CHAPITRE Yl
De la guérison i>iionlance des anévrysmes.
On savait depuis longtemps que les anévi7smes peuvent guérir spontanément , et bien des auteurs en avaient rapporté des exemples ; mais personne , avant Hodgson , n'avait rassemblé les documents épars dans la science, et n'en avait fait l'objet d'une étude dogmatique (1). Cet habile observateur, comparant les faits déjà connus avec les résultats de sa propre expérience, parvint à découvrir le mécanisme de la guérison naturelle de certains anévrysmes, et il en tira même des conséquences précieuses pour la thérapeutique.
Tous ceux qui ouvrent une voie nouvelle sont exposés à commettre quelques erreurs. Hodgson obéit à la loi commune : il se laissa influencer par les théories de son temps , et donna à certains faits une interprétation inexacte. Malgré ces imperfections, il réalisa un progrès considérable , auquel les travaux modernes sur la compression indirecte donnent chaque jour une nouvelle importance.
Suivant lui, la guérison des anévrysmes peut s'cfi'ecluer spontanément de trois manières: 1" parla gangrène de la tumeur;
(1) Jos. Hodgson. A TventUcon tlic Diseases of Arlerics and Vcins. Lond., 1815, trad. fr. par Breschet. Paris, 1819, iii-8", T. I, p, 13G à 187.
RÉFUTATION DE PLUSIEURS IlYPOTUliSES. 153
2" par la pression que le sac exerce sur l'artère, pression qui a pour résultat de faire adhérer entre elles les parois opposées de ce vaisseau, et d'y intercepter le passage du sang; 3° par le dépôt .graduel de la fibrine jusqu'à complète oblitération du sac, avec ou sans oJ)litération de l'artère adjacente.
Les successeurs de Ilodgson ont indiqué plusieurs autres mécanismes. Suivant A. Gooper, lorsqu'un anévrysme se rompt sans ' liémorrliagie extérieure, le sang qui s'épanche sous l'aponévrose et dans la gaîne de l'artère peut comprimer ce vaisseau au point de le faire oblitérer (1). M. Crisp admet que le bout supérieur de l'artère s'enflamme quelquefois isolément et est rendu imperméable par un bouchon de lymphe plastique (2).
Puis on a distingué la guérison produite par l'inflammation ipure et simple de celle cpii est due à la gangrène. On a distingué I encore les cas où la fibrine oblitère à la fois le sac et l'artère, de I ceux où elle n'oblitère que le sac. Enfin on a parlé de l'obturation ide l'orifice par un caillot détaché des concrétions fibrineuses qui tapissent la poche anévrysmale. Si on acceptait tout cela, on serait conduit à décrire jusqu'à huit procédés de guérison spontanée. La plupart des auteurs en admettent quatre ou cinq; plusieurs en ont admis six ou sept.
La question, comme on voit, est assez compUquée. On me saura peut-être gré de la simplifier.
Et d'abord, pour l'hypothèse de M. Crisp, — je dis hypothèse, attendu que l'auteur ne s'appuie sur aucun fait, — elle est en opposition avec ce que nous savons aujourd'hui sur ha pathologie des artères. Beaucoup d'auteurs, et des plus autorisés, nient que l'inflammation puisse s'emparer des deux tuniques artérielles internes, qui ne renferment pas de vaisseaux. A la rigueur, l'absence d'inilammation n'excluerait pas la possibilité d'une sécrétion plastique dans les artères ; mais , s'il est une chose bien démontrée , c'est que cette sécrétion , en admettant qu'elle ait lieu quelquefois, est incapable de faire adhérer les parois opposées du vaisseau. La circulation artérielle ne peut être interrompue que par des caillots; et je me plais à citer à cette occasion les impor-
(1) J. Wardrop. Art. ANEunisM, in tlie Cyclopedia of PracHctd Surgery, vol. I, p. 20O.
(2) Cbisp. On Disenscs of tlie Blood-Vessels. Lond. , 18^7, in-S", p. 178.
l&A DE LA GUÉIUSON SPONTANÉE DES ANÉVllVSMES.
tantes reclierclies de M. Notta , qui a réduit à sa juste valeur le 1 rôle exagéré attribué par les auteurs à la lymphe plastique (1).
Le mécanisme admis par A. Coopcr ne diffère pas notablement • du deuxième mécanisme de Ilodgson. Dans l'un et l'autre cas, ' c'est la tumeur elle-même qui, retenue et comprimée par les tissus environnants , comprime à son tour le tronc de l'artère et eu détermine l'oblitération. Je pourrai donc discuter de front ces deux théories.
ÉverardHome avait supposé tout gratuitement que le sac anévrysmal pouvait, en se développant, aller exercer sur le tronc artériel, à quelque distance de l'oriûce, une compression suffisante pour y arrêter le cours du sang (2). Cette hypothèse ne s'appuyait sur aucun fait. Hodgson l'adopta néanmoins et la fit sienne, en s'efforçant de la faire reposer sur des observations et sur des autopsies. Les raisons qu'il fit valoir étaient plus spécieuses que solides ; les faits qu'il invoqua n'avaient aucune valeur pom- qui voulait se donner la peme de les examiner. Malgré cela, tous ses contemporains, tous ses successem-s, à l'exception peut-être de Guthrie (3) et de M. Gerdy (k) , acceptèrent si bien sa doctrine, qu'aujourd'hui encore elle s'étale sans contestation dans tous les livres classiques. 11 est facile, cependant, de démontrer qu'elle est fausse de tous points.
Hodgson part d'abord d'une idée dont l'inexactitude a été mise en évidence par les résultats récents de la compression indirecte. Se basant sans doute sur les expériences de Freer, de Birmin- : gham, expériences qui trouveront mieux lem- place dans la deuxième partie de cet ouvrage, il admet que la compression suffit pour oblitérer les artères. « Dans ces circonstances, dit-il, « il jjeut survenir un tel degré d'inflammation dans les mem- (c branes de l'artère, par suite de la pression que le sac exerce (( sur elles, qu'il en résulte Yadhérence de ses parois et l'obUté- « ration de sa cavité (5). » Or, personne, aujourd'hui , n'ignore i
(t) Notta. Rcclierches sur la cicalrisulioii des artcrcs, thèse de Paris, 1S50, p. 19. i
(2) Transactions of a Society for Ihc Improvemcnt of Médical and Chirurgical Knnwtcclgc. Loiid. , 1793, vol. I, p. ISO.
(3) Guthrie. On tlie Diseuses anU Injuries of Arlerics, Loiid., 1830, iii-8", p. 98. (^i) Gerdy. Chirurgie pratique. Paris, 1852, T. Il, p. 541.
(5) UoGDSON. A Trcatisc on thc Viseascs of Arlerics and yeins, Lond., 1815, irad. j fr. par Bresclict. Paris , 1819 , iii-8", T. I , p. l^iS. ■