PÉRIODE FRANÇAISE. — BOYER
plusieurs fois de la relâcher encore. Bientôt il ne fut môme plus possible de lo tenir au lit. Sa tumeur grossit et diminua à plusieurs reprises. Cependant il finit à la longue par s'habituer à la compression , de telle sorte qu'en septembre 1806, époque où Boyer quitta Paris pour accompagner son empereur dans la campagne de Prusse , la tumeur était plus solide , moins grosse , moins pulsatile. Il y avait déjà vingt mois que la compression avait été entreprise. Deschamps, qui prit alors le service de Boyer, voulut lier la fémorale. Le malade demanda quelquesjours de répit, quittal'hôpital, marcha beaucoup pendant quinze jours, et rentra pour se faire opérer. Voyant que la tumeur était restée stationnaire , Deschamps changea d'avis, réappliqua le tourniquet, et il eut lieu de s'en féliciter, car dix jours plus lard les battements cessèrent. Au bout de huit jours encore, on enleva la compression. Le malade put marcher de nouveau. La tumeur durcit de plus en plus et diminua rapii dément. Le 30 novembre ISO 6, après vingt et un mois de traitement, la guérison était parfaite. Depuis lors , elle ne s'est pas démentie. Boyer revit souvent ce malade, qui avait conservé pour lui une inaltérable reconnaissance.
Bien longtemps après, en 4844, Michaud, devenu presque octogénaire, entra à l'Hôlel-Dieu, dans le service de M. Roux, pour une hydarthrose du ge- ; nou gauche. On profita de la circonstance pour chercher dans le jarret droit les ; traces de l'anévrysme guéri. « Il reste , dit M. Figuière (l ), au centre du creux poplité, un petit noyau dur de la grosseur d'une noisette , sans aucun bat- . « tement. On ne sent pas distinctement les battements de la pédieuse et de « la tibiale postérieure. Les articulaires du genou ne donnent même pas de « pulsations sensibles. Toutes les veines de ce membre sont variqueuses, et « ces varices, au dire du malade, n'ont apparu qu'à la suite de la compres- <« sion. Les deux jambes ont un volume égal , et jamais le malade ne s'est « aperçu que l'une fût plus faible que l'autre. »
En 1848, Michaud vivait encore; il occupait à Bicêtre le n° 47 de la troisième salle des octogénaires. Croyant sa fin prochaine, et voulant donner au ifils de son chirurgien une marque suprême de sa reconnaissance, il demanda comme une faveur de venir mourir à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Philippe Boyer. Les règlements administratifs ne le permirent pas. J'ai sous les yeux une curieuse lettre qu'il écrivit à cette occasion à M. Boyer pour lui lé- :guer sa cuisse droite. Il survécut pendant quelques années encore. Il n'est tmortque le 14 juin 1853 dans sa quatre-vingt-huitième année. M. Desprès, Ichirurgien de l'hôpital de Bicêtre, a bien voulu me faire part des résultats de l'autopsie. L'artère poplitée était complètement oblitérée et transformée en un cordon ligamenteux dans une étendue de plus de quatre travers de doigt; I une petite tumeur très-dure, comme fibrineuso, grosse comme une amande,
louiÈRE. nccherclies sur l'anémjsmc poplitc, ili. de Paris, 18ii5, p. 59.
gg2 COMPRESSION INDIRECTE,
el siluée sur le trajet de ce cordon , représentait les restes de l'ancien anévrysme, guéri par la compression quarante-sept ans auparavant. Une énorme collatérale s'était développée dans l'épaisseur du nerf tciatique. La fémorale était perméable dans toute sa longueur; chose remarquable, et qu'on n'avait point soupçonnée pendant la vie, une tumeur fibrineuse grosse comme une petite noix, existait sur la partie moyenne de ce vaisseau. C'était un anévrysme fusiforme guéri spontanément sans oblitération de l'artère.
Pendant que Michaud était en traitement , Boyer essaya encore la coinpression sur une femme atteinte d'anévrysme poplité (1). La machine de Hunier, appliquée à trois reprises successives, sur trois points différents de la fémorale, détermina chaque fois une eschare superficielle. On fat obligé d'y renoncer. La tumeur était déjà améliorée ; mais la malade ayant menacé de se suicider si on ne l'opérait pas, Boyer finit par pratiquer avec succès l'opération par l'ouverture du sac.
