‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 120 sur 184 · RÉSULTATS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

RÉSULTATS GÉNÉRAUX

IVous ne pouvons nous contenter de cette appréciation gêné-» raie, il importe de préciser davantage les indications.

La méthode de Brasdor a été appliquée six fois au traitement des anévrysmes de l'iliaque externe ou de la partie supérieure de la fémorale. Aucun malade n'a été guéri. Les opérés de Peschamps, d'A. Cooper, de White, de James, de Roux, ont succombé au bout de peu de temps et celui d'Everard Home n'a survécu que quatre-vingt-dix jours. Il est vrai que dans ce dernier cas la méthode de Brasdor ne fut pas employée seule; ce fut sur ce malade que Home essaya, vingt-huit jours après la ligature, de faire coaguler le sang par l'action directe de la chaleur,

Quoi qu'il en soit , six tentatives n'ont pas donné rm seul succès , et si on considère que, dans presque tous ces cas, il était possible de lier l'iliaque externe ou l'ihaque primitive , opérations qui sont aujourd'hui devenues usuelles on arrive à cette conclusion que la méthode de Brasdor ne doit pas être appliquée au traitement des anévrysmes iliaques ou inguinaux.

Le seul cas où on pourrait y songer , serait celui d'un anévrysme de l'artère iliaque primitive, respectant l'aorte, mais remontant trop haut pour se prêter à l'application de la méthode d'Anel. Peut-être alors la ligature de l'ihaque externe ouvriraitelle quelques chances de guérison. Cette opération en tout cas serait plus acceptable que la ligature de l'aorte.

Je rappellerai pour mémoire qu'un anévrysme poplité , traité par l'amputation de la jambe , a guéri suivant un mécanisme tout à fait semblable à celui du procédé de Brasdor; mais personne sans doute ne sera tenté d'imiter la conduite de Pinchienati (1).

Jusqu'ici, la méthode de Brasdor n'a été employée avec succès que dans le traitement des anévrysmes situés à la racine du cou, au-dessus de la fourchette sternale , et dans le creux sus-clavicur laire. Vingt-deux opérations de ce genre figurent sur le tableau que j'ai dressé. A l'exemple de M. Vilardebo et de ses successeurs , je les diviserai en plusieurs catégories.

Une première catégorie comprend les cas, au nombre de 6, où la carotide a été hée au-dessus d'un anévrysme carotidien. U y a eu cinq guérisons (Wardrop, Bush, Montgomery, Morrisson,

(1) Foi/, plus haut, p. 612.

6/|8 MÉTHODE DE lîKASDOR.

Colson). Le malade de Lambert a seul succombé. Ce résultat n'a pas besoin de commenlaires. Les anévrysmes de l'extrémité inférieure de la carotide doivent par conséquent être traités suivant le procédé de Brasdor.

Ce procédé a été appliqué une fois au traitement d'un anévrysme de l'artère innominée, par M. Rossi, qui lia simultanément la carotide et la sous-clavière immédiatement au-dessus de leur origine. Je n'ai pas besoin de dire que le malade mourut. Cette opération égale en gravité la ligature du tronc brachio-céphalique, c'est-à-dire qu'elle est constamment mortelle (1).

Tous les autres cas d'anévrysme de l'innominée ont été traités suivant le procédé de Wardrop. En y joignant l'observation de Dupuytren , qui lia l'axillaire au-dessous de la clavicule pour un anévrysme de l'extrémité interne de la sous-clavière , et celle de M. Pétrequin qui , dans un cas semblable , lia la sous-clavière en dehors des scalènes , je trouve un chiffre de 18 opérations pratiquées sur 15 malades.

Huit fois on a lié la carotide seule. Six malades sont morts de l'opération [cas de Key, Fergusson, Dohlhoff, Vilardebo, Hutton, Porta (2) ]. L'opéré de M. Valentine Mott fut grandement soulagé et parut même guéri pendant plusieurs mois, puis sa maladie fit de nouveaux progrès du côté de la cavité tboracique, et il succomba au bout de sept mois. Seul, le malade de M. Evans a été définitivement guéri : neuf ans après , la guérison ne s'était pas démentie.

Quatre fois on a lié seulement la sous-clavière ou l'axillaire. Les malades de Dupuytren, de M. Laugier et de M. Pétrequin sont morts de l'opération. Mistriss Denmark , opérée par M. Wardrop, a été presque guérie; on peut même dire sans exagération qu'elle l'a été tout à fait pendant quelque temps. Mais un nouvel anévrysme, développé au-dessous du premier sur la partie inférieure du tronc innominé, a déterminé la mort vingt-six mois après l'opération.

