B. — LIGATURE DE LA CAROTIDE PRIMITIVE
Elle paraîtavoirétéexécutéepourla première fois par Dupuytren en 1818, chez le malade dont l’histoire a été racontée successi-
(1) C’est dans ce dernier cas qu’à la ligature simple on a substitué la compression ou la ligature sur des épingles, ce qui revient toujours au même, au point de vue de la physiologie pathologique.
(2) Mémoire de Koch {Arch. de Langenbeck, 1869, Bd. X).
vement par Breschetet Robert dans leurs mémoires (1). Depuis, cette ligature a été faite un assez grand nombre de fois pour que nous ayons pu en recueillir k\ observations (y comprenant les ligatures des deux carotides, celle de la carotide externe combinée à la ligature de la primitive, plus enfin l’observation précédemment citée de l’iexotto) ; 31 fois elle n’a été pratiquée que d’un seul côté.
Il est bien entendu que je ne parle que des ligatures de la carotide faites pour des anévrysmes cirsoïdes du crâne ou de la face. Parmi ces observations on peut citer celles de Busch (1819), Maunoir (1821), Walther (1823), Maclachlan (1827), Wardrop (1827), Elgin (1831), Bernard (1833), de Noter (1835), Pinel- Grandchamp, Décès (1839), Kuhl, Auchinchoss (18/i2), Robert, Liston, Eosdaile (18ti/i), Alaisonneuve (18â9), Piexolto (1851). On voit qu’elles ne sont pas absolument rares jusqu’à l’apparition du mémoire de Robert. Comme on le sait, cet auteur préconise cette ligature, sinon comme un moyen infaillible, au moins comme pouvant donner des résultats assez satisfaisants dans une maladie où la thérapeutique est en somme très-pauvre (2).
Depuis, les ligatures de la carotide primitive sont devenues plus rares [W.' Colles (1858), Roser (1860), G. Soutliam (1865), Bozemann (1869), Heine (1869)]; et encore ne sont-elles parfois qu’un des premiers temps du combat chirurgical qu’on livre à la tumeur, suivant une heureuse expression du professeur Verneuil.
Voici les résultats de cette statistique :
10 malades sont restés améliorés ou plutôt dans un étal stationnaii’e ;
7 seraient guéris, et encore y en a-t-il 3 dont la guérison est douteuse ;
5 sont morts, dont k d’hémorrhagies consécutives;
2 fois le traitement a été inutile et le résultat obtenu nul ;
U fois on a eu recours à un traitement ultérieur (je ne parle pas ici de la ligature de l’autre carotide, n’ayant pas compris les 8 faits qu’on en possède dans cette statistique);
(1) Il s’appelait Dumand.
(2) 11 parlait en 18.t1 et l’on ne connaissait pas encore les propriétés du perchlorure de fer.
2 fois il y eut récidive (on pourrait y ajouter les 8 faits dont je viens de parler) ;
1 fois le résultat est inconnu.
Que conclure de ce tableau, si ce n’est que la ligature de la carotide primitive est une opération de médiocre valeur, puisqu’en somme 7 fois seulement sur él cas on aurait eu une guérison complète; et encore de ces 7 observations 3 ont été publiées trop tôt pour être concluantes (Bozemann, Warren, A. B. Motl). La règle générale, c’est que l’afiéction est améliorée quand l’opération réussit ; mais cette amélioration consiste surtout dans l’arrêt des accidents hémorrhagiques, au moins pendant un certain temps. Quant à la tumeur, elle ne disparaît que très-rarement; d’ordinaire elle reste flasque ou légèrement turgescente; mais quelquefois aussi il y persiste du souffle et des battements, seulem.ent ils sont supportables pour les malades (Robert, Pinel-Grandchamp, etc.).
Tant que les choses restent dans cet état, le malade conserve une sorte d’infirmité, il est vrai, mais il peut vaquer à ses occupations. Malheureusement, la récidive n’est pas rare, même au bout d’un temps excessivement long, témoin l’exemple du ma- ■> lade de Dupuytren, qui, opéré en 1818, dut subir une seconde ligature de la carotide en 1857, soit après 39 ans (1).
Cette récidive n’est pas très-rare, puisque nous la voyons notée 6 fois sur nos Zil observations, auxquelles il faudrait ajouter tous les faits de double ligature de la carotide, ce qui donne 14 fois sur 49 cas.
L’issue funeste est relativement rare, c’est un résultat à prendre en grande considération. Sur les 41 faits de ligature d’une carotide, il y a eu 5 morts (Maisonneuve, Liston, Maclachlan, Wardrop, Prescott Hewett). Ceci peut d’autant plus surprendre, que ropéralion de la ligature de la carotide est toujours considérée comme grave (2) ; toutefois, en tenant compte des autres résultats fournis par la même opération pratiquée contre
(1) Et non pas vingt-huit jours, comme l’affirme Heine, Mém. cit.
(2) Pilz, sur 600 cas de ligature de la carotide primitive, a nnt(^ une mortalité de 38 1/2 pour 100 (cité par Heine).
les tumeurs anévrysmoïdes de l’orbite, nous en sommes peu étonné. Mais nous ne pouvons discuter ici cette question thérapeutique (1), d’autant que dans ces derniers cas, la ligature de la carotide est généralement proscrite aujourd’hui.
Parmi les dangers de la ligature de la carotide, on doit citer les accidents cérébraux primitil's ou consécutifs; ccs accidents sont communs, et cependant ils ne sont notés qu’une seule fois dans nos U\ observations. Dans un cas dû à Auvert (2), la ligature a amené des accidents douloureux du côté de l’encéphale et une hémiplégie légère. Il est bon d’ajouter (jue dans les huit observations de ligature pratiquée des deux côtés, une fois (fait de Robert) le malade mourut quelques jours après l’opération et d’accidents cérébraux.
Enfin il est encore un fait curieux à signaler, c’est la rareté relative, bien entendu, des hémorrhagies secondaires, puisque cinq fois seulement sur /»! cas elles ont déterminé la mort et qu’une fois elles ont nécessité la ligature du tronc brachiocéphalique(3). Or, comments’expliquer ce résultat, pnisquel’anatomie pathologique nous enseigne que dans les anévrysmes cirsoides de la tête il existe une altération des tuniques artérielles se prolongeant assez loin, jusque sur les vaisseaux du cou ?
En résumé, je crois qu’on peut conclure avec Robert (/i) que la ligature de la carotide primitive du côté malade « met un » terme aux hémorrhagies formidables qui menacent à chaque » instant la vie des malades, ou tout au moins les rend très- » rares (plus rares suffirait) et beaucoup moins graves; elle per- » met aux ulcérations de se cicatriser. »
Robert, en effet, ne proposait pas ce moyen comme pouvant amener une cure radicale, celle-ci ne lui paraissant pas possible par les moyens utilisés jusqu’alors (1851), et s’il préconisait U ligature, c’est qu’il la regardait comme la seule opération qu’oi. puisse opposer aux progrès du mal.
( t ) Le Fort, De la valeur thérapeutique de la ligature de la carotide primitive (Mém. tu à l’Acad. de méd., 16 juin 1868), et Gaz. hebd., n“» 28, 30 et 35.
(2t Arch. gén. de méd., â' sér., t. XIX, p. 251.
(3) Obs. XXVI. Un autre fait de Parker est douteux.
(4) Loc. cit., p. 25.
Robert savait très-bien que celte opération n’était que palliative, souvent même insuffisante; il connaissait les faits de Dupuytren et de Pinel-Grandchamp, il avait suivi ses malades, et sur l’une d’elles (Francine P...) U avait dù faire la ligature des deux carotides.