‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 31 sur 184 · HISTOIRE DUS CAILLOTS ACTIFS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DUS CAILLOTS ACTIFS

bien les cliances d'une guérison chèrement achetée. En tous cas, ils ne sauraient être comparés h la coagulation paisible et toujours bienfaisante qui lait déposer des feuillets hbrineux concentriques dans la plupart des anévrysmes saccil'ormes un peu anciens.

M. Wardrop a donc méconnu la nature des concrétions anévrysmales. M.Bellingham n'a pas tardé à rectifier cette opinion erronée; il a indiqué la véritable origine des caillots flbrineux; surtout il a dévoilé les conditions à la faveur desquelles ils se déposent dans les anévrysmes. Il est loin d'avoir épuisé toutes les questions qui se rattachent à cette étude in téressante ; mais il a du moins fourni des données précieuses, qui nous permettent aujourd'hui d'étabhr sur des bases solides la physiologie pathologique des tumeurs anévrysmales.

La première communication de M. Bellingham sur ce sujet remonte au mois d'avril 1843 et est consignée dans les procès-verbaux de la Société chirurgicale d'Irlande (4). A cette époque, sa doctrine était encore dans les langes, mais il l'a développée depuis dans plusieurs publications et notamment dans ses Obser^ valions sur le Iraitement des anéwysmes par la compression (2),> J'ai beaucoup profité de la lecture de cet ouvrage que je ne saurais trop recommander à l'attention des chirurgiens.

Je viens de décrire les caillots fibrineux qui se déposent dans les anévrysmes sacciformes. 11 s'agit de chercher maintenant ce que deviennent ces caillots et de montrer en quoi ils influent sur les caractères et la marche ultérieure de la tumeur.

La première question qui se présente à l'esprit est la suivante : Les caillots actifs peuvent-ils s'organiser ?

On sait que l'école de Hunter considérait l'organisation des caillots sanguins comme un phénomène très-ordinaire , et attri^ buait même à cette organisation l'origine d'un grand nombre de productions accidentelles.

Cette doctrine, que je n'ai pas l'intention de discuter ici, mais que je repousse entièrement, a rencontré une vive opposition, et

(1) /îepor^s of Proceeclings of the Surgical Society of Ireland, april 22nrt 18.'i3 , duns '^uoim Ulcdical Press, may Srd 18/i3, p. 277.

,.v!? T"",'""' Ohservaliom on Atieurism and ils Treatment Oy Compves-

sio». I,ondon, m7, in-12, p.135.

128 PIIVSFOLOGTF. PATHOr.OP.IQUI', OFS ANÊVBYSMES.

est rejelée aujourd'hui par tous les anatoino-pathologistes. Il est parfaitement certain que les tumeurs solides chroniques qui succèdent à des contusions ou à des épanchements de sang, ne sont duçs ni à la persistance des globules dont il ne reste aucune trace , ni à celle de la fibrine qui forme seulement les 27 dixmillièmes de la masse sanguine, et qui ne pourrait jamais donner lien à une tumeur appréciable, lors même qu'elle ne serait pas résorbée en même temps que les globules (1). L'anatomie patboiogique, la cbimie et l'histologie ont ruiné à jamais la doctrine de Hunter, et fait disparaître du même coup les concrétions sanguines des articulations et les tumeurs fibrineuses des mamelles.

On a donc nié l'organisation du sang épanché, et en cela on a eu raison , parce qu'on est autorisé à nier tout ce qui n'est pas démontré.

Mais on en a conclu que les caillots sanguins étaient incapables de s'organiser, et peut-être ici est-on allé trop loin , faute d'avoir dislingiié les caillots actifs des caillots passifs.

Les caillots passifs , quel que soit le point où ils se forment, constituent une masse inerte, qui ne semble pas susceptible, en effet, de se transformer en un tissu vivant. S'ils sont situés hors des vaisseaux , ils peuvent se dissoudre et être résorbés ; s'ils prennent naissance dans l'intérieur de l'appareil vasculaire, ils peuvent encore disparaître par dissolution , et même , lorsqu'ils sont de date récente, ils peuvent se laisser dissocier mécaniquement par le courant sanguin, et rendre leurs globules à la circulation. — Dans l'un et l'autre cas, ils finissent par disparaître, sans jouir jamais d'une vie propre.

Les auteurs qui n'étabUssent aucune différence entre ces caillots passifs, inorganisables , et les caillots flbrineux des poches anévrysmales , ont donc été conduits d'une manière très-logique '^i considérer ces derniers caillots comme complètement inertes.

Sans oser me prononcer ouvertenjent contre cette conclusion . ie ferai remarquer qu'elle repose sin- une base erronée ; ce qui est applicable aux caillots passifs pourrait bien ne pas l'être aux caillots actifs.

(1) f/oj/.VEnNEun» irn vwt l'étiolodie de» «meurs llbrînemes. ùom ifoniteur rf« UOpilavx, 18Dfi,T.II, p. 1".

