’est-à-dire anévrysme cirsoïde?
Les faits cliniques ne nous permettent pas de répondre nettement à ces questions; toutefois des tumeurs érectiles pénétrant jusqu’à l’intérieur de la cavité crânienne (2) et offrant des connexions avec les vaisseaux delà dure-mère ont été observées par Scarpa, Lee, l'elletan, Huscli et Flint. D’un autre côté, Guersant présenta à la Société de chirurgie un enfant qui avait à la fois une tumeur érectile cutanée et une encéphalocèle (3).
Enfin, si l’on se rappelle ce que nous avons dit des angiomes lissuraux de Virchow, on comprendra facilement la coexistence d’une encéphalocèle et d’une tumeur érectile i)ouvant offrir à un moment flonné les caractères d’un anévrysme cirsoïde.
Faut-il croire que dans ces circonstances o la combinaison des symptômes appartenant à ces deux lésions permettra le plus souvent de reconnaître l’existence simultanée de l’qne et de l’autre (h) ». Le fait est possible, mais il ne faudrait pas toutefois s’appuyer sur l’observation de Guersant; car, dans ce cas, les uns se prononcèrent absolument on faveur d’une tumeur érectile, les autres, au contraire, pour l’existence d’une encéplialocèle, et l’on peut ajouter que cette manière de juger sera très-certainement la plus fréquente.
Dans un cas soumis à l’examen, du professeur Jarjavay par notre ami le docteur E. Lamarre, et que nous avons pu observer, la tumeur siégeait vers la racine du nez, offrait tout à la fois les caractères d’une encéphalocèle et ceux d’une tumeur érectile, aussi le diagnostic exact ne put-il être fait; mais, chose importante, on se garda bien de toucher à la tumeur.
(t) Tirman, Arch. géii. de méd., 1861, t. 11.
(2) Vomp. de chir., 1851, t. 11, p. 706.
(3) Comp. de chir., l. Il, p. 545.
(/j) Follin et S. Duplay, Traité de palh. , 1870, l. 111, p. 624.
Quoi qu’il en soit de ces complications évidemment rares, voici les éléments de diagnostic que donne le professeur Gosselin, lorsqu’il s’agit d’une 'tumeur siégeant vers la racine du nez ou au voisinage du grand angle de l’œil, tumeur à la fois pulsatile, réductible et soufflante.
La tumeur cirsoïde serait mal limitée, donnerait à la main une sensation spéciale de varicosités ; la compression d’une seule carotide arrête quelquefois les pulsations de la tumeur.
Une délimitation plus nette delà tumeur, l’absence de cette sensation de varicosités, la nécessité de comprimer les deux carotides pour modilier momentanément les battements de la production morbide, seraient les caractères de l’encéphalocèle.
Un autre élément de diagnostic serait l’àge des malades : c’est dans l’enfance, qu’on est consulté pour l’encépbalocèle, tandis que c’est pendant l’adolescence ou à l’âge adulte que se développent les tumeurs cirsoïdes. Mais la tumeur développée dès la naissance a peut-être pu passer inaperçue, ou rester stationnaire; et d’autre part ne pourrait-elle pas être mixte, comme dans le cas de Guersanf?
Enfin, d’après le professeur Gosselin, les tumeurs artérielles ■> cirsoïdes développées exceptionnellement chez les jeunes sujets offrent une extension et des caractères cliniques (dilatations vasculaires) qui les distinguent assez nettement de l’encéphalocèie; ce qui nous paraît très-exact. Cependant il faut réserver toujours le diagnostic au point de vue de la coexistence des deux lésions.
Nous pourrions terminer ici tout ce que nous-avons à dire à propos du diagnostic de l’anévrysme cirsoïde considéré d’une façon générale; cependant, comme nous avons insisté sur les caractères anatomo-pathologiques et cliniques qu’il offre aux extrémités, nous ajouterons quelques mots à propos d’une affection assez mal connue qui peut, à priori, en imposer pour l’existence d’un anévrysme cirsoïde. Cette affection n’a guère été observée qu’aux membres supérieurs, et les deux faits intéressants que nous avons pu lire sont dus, l’un à Lamorier (1), l’autre
(1) Mémoire pour servir à l’histoire de la chirurgie, elCt Avignon, 1773, 1'''^ pail., p. 122, tract, franç. par Paul.