La même machine de Hunter fut mise en usage une troisième fois, en février 1809, sur un charretier âgé de k9 ans, atteint d'anévrysme poplité (2). On l'appliqua et on l'enleva plusieurs fois de suite. Malgré ce défaut de persévérance, la tumem% au bout de trois mois, était fort améliorée. On sentait battre une collatérale très-dilatée sur le côté interne du genou. La jambe, naguère eni demi-flexion, avait recouvré ses mouvements. Ces résultats étaient! favorables ; néanmoins , la compression fut abandonnée, on ne saiti pourquoi, et Boyer en vint à l'opération par l'ouverture du sac. L'opération fut effrayante. On conçoit difficilement qu'après l'avoir ! pratiquée ce chirurgien n'ait pas ouvert les yeux à la Imiiière, et soit resté fidèle à la méthode ancienne. Le malade, du reste, mou-rut le cinquième jour.
A ces trois faits que Boyer a publiés dans son livre , on peut en ^ ioindre un quatrième qu'il a passé sous silence et que je rapporterai plus loin. Cette fois , la compression fut faite avec si peu de ménagements qu'tme eschare très-épaisse se forma sous la pelote. L'artère fémorale ouverte par la chute de cette eschare donna lieu à une hémorrhagie qui se termina par la mort (3). En résumé, sur les malades traités à la Charité, la compression
(1) BOYER. Malad. chinirg., T. II, p. 219 (1814).
(2) BOYER. Loc. cit., p. 236, (5) Voy, plus loin , § 11 , obs, 16.
PÉRIODE FRANÇAISE. — - DUKOIS. 693
produisit deux fois des eschares ; peut-être esl-il permis d'en accuser les procédés vicieux qui furent mis en usage. Le troisième malade était sur le point de guérir, lorsqu'on pratiqua sur lui une opération inopportune; le quatrième, enfin, guérit complètement. On voit que les résultats obtenus par Boyer, interprétés avec les connaissances que nous possédons aujourd'hui sur les effets de la compression indirecte, sont loin d'être défavorables à cette méthode.
L'année 1810 est importante pour nous. C'est à cette année-là ique se rapportent l'observation-d'Antoine Dubois et les premiers fessais de Viricel, de Lyon.
Le 29 mars 1810 , Dubois présenta à la Société de la Faculté de médecine un homme qu'il venait de guérir d'un anévrysme poplité par la compression graduelle de la crurale :
;29" Observation (Ant. Dubois) ('!).— Anévrysme poplité. — Compression de la fémorale. — Guérison en douze jours.
Ctiarles Breton, robuste charretier, âgé de 27 ans , éprouva dans le jarret igauclie, vers la fin de décembre 1809, une douleur légère qui ne tarda pas là s'accroître. Bientôt (janvier 1810) une tumeur parut dans le creux poplité ■et s'accrut assez rapidement. Le 5 février, cette tumeur présentait les caractères de l'anévrysme ; elle était grosse comme un œuf de pigeon, et était assez Idouloureuse pour rendre impossibles la station debout et même le sommeil. Jusqu'au 2^ février, on appliqua un simple « bandage préparatoire qui n'ap- « porta aucun cliangement dans la tumeur. »
Le 25 février, ou comprima la fémorale avec un tourniquet particulier. « Il K consiste en un demi-cercle de fer dont les deux extrémités sont terminées t( par deux pelotes, l'une appuyée sur le côté externe de la cuisse, l'autre sur ■i le côté interne diamétralement opposé. A cette pelote, on adapte une vis f de pression avec laquelle la compression est exercée. Le reste du pourtour « de la cuisse est libre.
« Le 28 février, on augmenta la pression ; le 2 mars , on enleva le ban- « dage pour mettre sous la pelote interne une compresse fine : la tumeur et « les battements étaient notablement diminués. Le 7, la compression était « totale, c'est-à-dire faite de rtianière à empêcher l'arrivée du sang dans la «t tumeur. Le soir, le malade ôta son bandage, parce qu'il souffrait trop à « l'endroit de la compression. Il ne sentit plus de battements dans le creux du » jarret. On remit l'appareil. Lo 12, plus de battements; la tumeur était dure
(1) Bulletins de la Faculté de médecine, 1810, n» 3, p. U5.
