‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 132 sur 184 · PÉRIODE IRLANDAISE. — HUTTON · texte numérisé non relu

PÉRIODE IRLANDAISE. — HUTTON

3" Période d'application ou période irlandaise.

yingt ans s'étaient écoulés depuis l'époque où Charles Todd avait publié son mémoire sur le traitement des anévrysmes, et

' la compression indirecte n'était connue en Irlande que par les deux tentatives infructueuses que j'ai rapportées dans l'article précédent (1). Les deux succès posthumes obtenus par Duggan et par Todd lui-môme n'étaient pas encore divulgués; leshqureux résultats que la méthode compressive avait fournis sur le continent, déjà oubliés ou dédaignés en France, étaient entièrement ignorés de l'autre côté du détroit, de telle sorte que les chirurgiens de l'hôpital Richmond , à DubUn , traitaient invariablement par la ligature tous les anévrysmes externes.

Les choses en étaient là lorsqu'un malade, nommé Michel Duncan, atteint d'anévi7sme pophté, fut admis, le 3 octobre 1842, à Richmond Surgical Hospital, dans le service de M. Edw^ard Hutton (2). La tumeur, un peu plus grosse qu'un œuf de poule, s'accroissait assez rapidement, et il était nécessaire d'agir sans retard. La ligature de la fémorale fut ^proposée; le malade s'y refusa. Il fallut se résigner à n'employer que des moyens palhatifs : le membre fut placé dans la position horizontale; on apphqua sur la tumeur une compression directe. Mais l'anévrysme continua à croître, la compression devint douloureuse, et, au bout d'mi mois, il fallut y renoncer. M. Hutton insista de nouveau pour décider le malade à se soumettre à la ligature. Il ne put y. réussir.

L'obstination inintelligente de cet homme devint le |)oint de départ de l'heureuse révolution que les chirurgiens irlandais ont accomplie. M. Hutton fit part de son embarras à ses collègues., Il songeait à la compression indirecte. Mais cette méthode ne lui

I était connue que par des insuccès, et il hésitait ,.,

Or, on a vu plus haut que M. Adams avait gardé le souvenir

I d'un malade que Duggan avait guéri, en 1824, d'un anévrysme

I fémoral, en comprimant l'artère au-dessus de la tumeur à l'aide de l'appareil de Todd. Cet homme vivait encore : M. Adams ,

qui avait eu l'occasion de le voir plusieurs fois depuis sa guéri-

(1) Voy. plus haut, p. 70ft et 705, obs. 35 et 36.

(2) Dublin Journal of Mccl. Science, may ISW, vol. 23, p. 3G/i. - Dublin Médical Press may 3.(1 18a3. - Jolifke Tuf nell. PracUcal licmarks on ilie Ti'caimcnl ofAneurism bu Compression. Dublin, 1851, in-8", p. 27, and Plate II, lig. 2.

son (1), en parla à M. Hutton, et celui-ci résolut d'essayer sur son indocile malade la méthode qui avait fourni ce succès jusqu'alors inédit.

M. Hutton se servit d'un compresseur qu'il avait déjà employé pour comprimer l'artère fémorale dans le cas d'hémorrhagie secondaire. C'était un cercle de fer de 7 pouces de circonférence , faisant le tour de la cuisse, muni d'une contre-pelote large et fixe, et d'une pelote mobile et étroite {fig, 22). Cet instrument présentait, comme on voit, quelque ressemblance avec le collier de chien imaginé par Viricel, et avec le compresseur annulaire de Briickner.

On essaya, pendant les premiers jours, de comprimer l'artère au tiers moyen de Fig, 22. la cuisse ; mais cette manœuvre ne put

Compresseur annulaire être supportéc. Après plusicurs tentatives de Hutton. iufructueuses , on se décida à appliquer la

( Ring Artery Compressor.) . i t i n • ■

compression sur le pli de l ame, et pour cela il fut nécessaire de modifier la pelote de l'appareil (2). Grâce à ce changement la compression devint moins pénible; le malade put la supporter plusieurs heures de suite, tantôt trois heures, tantôt quatre, tantôt six. Chaque fois qu'on relâchait la vis , les pulsations reparaissaient; mais bientôt la tumeur devint plus ferme, moins volumineuse, et enfin elle cessa de battre tout à fait. Le traitement avait été commencé le 12 novembre 18(^2; les pulsations disparurent définitivement le 28 ; la guérison avait donc été obtenue en seize jours.

Ce succès était des plus encourageants; et, quelques semaines après, M. Cusack, chirurgien de Stevens' Hospital, se décida à employer le même traitement sur un de ses malades.

il» Observation (Cusack) (3). — Anévrysme poplité. — Compression

indirecte. — Guérison.

John Lynch , âgé de 55 ans ; anévrysnio poplité du côté gauche, traité au mois de janvier 1843. On appliqua d'abord pendant treize jours une compies-

(1) Dublin Qiiarlcrlrj Journal, 18'i6, viil. II, p. 111.

(2) Pour la ilesciiplion iniiiuticiise de cet app ueil et de s.t pi lote conipliffuce, woi/. Tufnell, On llie Trealment of Aneurism by Compression. Dublin, 1851, in-8", p. 28 et 20.

