‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 129 sur 184 · PÉRIODE FRANÇAISE. — DUPUYTREN · texte numérisé non relu

PÉRIODE FRANÇAISE. — DUPUYTREN

on quatre ans , obtenu la guérison de trois anévrysmes poplilés ou fémoraux par la compression , et certes , les deux ou trois échecs publiés ne seraient pas de nature à contre-balancer un pareil résultat. Pour que Dupuytren, à partir de cette époque, ait complètement renoncé à la compression indirecte et au plaisir d'appliquer le compresseur auquel il avait imposé son nom, il faut que ce moyeu ait échoué entre ses mains un plus grand nombre de fois. Du reste, ce détail n'est qu'accessoire; l'essentiel, pour nous, est de constater le progrès réalisé par Dupuytren. Je ne parle pas de sa machine compressive, qui ressemble de point en point à celle qu'employait A. Dubois , et à celle que James Moore avait depuis longtemps imaginée (voy. fig. 18, p. 694). Dupuytren a laissé , dans cette question de la compression indirecte, quelque chose de beaucoup plus sérieux que son tourniquet prétendu. Il a démontré que Blizard, Hodgson, Scarpa, Viricel et plusieurs autres, avaient méconnu le mode de guérison des anévrysmes traités par la compression, que l'artère comprimée ne s'oblitérait ni par adhésion , ni par coagulation du sang, et que, dès lors, il n'était pas indispensable de juxtaposer étroitement, et sans aucune interruption, les parois opposées de ce vaisseau. On était ainsi ramené vers l'idée ancienne du ralentissement simple de la circulation dans l'artère malade ; et, en effet, on y revint promptement, comme on va le voir. Mais on y revint avec un élément de succès qui avait manqué aux premiers chirurgiens. En poursuivant le but impossible de l'oblitération directe du vaisseau, on avait été conduit à imaginer des appareils de compression bien supérieurs aux tourniquets primitifs. On avait substitué des pelotes petites et dures aux pelotes larges et molles dont on se servait autrefois. L'emploi des arcs métalliques, ' comme moyen de support des pelotes et des contre-pelotes per- 1 mettait de n'exercer la compression que sur deux points opposés 1 delà circonférence du membre, sans porter aucune atteinte à la I circulation collatérale. Telle est la marche de l'esprit humain i qu'il progresse môme en courant après l'erreur. La théorie de i l'oblitération directe avait eu du moins cet avantage de forcer les 1 chu"urgiens à apprendre comment on comprime exactement un 'vaisseau. La théorie était tombée; mais les procédés qu'elle avait t enfantés devaient survivre. Pour établir définitivement les bases

de la méthode compressive, il ne s'agissait plus que de mettre à exécution l'idée ancienne à l'aide des procédés nouveaux. Todd, de Dublin, fit, dans ce sens, une tentative intéressante. Mais le mérite principal de cette dernière et capitale innovation revient incontestablement à un chirurgien français, dont la doctrine fut publiée, en 1825, dans la thèse de Guillier Latouche:

Les deux observations que Charles Todd publia , en 1822 , dans The Dublin Hospital Reports , ont acquis une grande importance depuis quelques années, à cause des discussions de priorité auxquelles elles ont donné lieu. Il est d'autant plus nécessaire de les reproduire, que le recueil où elles ont paru est rare aujourd'hui, surtout en France.

Le mémoire de Todd , principalement destiné à vulgariser le traitement des anévrysmes par la ligature , ne traite de la compression indirecte que d'une manière tout à fait accessoire. Après avoir relaté deux cas de ligature de l'ihaque externe , et avant de parler d'une malade à laquelle il lia l'artère humérale , l'auteur rapporte deux observations d'anévrysmes pophtés guéris l'un et l'autre par la ligature après quelques tentatives infructueuses de compression. Il paraît ignorer les travaux de ses nombreux prédécesseurs sur le même sujet , ou peut-être son silence à cet égard vient-il seulement de ce que le traitement des anévrysmes par la compression indirecte était alors pour tous les chirurgiens une notion vulgaire. Dès la première phrase , il annonce que son mémoire est écrit pour les praticiens peu expérimentés; quant aux chirurgiens habiles , ajoute-t-il, ils n'y trouveront pas grand'chose de nouveau {but little novelty). Ce n'est pas ainsi que parlent les novateurs. Ce préambule n'était pas de nature à flatter l'amour-propre du lecteur, et voilà pourquoi peut-être le travail de Todd passa presque inaperçu et resta ensuite oublié pendant vingt ans.

Voici d'abord le résumé des deux observations du chirurgien irlandais :

35^ Observation (Todd) — Anévrysme poplité.—- Compression essayée, puis abandonnée. — Ligature. — Guérison. Will. Mackay, fermier, âgé de 30 ans, entré le 30 juin 1820 à Richmond

(1) Tlic Dublin Hospital Reports and Communications in Medicine and Surgery. Diibliii) 1822, vol. 111, p. 121,

PÉRIODE FUANÇAtSE.— TODD. 705

Surtjical Hospital, pour un anévrysme du jarret droit, datant de cinq semaines, gros comme un œuf, et entièrement réductible. On se décide à essayer la compression de la fémorale.