« et d'un petit volume. Le 18, on a retiré le bandage compressif, et l'on a fait « garder le lit encore quelques jours au malade. Le 29 mars, cet homme a été « présenté à la Société parfaitement guéri. »
3'ai transcrit presque textuellement cette belle observation qui peut être mise en parallèle pour la précision des résultats avec les meilleures observations modernes. Comme Eschards, comme Boyer, et beaucoup mieux qu'eux, Dubois avait eu pour but d'arrêter graduellement le passage du sang dans la fémorale; il avait resserré la vis le quatrième jour, et ce fut le douzième seulement qu'il poussa la compression jusqu'au degré nécessaire pour intercepter tout à fait la circulation. Cette sage manœuvre fut suivie d'un prompt succès, puisque dès le soir môme de ce jour, le malade enleva son appareil et constata que la tumeur ne battait plus. Quant à l'instrument que Dubois mit en usage, on a pu voir qu'il ne différait réellement pas de celui d'Escliards, et l'on verra tout à l'heure qu'il ressemblait fort à celui dont se servit plus tard Fis 18 Dupuytren. Pour éviter toute discussion de
. , , priorité sur l'invention de cet instrument, je
Tourniquet de James F '
Moore. roproduis une figure que j'emprunte à B. Bell,
et qui représente le tourniquet inventé au xviu-^ siècle pai' James Moore (1). On pourra encore comparer ce tourniquet avec le clamp de Robert Hoey , dont il sera question plus loin (2).
Les efforts de Viricel furent bien différents de ceux de Dubois. L'oblitération de l'artère au niveau du point comprimé, tel fut le but qu'il crut devoir poursuivre. C'était la première fois que cette idée était mise à exécution par un chirurgien français. Déjà, il est vrai, en 1804, Déguise avait dit: «La compression n'agit qu'autant qu'elle oppose au sang, un ohstacie insurmontable (3), » et il avait ajouté que la compression indirecte devait tenir les parois de l'artère en contact, jusqu'à ce que l'oblitération fût parfaite. Richerand avait dit en outre que la compression serait'
(1) Benj. Bell. A System of Surgenj. Ediiibnrgh, 1788, 2lh éd., vol. VI, p. 'i39, plate 80. — Le tourniquet de Moore était destiné à coniprlnier les nerfs pour rendre les membres insensibles aux opérations chirurgicales.
(2) yoy. plus loin , p. 732, obs. Ii2.
(3) F. DEGUISE. Tlièse iimug. Paris, an xii, in-û°. Dissert, sur i'anôvrysme, U3 etûS.
PÉRIODE FRANÇAISE. — VIRICEL, 695
préférable ù la ligature si elle n'était pas si douloureuse et si longue à oblitérer complètement Fartère (1). C'était l'écho de la Lliéorie de W. Blizard. La paix d'Amiens, en rétablissant pour quelques mois les communications entre la France et l'Angleterre, avait permis l'importation de cette doctrine erronée. Personne, toutefois, n'en avait encore fait l'application. Viricel l'entreprit et crut réussir; mais, comme on va le voir, il y eut une étrange contradiction entre la mauvaise théorie et l'excellente pratique du chirurgien de Lyon.
Les deux premières observations de Viricel remontent à 1810, puisque nous savons qu'elles furent adressées à la Faculté de médecine de Paris le 22 novembre de cette année (2). Elles ne furent publiées qu'en 1812, dans la thèse de Réné Morel. Les caillots, dit ce dernier auteur, n'oblitèrent jamais les artères d'une manière définitive. J.-L. Petit et Haller se sont trompés. Pour que l'oblitération soit complète, il faut que l'artère se change en un cordon ligamenteux. « Cette conversion est amenée par une irritation « quelconque qui procure l'inflammation adhésive de la surface « interne de l'artère. C'est dans le but d'obtenir cette inflamma- « tion que M. Viricel, en employant la compression, fait remar- (( quer aux élèves, qu'il est impossible d'obtenir une cure solide « et vraiment radicale si on laisse pénétrer le moindre filet de « sang dans la tumeur (3). » Le succès obtenu par Ant. Dubois ne laissait pas que d'être embarrassant. Le plus simple était de le nier. Ainsi fut fait. « Afin de me trouver le plus possible d'accord (( avec moi-même, » continue l'imprudent théoricien, «je me « demanderai si l'on doit considérer comme radicale cette « prompte guérison {k). »
Telle fut la doctrine, et il suffit, pour la renverser, d'examiner les propres observations de Viricel :
30"= Observation (Viricel) (5). — Anévrysme popUté.— Compression indirecte. — Guérison en trois mois.