à Jacquemet, de Montpellier (1); dans le premier de ces cas, on fit l’examen anatomo-pathologique du membre malade; il est vrai que cet examen est assez insuffisant, comme on peut en juger :
Observation XXV. — « Je commençai par examiner le bras, et après avoir mis un tuyau iiidilTéremment dans le corps des muscles, et l’avoir légèrement serré, je soufflai sans violence du côté de l’avant-bras, de la main et des doigts, et je vis d’abord toutes ces parties s’enfler très-considérablement. Dès que je cessais de souffler, la tumeur disparaissait presque entièrement. J’ouvris la peau pourvoir la substance des muscles, et je ne trouvai partout que des filaments entremêlés de vésicules très-dilatées et qui communiquaient entre elles par des pores très-sensibles. La substance de ces muscles approchait beaucoup de celle du placenta, mais beaucoup plus encore de celle d’une rate de veau ou de mouton bien distendue par le souffle. Les os de cette partie n’avaient guère plus de leur volume naturel ; leur ligure était irrégulière, leur surface inégale et leur substance spongieuse. »
Pendant la vie, la tumeur occupait toute l’extrémité supérieure droite, y compris l’épaule. Cette extrémité était noirâtre, livide, diminuée de volume, sans battements, spongieuse, non douloureuse. Los mouvements étaient possibles. Une piqûre donnait lieu à un jet de sang; l’élévation du bras amenait une turgescence de l’épaule et un affaissement de la main et de l’avant-bras. Des phénomènes opposés se produisaient lorsque la main était dans une position déclive.
Cette tumeur était congénitale.
Comme le dit Lamorier, ce sont des varices, et puisqu’elles donnent un jet de sang en les piquant avec une épingle, elles participent aussi de l’anévrysme; aussi les appelle-t-il t'onces anévrysmales.
(1) Abernelhy, Roux, Watson, etc., auraient observé des cas analogues î (Montpellier méd., 1859, t. Il, n" 1.)
H est certain que cette dénomination est mauvaise ; mais faut-il lui préférer le nom de fongvs hématode variqueux, que propose Jacqiiemet? Nous ne le croyons pas, le mot de fongus entraînant toujours l’idée d’une affection de nature plus ou moins maligne.
Quoi qu’il en soit, l’absence de bruit de souffle, de frémissement ou th'ill, d’expansion de 1a masse morbide, de dilatation des vaisseaux artériels (ce qui a été bien constaté dans le cas rapporté par Jacquemet), permet de distinguer facilement cet énorme état variqueux des membres des anévrysmes cirsoïdes.
Le PRONOSTIC des anévrysmes cirsoïdes est grave; comme nous l’avons vu, la marche de l’affection est d’ordinaire continue, quelquefois très-rapide, et les accidents d’hémorrhagie peuvent compromettre très-sérieusement la vie des malades.
Rarement, l’affection reste stationnaire, plus rarement encore elle est suivie de guérison spontanée et, sauf les cas de Krakowitzer (observation XVII) et Gibson, les autres faits relatés à l’appui de la possibilité de ce mode de terminaison sont fort contestables, comme nous l’avons déjà dit.
L’étendue de la tumeur, son siège, l’intensité des accidents qu’elle provoque, doivent aussi entrer en ligne de compte dans la valeur du pronostic.
Si la tumeur est petite, peu développée, avec des ramifications artérielles rares et peu étendues, l’affection pourra être plus facilement traitée avec succès et nécessitera l’application de moyens peu graves.
Est-elle au contraire largement étendue, les artères sont-elles prises jusques aux gros troncs, le pronostic s’aggrave beaucoup, les moyens thérapeutiques devenant plus restreints et d’une application plus sérieuse.
De plus, la guérison complète de l’anévrysme cirsoide est souvent longue, difficile; quelquefois on n’oblienl qu’une amélioration temporaire, puis les phénomènes reparaissent; témoin le malade de Dupuytren, opéré de nouveau au bout de près de quarante ans, et qui voit les accidents d’hérnorrhagie se reproduire après trente ans.
— lU -
Le siège de l’anévrysme doit aussi entrer pour quelque chose dans l’appréciation pronostique du chirurgien. A la tête, en effet, les moyens thérapeutiques sont relativement plus limités qu’aux membres et surtout qu’aux extrémités, comme la main et le pied.
Dans ces derniers cas, lorsque tout a échoué, lorsque la vie du malade est sérieusement compromise, on peut faire l’amputation. Elle fut faite cinq fois pour le membre supérieur (Letenneur, Slromeyer et Krause, U. Trélat et Cocteau, Michon, .1. Russel), deux fois pour le nriembre inférieur (Dupuytren, Fergusson).
Les résultats fournis par les quatre amputations des membres supérieurs sont très-bons, puisqu’il y eut trois guérisons au moins, le résultat obtenu par Michon n’étant pas publié.
Enfin, comme souvent le traitement est très-long, alors môme qu’il donne de bons résultats, il expose le malade à des complications graves, par exemple à l’infection purulente lorsqu’il séjourne à l’hôpital. C’est ce qui est arrivé dans le fait de L. Labbé à la Pitié.