VITALITÉ DES CAILLOTS ACTIFS, 12g-

Pour prouver que les concrétions anévrysmales sont privées de vie, on a dit qu'elles ne possédaient jamais de vaisseaux.

Cette assertion a été contestée. Plusieurs auteurs ont vu des prolongements vasculaires venant de la paroi du sac et s'étendant aux feuillets fibrineux les plus externes. J'ai constaté moimême cette disposition, en étudiant un anévrysme de l'aorte présenté, il y a quelques années, à la Société anatomique. J'ai vn également quelques vaisseaux à la base d'une concrétion fibrineuse, qui paraissait déjà assez ancienne et qui était implantée sur la paroi du ventricule gauche du cœur. John Hunter a réussi à injecter des vaisseaux dans un caillot fibrineux déposé au-dessus d'une ligature d'artère. La pièce esl conservée dans le Musée- Huntérien (1). On a objecté contre les faits de ce genre que des traînées sanguines avaient pu être prises pour des vaisseaux, et la coloration rouge du caillot injecté par Hunter a été attribuée à une extravasation. Mais la même objection n'est pas applicable à une autre pièce injectée par M. Kiernann , dont tous les anatomistes connaissent l'habileté. Un long caillot fibrineux, formé dans l'une des branches de la veine porte, au-dessous d'une tumeur qui comprimait ce vaisseau, reçut en plusieurs points la matière à injection et se montra creusé de canaux vasculaires très-évidents (2). Blandin constata, en 1830, au moyen d'une injection fine, une disposition exactement semblable sur le cadavre d'un homme, à qui Roux avait lié l'artère fémorale plusieurs années auparavant. Un long caillot fibrineux, situé entre l'anévrysme et la ligature, s'était organisé et renfermait dans son épaisseur un remarquable réseau vasculaire, dans lequel l'iniection avait pénétré (3).

Je crois donc qu'on aurait tort de nier l'existence, sinon constante, du moins éventuelle, des vaisseaux dans les concrétions ubrineuses intra-vasculaires.

Mais la réalité de ces vaisseaux une fois admise, on peut discuter encore sur leur signification. Plusieurs personnes ont pensé s n'appartenaient pas à la concrétion fibrineuse elle-même et qu Us avaient pris naissance dans une couche de lymphe plas-

bÎ Aneunsm,eic. Lond., 1828 , in-8», p./,.

onrnal hebdomadaire, 1830, L. Gouckon, r/,é.,c inaug. l'aris, XW., 00 p 39

tique sécrétée par la surface inleriie du vaisseau ou de la poche anévrysmale. Cette fin de non-rccevoiv n'a pas une grande perlée. Que les concrétions flbrineuses s'organisent par elles-mêmes OU par l'intermédiaire delà lymphe plastique, cela importe assez peu, pourvu qu'elles finissent par se vasculariser. Cette vascularisation, je suis le premier à le reconnaître, est toujours trèsrestreinte; elle n'occupe ordinairement que la couche la plus superficielle du caillot anévrysmal; elle n'existe que sur des points très-limités ; enfin, et surtout, elle manque dans la plupart des cas. Je ne prétends donc point que les concrétions ûbrineuses des anévrysmes soient vasculaires ; je dis seulement qu'elles paraissent vascularisables, et cela établit de fortes présomptions en faveur de leur vitalité.

Mais, dira-t-on encore, la plus grande partie des caillots fibrineux, même dans les cas les plus favorables, est entièrement privée de vaisseaux et ne saurait, par conséquent, être considérée comme vivante.

Cette objection aurait été sérieuse il y a une quinzaine d'années, lorsque la physiologie, engagée dans une voie déplorable, refusait l'organisation et la vie à toutes les parties du corps qui ne recevaient pas de vaisseaux, enveloppant ainsi dans une même proscription les poils, les dents, la cornée, l'appareil du cristallin et les cartilages articulaires. Aujourd'hui , il est bien démontré que les organes sans vaisseaux jouissent d'une vie véritable et qu'ils ont, comme les autres organes, leur nutrition et leurs maladies. La vascularité est l'apanage des organisations supérieures; elle manque constamment dans les premières phases embryonnaires ; elle manque encore dans les animaux inférieurs et dans les tissus inférieurs. Du-e que les caillots flbrineux sont étrangers à la vie parce qu'ils ne sont pas vasculaires, c'est donc faire un contre-sens physiologique.

Si on demande à quoi servent les vaisseaux dans le corps, tout le monde répond qu'ils sont destinés à porter dans les organes les matériaux nutritifs dont le sang est chargé. La vascularité n'est donc qu'un artifice dont peuvent se passer les parties qui, par leur nature même, sont toujours en contact avec les liquides sanguins. C'est ainsi que la tunique interne et la tunique moyenne des artères, trop souvent malades pour qu'on puisse songer à

Page 1