Antoine D,.., âgée de i6 ans, écuyer. Son anévrysme, déjà ancien, est peu volumineux et indolent. On décide dans une grande consultation qu'on
■ (1) RiciiEnAND. Nosog. cliir., Inédit. Paris, 1806, T. 111, p. 83. ^ (2) niill. de la Faculté, 1810, n» 10, p. 1.Î2. ' (3) Rftivf; Morel. Tkc.se de Strasbourg, 25 mars 18(i2, p. 3'i. W Idem., p. 40. — (5) Idem., p. 35.
696 COMPUESSION INDIRECTE.
appliquera des réfrigérants sur la tumeur, et une pelote compressive sur l'artère. Ce fut à cette occasion que Viricel imagina sa machine en forme de collier. « Le malade, no pouvant continuellement supporter la pression du collier, « la relâchait de temps en temps, et l'exerçait ensuite lui-même. Enfin ces « moyens furent continués, sans beaucoup de sévérité, depuis le 25 juin jus- « qu'au octobre, époque où la tumeur cessa complètement de battre... « Le malade a été radicalement guéri. »
31^ Observation (Viricel). — Anévrysme fémoral. — Compression indirecte. — Guérison.
Jean-Claude Vincent, âgé de 38 ans. Anévrysme faux circonscrit, consécutif à une plaie, récent et peu volumineux, situé un peu au-dessus de l'anneau du troisième adducteur. Même traitement que dans le cas précédent. Le collier est appliqué un peu au-dessus de la tumeur. « Le malade, patient « et courageux, supportait pendant plusieurs heures de suite une forte près- « siun. )- Il est permis d'en conclure qu'il y avait des moments où il ne la supportait pas. « La tumeur commença à durcir, les battements devinrent « obscurs. Enfin , après vingt-quatre jours de compression , la tumeur était « presque entièrement effacée , et la cure complète. »
En dépit de la théorie, il avait suiïï sur ces deux malades d'une compression fréquemment interrompue , d'un traitement dirigé sans beaucoup de sévérité , pour obtenir une guérison solide , ce qui n'empêcha pas Viricel de dire et de répandre que la cure était impossible si on laissait pénétrer le moindre filet de sang dans la tumeur.
Ce ne furent pas , au reste , les seuls succès obtenus à l'Hôtel- Dieu de Lyon par la compression indirecte. On lit dans la thèse de René Morel que vers 1811 un malade nommé Fayard fut guéri en deux mois d'un anévrysme poplité par l'application du collier. On y trouve encore l'observation suivante:
32^ Observation (Viricel). — Anévrysme poplité. — Compression irrégur Hère et interrompue, puis compression bien faite suivie de guérison en trois jours.
Dolphin , âgé de 64 ans, douanier. Anévrysme poplité paraissant dû à un coup de poing que le malade a reçu dans le jarret il y a quelque temps. On applique le collier un peu au-dessus de l'anneau du troisième adducteur (glace sur la tumeur). Quelques jours après, la tumeur est devenue plus dure et moins pulsalile; après quoi elle reste longtemps stationnairo. Au bout de deux mois, le malade, impatient de guérir, serre un jour son appareil avec
PÉIUODE FKANÇAISE. — VIRICEL. 697
beaucoup de force pendant plusieurs heures. Il en résulte un gonflement douloureux de tout le membre. On est obligé d'enlever tout à fait l'appareil. On le réapplique plus tard pour l'enlever encore. « Les choses se passèrent entre les i< alternatives de la compression et de la suspension , le membre s'engorgeant i de temps en temps. »
Enfin, Viricel pensa que l'appareil était sans doute insuffisant. Après avoir fait réparer les pelotes, « il réappliqua le collier, et le troisième jour après « cette application, le malade fut radicalement guéri. »
Parmi les observations modernes , on en trouvera beaucoup clans lesquelles les choses se sont passées comme dans le cas précédent, et il arrive en effet souvent qu'une compression exacte et complète oblitère en quelques heures un anévrysme , soumis en vain depuis longtemps à une compression imparfaite et irrégulière. Nous dirons plus tard comment il faut interpréter de pareils faits.