(3) Dublin .Journal of Med. Science , may ISfiô , vol. XXIII, p. 366. — Dublin Mcd. Pras, raay 3i*d 18ft3.

PÉRIODE IKLANDAISE. — CUSACK. 729 sion uniforme sur tout le membre ; puis , pendant dix-huit jours encore , on exerça sur la tumeur une compression directe. Ce fut très-douloureux et entièrement inutile. Le 22 février , un mois après le début de ce traitement , ]a tumeur ne présentait aucune amélioration. Alors M. Cusack , qui s'était depuis longtemps déclaré l'adversaire de la compression indirecte, ainsi qu'on l'a vu plus haut (1), invita M. HuKon cà appliquer lui-même son instrument sur le malade. Cette application fut faite effectivement avec le plus grand soin; mais le malade souffrit beaucoup , il ne put supporter la pression plus d'une heure et demie. Le troisième jour on fit une innovation importante ; au lieu de serrer la vis jusqu'à cessation complète des battements de la tumeur , on se contenta d'une compression moins forte destinée à diminuer seulement la force des pulsations. Le malade cessa de souffrir ; mais trois jours après, la tumeur n'ayant encore subi aucun changement appréciable , le chirurgien se découragea , et remplaça l'appareil de M. Hutton par un simple bandage roulé.

Néanmoins la compression indirecte fut reprise le 1 6 mars. Cette fois , le traitement fut dirigé avec plus de persévérance et de précision. On commença par débarrasser le membre du bandage roulé qui était resté appliqué pendant toute la durée de la première tentative. A l'appareil insuffisant de M. Hutton , on substitua un appareil imaginé par M. Philip Cramplon pour la compression spéciale de la fémorale au pli de l'aine dans un cas d'hémorrhagie consécutive à la ligature ; cet appareil , décrit en détail par M. Tufnell, à qui j'emprunte la fig. 23 , était sans doute très-analogue à celui dont M. Crampton s'était servi en -1830 , dans un cas d'anévrysme fémoral , pour

Fig. 23,

Compresseur de Philip Crampton.

exercer la compression immédiate sur l'artère fémorale dénudée par une incision (2j. M. Cusack l'appliqua avec soin , de manière à diminuer simpleme7it la force des pulsations dans la tumeur (so as merely to lessen the impulse in Ihe aneurism) , précaution sage qui permit au malade de supporter la compression sans trop de douleur , et de la conserver constamment. Le sixième jour , la tumeur élait déjà plus dure , plus petite , et beaucoup moins pulsa-

(1) Voy. plus haut, p. 725.

(2) yotj. plus haut, p. im, ohscrv. xiii, l'observation du caporal Coulson, gnOri par M. l'ii. i-rampton au moyen Ue la compression immOUiatc.

tile. Le lendemain , les pulsations disparurent pour toujours ; la compression , néanmoins , ne fut enlevée que deux jours plus tard. Les collatérales se développèrent promptement , et la guérison fut définitive.

M. Cusaclc avait ajouté à la compression indirecte un moyen qu'il est bon de noter ici. Il avait administre à son malade des préparations de digitale pendant toute la durée du traitement. 11 se proposait simplement par là de remédier à quelques accidents qui existaient du côté du cœur ; mais plus tard on eut recours à la même médication , pendant l'application des moyens compressifs, dans le but raisonné de diminuer l'énergie des pulsations artérielles.

Le compresseur, dans le cas qui précède, avait été définitivement enlevé le 25 mars 18i3. Ce jom'-là , précisément, un autre malade, nommé James Hayden, atteint d'un anévrysme poplité, fut admis à Saint- Vincent' s Hospital, et placé dans le service de M. O'Bryen Bellingliam. La compression indirecte fut encore employée ici, et donna un des résultats les plus remarquables qui aient jamais été obtenus (1).

M. Bellingham se servit d'un instrument semblable à celui de M. Crampton. La compression fut commencée le 3 avril, et enlevée le lendemain; elle fut appliquée de nouveau le 6 avril; le 7 , les pulsations s'arrêtèrent. Néanmoins on n'ôta l'appareil que quatre jours plus tard. Lorsque la tumeur cessa de battre, on calcula que l'application de la pelote n'avait pas dm^é, en tout, quarante-huit heures. Mais il n'en faut pas conclure, avec M. Tufnell, que la guérison ait eut lieu en moins de deux jours. Il est bien démontré aujourd'hui que la guérison a lieu par le dépôt graduel de couches flbrineuses dans le sac ; ce dépôt, une fois commencé sous l'influence de la compression, peut ti'ès-bien continuer à s'eiïectuer quoique la compression soit enlevée. — En réaUté, par conséquent, il faut dire que sur le malade de M. Bellingham la guérison a été obtenue en quatre jours. Réduit à ces proportions, le succès est encore assez éclatant, et ce ;brillant résultat n'a pas été sans influence sur le triomphe de la méthode compressive.

Quelques jours plus tard, le 22 avril 1843, les trois observations

(1) TuFNELL, loc. cit., p. 30. ViibUu sied, Press, may 3nl im.— Dublin Journal of Med. Se, july 1843, vol, XXIII, p. ft5£|.

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