Todd voulait d'abord se servir d'un tourniquet ordinaire; mais, craignant (le comprimer les petits vaisseaux par l'action des courroies il fit faire un appareil analogue au bandage herniaire crural, mais avec un ressort beaucoup plus fort et une pelote plus compliquée. La pelote se composait de deux plaques susceptibles de s'écarter ou de se rapprocher comme les deux valves d'un sou filet {fig. 19).

On appliquait d'abord l'appareil comme un bandage herniaire, et on le fixait à l'aide de ses deux courroies; il ne s'agissait plus, pour comprimer

Fig. 19.

Appareil de Clu Todd [ tourniquet ti uss).

Dette figure est copiée dans le mémoire de Todd , p. 123.

l'artère, que de tourner une vis disposée de telle sorte qu'elle ouvrait le = soufflet et poussait par conséquent du côté des chairs la face profonde de la pelote.

« Le mécanisme et le but de l'instrument furent expliqués au malade qui « les comprit aisément et qui put, d'après les sensations qu'il éprouvait, « régler lui-même le degré de pression employé. Toutefois , après un essai de « plusieurs semaines , on ne put le convaincre de l'utilité de ce traitement. « La tumeur avait évidemment diminué, et était devenue plus ferme; mais « le malade prélendit que l'instrument le faisait souffrir et que l'isolement et « le régime sévère altéraient sa santé et son courage. »

C'est pourquoi le r'' septembre 1820, Todd pratiqua la ligature de la fémorale. Le malade guérit.

'36« Observation (-1). - Anévrysme poplité. - Compression inefficace. -

Ligature. — Guérison.

James M'Owen, ouvrier, âgé do 27 ans, entré le 27 juillet 1820 à Richmond Hospital. C'est un individu athlétique, jouissant d'une santé de fer. Anévrysme du jarret gauche, datant de neuf à dix semaines , consécutif à un ^mouvement d'extension forcée de la jambe. La tumeur est plus grosse qu'un œuf de dinde, très-pulsatil,. , très douloureuse, on y sent un frémissement

(1) Lnc. cit., p, 132.

semblable à celui de la varice anévrysmale. La peau est amincie , la jambe est gonflée et ne peut supporter la position verticale.

On essaya la compression de la fémorale exactement comme sur le malade précédent. Au bout de quelques semaines il n'y avait dans la tumeur aucun changement appréciable. Le malade s'impatientait. A la fin d'août la tumeur s'accrut beaucoup, devint conique ; la peau s'amincit au sommet de la partie la pliis saillante. Le frémissement redoubla d'intensité.

Todd se décida alors à pratiquer la ligature de la fémorale. Guérison.

Ces deux insuccès s'expliquent très-bien par le trop grand volume de la pelote ; d'ailleurs le résultat obtenu sur le premier malade est digne d'attention, La tumeur était déjà devenue plus ferme , elle avait diminué -d'une manière notable {obmoushj) , et je pense, comme M. Wilde, que la compression fut abandonnée , précisément au moment où la guérison allait s'effectuer (1).

Cela posé , il importe de préciser la part qui revient à Ch. Todd dans la question qui nous occupe. D'une part, en effet, M. Wilde, dans son Histoire de la compression appliquée au traitement des anévrysmes , lui attribue tout le mérite de la méthode compressive; et d'autre part, M. Bellingham, plaidant pro domo sua, lui refuse jusqu'à l'idée, jusqu'au projet, de guérir ainsi l'anévrysme,

M. Bellingham s'appuie sur un passage fort clair , d'où il résulte effectivement que Todd fut conduit à appliquer la compression par l'intention de fah^e dilater les collatérales avant d'en venir à la ligature (2) ; mais il perd entièrement de vue le passage suivant de la première observation de Todd, passage que M. Wilde avait pourtant mis en relief dans un article antérieur à la publication de M. Bellingham (3) :

« La tumeur, dit Todd, était si bien maîtrisée par la compression exercée « sur le pli de l'aine, que je ne désespérais pas d'obtenir la guérison sans « opération, en diminuant le passage du sang dans le tronc de l'artère, de « manière à favoriser la coagulation du contenu du sac. En tout cas, il était

(1) The Dublin Qmrterly Journal. Aug. IS^C, vol. H, p. 110 (History of tlie Cure of Popliteal Anearism by Compression). L'article n'est pas signé, mais on trouve, p. 380 du infime volume, la preuve que M. Wilde en est l'auteur.

(2) Bellingham. Observ. on Aneurism,mi. cit., p. 50. — Todd , dans Dublin Ilospital Reports, vol. III, p. 93.

C3) The Dublin Quarterly Journal, isno, vol. 11, p. 108,

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