Enfin , d'après Lisfranc , qui ne dit pas à quelle source il a puisé , Viricel aurait obtenu une cinquième guérison. Je ne cite ce fait qu'avec la plus grande réserve. Il pourrait se faire, en
■ effet , que ce fût l'écho de l'une des observations précédentes , . altérée par la tradition. Voici le passage de Lisfranc :
« Pendant qu'il était chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Lyon, M. Viricel « vit survenir la récidive le trentièmejour sur un malade qui portait un ané- « vrysme vrai poplité. Les battements de la tumeur avaient déjà disparu do- « puis vingt jours, et la tumeur avait été réduite du double environ de son « volume. On comprima de nouveau pendant cinquante jours, et le malade
■ « fut parfaitement guéri (1). »
C'était peut-être le souvenir de ce malade qui avait porté Viricel ; à penser que la guérison obtenue par A. Dubois avait dû n'être que temporaire.
On trouve dans la thèse de Floret, soutenue en 1828, quelques détails sur un anévrysme pophté que Viricel avait guéri et traité par la compression indirecte (2). Le signalement du malade n'est pas donné , et quoique l'observation diffère à quelques égards des précédentes , je n'ose dire qu'il s'agisse d'un nouveau fait. Floret n'a point vu le malade ; les détails qu'il publie lui ont été •communiqués verbalement par un tiers , et on sait qu'en passant
(1) LiSFnANC. riiésc de concours sur V obliléraiion des artères. Paris, 183'i , p. 38.
(2) Pu. Flobet. Prop. médico-cliir. sur l'anivrysme, lli. inaiig. Paris, 1828, n" lU , p. 12.
ainsi de bouche en bouche les observations s'altèrent rapidement.
Les faits qui précèdent sont-ils les seuls qui se soient produits dans la pratique de Viricel? Il est permis de croire que non. Cinq succès sur cinq malades ou, en mettant les choses au pire, quatre succès sur quatre malades , c'était un résultat supérieur à tout ce qu'on connaissait jusqu'alors. Pour que la chirurgie lyonnaise ait malgré cela renoncé à la compression indirecte, il faut qu'elle ait été découragée par des insuccès plus nombreux encore. On ne peut comprendre autrement que cette méthode soit si promptement tombée en désuétude dans une ville où pourtant Vh-icel occupait la première position chirurgicale (1).
L'appareil compressif ;dont Viricel se servait a été décrit de la manière suivante par un de ses élèves : « C'est une espèce de « collier de chien, qu'on peut ouvrir ou fermer à volonté , formé « par un cercle de fer très-épais , large de deux ou trois doigts , « présentant une circonférence d'un pouce plus large dans tous « les points que le membre sur lequel on l'appUque. Deux vis « mobiles , montant et descendant à volonté , surmontées cha- « cune d'une pelote de grandeur et de forme diverses, situées en « deux sens diamétralement opposés l'une à l'autre, sont desti- « nées à exercer la compression. La pelote qu'on dirige sur l'ar- « tère est convexe, étroite et résistante. L'autre , moins convexe « et plus large, contribue à maintenir le collier immobile (2). » Cet appareil, fort efficace dans son action, présente quelque analogie avec le tourniquet annulaire de Briiclcner , et ressemble surtout beaucoup aux compresseurs circulaires et aux ring tourniquets dont les chirurgiens irlandais se servent aujourd'hui.
(1) Monteggia raconte qu'au moisde juin 1810, llailliard présenta àla Société de médecinede Lyon un malade que la compression de la fémorale avait guéri d'un anévrysme poplité. Les battements de la tumeur avaient cessé le onzième jour. Je n'ai pu me procurer leComptc rendu des séances de la Société de Lyon pour l'année 1810 , et je ne connais pas d'autres détails sur cette observation. Il ne serait pas impossible que Railliard eût présenté à la Société un malade guéri par Viricel (iWONTEGGIA. IstiUtzioni chirurgiclic. Milano, 1813, vol. II, p. 82, § 193). Monteggia cite encore (p. 83) un essai infructueux qu'il fit lui-même de la compression indirecte dans le traitement de l'anévrysme poplité. De deux choses Pune, dit-il , ou la compression était inefficace, ou elle était intolérable à cause de la douleur. Assalini, qui parle du même fait, en fixe la date à 1811 [.Manuale di cliirurgia. Napoli, 1819, in-8», p. 220). Il ajoute, p. 21Ù, qu'il a vu à Rome un homme d'environ trente ans que Sisco avait guéri d un anévrysme au moyen de la compression indirecte.
(2) Thèse de Réné Morel , p. SU.