PÉRIODE FRANÇAISE. — TODD. 7O
« évident que co moyen, en faisant dilater les collatérales , était de nature à « rendre ensuite moins incertain le résultat de l'opération (I). »
M. Bellingham a donc fermé les yeux à l'évidence. Ses adversan-es ont donné dans l'excès opposé, et se sont ellbrcés de faire sortir du texte précédent plusieurs choses qui n'y sont pas M. Wilde est même allé plus loin , et , passant sous silence les travaux des chirurgiens français , il a annoncé que le principe sur lequel repose aujourd'hui la méthode compressive avait été découvert pour la première fois , en 1820, par Charles Todd Cette assertion fait honneur à son patriotisme bien plus qu'à son érudition.
Todd , en effet , n'a rien fait de nouveau , et n'a rien dit qui ne lût déjà connu avant lui.
L'idée de comprimer l'artère, pour faire dilater les collatérales avant d'en venir à la ligature , était déjà fort ancienne • elle remontait à William Hunter , et l'on n'a pas oublié qu'elle avait été longuement développée, avec toutes ses conséquences, dans la thèse de Piet, soutenue à Paris en 1803 (2).
Le principe du ralentissement pur et simple du cours du sang était tellement peu nouveau , que c'était lui qui avait dès l'origme servi de base à la méthode de la compression indirecte Oublie ensuite par quelques auteurs qui avaient voulu faire jouer à la compression le même rôle qu'à la ligature, il n'avait jamais été entièrement abrogé ; on a vu que Viricel lui-même, le plus zele champion de l'interception totale du sang dans l'artère comprimée, avait précisément guéri ses malades en "suivant une pratique opposée à sa théorie. On a vu surtout qu'une foule de chirurgiens, à toutes les époques, avaient nettement annoncé que le but de leurs elTorts était de diminuer , ou de modérer ou de5re..r le passage du sang, et non de le supprimer. Sous ce rapport, il ne peut rester aucune priorité à Todd ni à ses suc cesseurs.
L'instrument compressif employé par Todd avait-il du moins Je mérite de la nouveauté? Pas davantage. Thillaye avait déjà employé un tourniquet monté sur un bandage herniaire, et un
fl) Dublin ITospital BeporiK, vol. III, p. 122
708 COMPRKSSION mWBKCTE.
auli-e chirurgien, cité par Gailliot, avait eu recours au môme moyen (1). Dupuytren, en 1819, avait fait construire un brayer pour .comprimer l'iliaque externe ; enfin on verra tout à l'heure qu'en 1817, Ver dier avait appliqué un appareil tout à fait semblable {voy. plus loin, fig. 21, p. 712) ; mais il est bon d'ajouter que son observation était encore inédite. L'instrument de Todd, constitué aussi par un ressort de bandage surmonté d'un tourniquet, ne différait des précédents que par la composition du tourniquet. Au Ueu de deux plaques parallèles susceptibles de s'écarter ou de se rapprocher, par le moyen d'une vis, sans perdre leur paralléUsme , Todd avait employé deux plaques articulées à angle comme les deux valves d'un soufflet. Or, plus de quarante ans auparavant, Ravaton avait imaginé une machine compressive {fig. 20) , exactement construite sur le même modèle, avec cette seule difî'érence que l'écartement
Fig. 20.
Compresseur de Ravaton.
La grande figure montre rappareilcomplet avec ses courroies. L'autre dessin montre la pelote vue de profil.
anguleux des valves était obtenu par un ressort et non par une vis (2). Une semblable pelote était nécessairement très -large; elle était bonne pour comprimer directement les tumeurs anévrysmales, et c'était pour cela que Ravaton l'avait imaginée, mais elle ne pouvait, en aucune façon, convenir pour la compression permanente des troncs artériels, à cause de son volume et à cause surtout de l'obhquité de son action.
(1) Voy. plus liaut, p. G77, observ. 22 (Tliillayc ), el observ. 23 (Gailliot).
(2) RiVViTON. Pratique moderne de la f/iiniî-f/ic, publiée par Suc (le jeune). Paris, ITO, iu-12, ï. III, p. 518-522, pl. XVIII. — Foy. incore Ileisier. Institut, cldnirgicœ. Amslcrdain, n39,'in-ii",'T. I , p. Ubl, lab. XI, fig. 8 et i). L'auteur a fait représenter une macliine destinée a comprimer les anévrysmcs. La compression est obtenue par le jeu d'.mc pelote qui s'articule par charniirc avec la plaque superficielle du tourniquet. C'est une vis qui ouvre et ferme la cliarnière, comme dans l'appareil de Todd.