(1) Foy. plus liaui, p. COO.

(2) Tous cps faits oiu dcjh i!lt; incnlioiiiiiis, à l'exception tie celui de M. Porta. Dans ce dernier cas le malade mourut au liinit de ipuir.uite licuies, et l'autopsie montra qu'il s'agissait d'une dilataiion artérielle de l'iuiiuiniuOe et de ses deux branelies,sans anévrysme véritable. — l'oiiTA. Délie alicrazioni patulugicliC dclle arleric. iMilano, ISftô, iii-fol., p. 35.

INDKÎATIONS. 6Zl9

Trois fois, enfin, on a lié successivement la carotide et la sousclavière suivant le procédé de M. Fearn. — La malade de M. Fearn a guéri. — L'opéré de M. Wickham survécut aux deux ligatures, mais son anévrysme s'accrut ensuite et se rompit avec liémorrhagie mortelle soixante-treize jours après la deuxième opération. — Le malade de M. Malgaigne mourut de la deuxième ligature, pratiquée sept mois après la première opération.

Ainsi, sur 15 malades soumis au procédé de Wardrop, 9 sont morts des suites de l'opération; sur les six autres il y a eu deux guérisons , une troisième guérison suivie de récidive au bout de deux ans, et trois cas enfin où la ligature n'a pas empêché la tumeur, momentanément améliorée, de faire ensuite de nouveaux progrès. On peut dire, par conséquent, que sur 15 malades, 3 seulement ont retiré du procédé de Wardrop un résultat réellement avantageux.

Ce procédé est donc fort dangereux et fort incertain , et je conçois sans peine que beaucoup de chirurgiens aient été conduits à le proscrire d'une manière absolue. Cependant , si on considère que les cas où on l'appUque sont désespérés, que les malades sont voués, si on ne les opère pas, à une mort prochaine et à peu près inévitable, on arrive à cette conclusion qu'il y a lieu d'applit^uer le procédé de Wardrop au traitement des anévrysmes du tronc innominé et de l'extrémité interne de la sous-clavière.

Pour les anévrysmes de l'extrémité interne de la sous-clavière, on liera cette artère en dehors des scalènes , ou l'axillaire audessous de la clavicule.

Pour les anévrysmes du tronc brachio-céphaUque , on liera d'abord la carotide; si cela suffit, on en restera là. Si au bout de quelque temps, la tumeur- continue à faire des progrès, on placera une deuxième ligature sur la sous-clavière , en dehors des scalènes, suivant le précepte de M. Fearn. Au heu de lier ces deux artères à quelques mois d'intervalles, M. Diday a proposé de les lier le même jour, aflu d'immobiliser davantage le sang dans la tumeur (1). Le travail de M. Diday fut lu le 13 septembre 18;i2 à l'Académie de médecine, où im rapport favorable de Blandin souleva peu de temps après une discussion importante. A l'appui

(1) Ciiz, mèa. lie Paris. ISW, p. 115.

(550 MÉTHODE DE BRASDOR.

du précepte de M. Diday, Blandin cita un succès attribué à Liston par un journal de Paris (1) ; mais M. Velpeau prouva aisément que cette citation était inexacte. Liston a effectivement lié le même jour la carotide et la sous-clavière, mais il s'agissait d'un anévrysme de la sous-clavière, et non d'un anévrysme du tronc brachio-cér phalique,— de la méthode d' Anel, et non de la méthode de Brasdor. —D'ailleurs, son opéré a succombé (2) . Le précepte de M. Diday n'a été appliqué qu'une seule fois, par M. Rossi, et le malade est mort au bout de six jours. Ce fait isolé ne prouverait pas grand'chose, mais on n'a pas oublié que la ligature simultanée de la carotide et de la sous-clavière a été exécutée plusieurs fois suivant la méthode d'Anel, et qu'elle a été constamment suivie de mort. Enfin, l'expérience a prouvé qu'une seule ligature pouvait suffire. — C'est donc par là qu'il faut commencer.

Les effets de la méthode de Brasdor sont trop incertains, et les anévrysmes auxquels elle s'adresse sont trop graves, pour que le chirurgien doive se contenter de la seule hgature. La méthode de Valsalva devra marcher de front avec celle de Brasdor. Le repos le plus absolu , un régime sévère . et des saignées répétées seront nécessaires pendant les premiers temps. Après la chute du fil et la cîtatrisation de la plaie, on pourra permettre au malade de se lever et de satisfaire son appétit avec modération, mais on devra le tenir longtemps en exacte surveillance, et le soumetti-e encore de temps en temps à la saignée. Si ces préceptes avaient été suivis, il est permis de crou-e que plusieurs opérés , qui ont fini par succomber, auraient pu être définitivement guéris.

L'expérience n'a pas encore prononcé sur la valeur du procédé que M. Pétrequin a mis en usage une seule fois , et qui consiste à pousser dans le sac une injection coagulante, après avoir diminué l'activité de la circulation anévrysmale au moyen de la méthode de Brasdor. Le malade de M. Pétrequin est mort d'hémorrhagie , accident tout à fait indépendant de l'injection qui avait été pratiquée douze jours auparavant, et qui avait eu pour résultat de faire oblitérer complètement la tumeur. Je pense, d'après cela, qu'il sera permis de renouveler cette tentative, mais il ne faudrait

(1) Bulletin de l'Acad. deméd,, T. VUI, p. 965.

(2) Foy. plus haut, p. 600, en note.

j INDICATIONS. 651

n" V décider qu'après avoir attendu quelque temps, et si la méthode , (lo Brasdor paraissait sans efficacité.

L'application de la méthode de Brasdor présente dans la pratique des difficultés sérieuses, à cause de l'incertitude du diagnostic. Les anévrysmes de la crosse de l'aorte viennent quelquefois I faire saillie à la base du cou, et simulent exactement les tumeurs i du tronc brachio-céphalique, ou de la partie inférieure de la carotide et de la sous-clavière gauches. Quatre fois au moins, dans des cas de ce genre, on a lié la carotide, et on a reconnu plus tard, à l'autopsie, que l'anévrysme occupait la crosse de l'aorte, i Chose vi-aiment très-remarquable, deux de ces opérations intem- ;pestives ont été suivies cependant d'une améUoration considérable. Ces deux faits se sont produits en Hollande. « M. Tillanus, « croyant à un anévrysme de la carotide gauche, lia la partie suce périeure de ce vaisseau. Le malade guérit. Cinq mois après, il «mourut subitement. L'anévrysme, qui occupait la crosse de « l'aorte , était rempli d'un caillot blanc. Une opération exacte- .«ment semblable fut pratiquée le 21 février 1829, par M. Rigen, a( d'Amsterdam. Les accidents graves disparurent, et le volume i«de la tumeur diminua considérablement. Il fallut opérer cet « homme d'une hernie étranglée le 9 mai suivant. Mais il mourut («le 13 juin, avec des accidents de spasme ou d'asthme. L'au- < « topsie démontra que le sac anévrysmal occupait la crosse de <« l'aorte, entre la carotide gauche et le tronc innominé. Comme (« dans le cas de M. Tillanus, il était rempli d'un caillot blanc, et « considérablement diminué (1). »

L'oblitération fibrineuse de ces deux anévrysmes aortiques sous l'influence de la ligature de la carotide primitive est très-difficile à comprendre. L'anévrysme occupait la crosse de l'aorte avant l'origine de la carotide gauche, et la Ugature a été appliquée dans les deux cas sur ce dernier vaisseau; on peut donc être tenté de faire rentrer cette opération dans le procédé de Wardrop. Le sang it destiné à la carotide gaiiche ayant été obligé, pour parvenir à la ■ tête, de passer à travers le tronc brachio-céphalique, il est clair

(1) VELPr.AU. Miderinc opératoire. Paris, 1830, in-8°, T. ]I, p. 21ii. Une erreur semblable a m commise par MM. O'Shaugnessy et Campbell. Dans ces deux cas la ligature de la caroUde a w suivie de mort (cas d'O'snAUGNESSY, voy. pins haut, p. 305, et p, 625. - Cas de Campbell American JounuU of McU. Se, vo\. XIV, p. 22). ' "

652 COMPRESSION INDIKEGTE.

que l'énergie de la circulalion a dû être un peu alïaiblie dans la partie de l'aorte située au delà de ce tronc; mais cette diminution a dû être bien minime, eu égard au calibre total de l'aorte, et j'ai peine à croire qu'elle ait pu suffire à déterminer la coagula lion flbrineuse dans le sac de l'anévrysme aortique. Je suis donc tenté de rapporter à une pure coïncidence le résultat qui a été constaté par MM. Rigen et Tillanus.

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