‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 66 sur 184 · INSTABILITÉ -DES CAILLOTS GALVANIQUES · texte numérisé non relu

INSTABILITÉ -DES CAILLOTS GALVANIQUES

.lircct(3 , on trouve qu'il est constitué par une substance molle et liouiogène, absolument diflerenle de celle des caillots actifs, A 1 appui de cette assertion, je pourrais invoquer un grand nombre de faits : il me suffira d'en citer quelques-uns. • '

J'ai dit que le caillot galvanique offrait peu de stabilité et qu'il se laissait aisément dissocier et entraîner par les ondées saiiguines. Cela n'est pas seulement très-réel , c'est encore très-fréquent. C'est la règle la plus ordinaire , lorsque la galvano-puncture n'a fait oblitérer qu'incomplètement la poche anévrysmale. Très-souvent, môme lorsque cette mé thode est appelée à échouer, la tumeur devient un peu plus dure à la fin de la séance, mais cet état, dû à la coagulation partielle du sang, n'est que passager, et, au boutde quelques heures ou de quelques jours, l'anévrysme reprend ses premiers caractères. Le malade sm^ lequel M. Phillips avait apphqué lagalvano-puncture et que M. Liston traita ensuite par la ligature, présenta ce phénomène (1). Pareille chose eut heu sm' un septuagénaire traité par M.Capelletti. La première séance galvanique rendit la tumeur plus dure et moins pulsatile , mais au bout de peu de jours les caillots avaient disparu. Une deuxième séance, qui eut heu dix-sept jours après la première , eut un résultat plus durable (2). J'ai vu moi-même, à la Pitié, dans le service de M. Laugier, un anévrysme du tronc brachio-céphahque sur lequel M. Wertheimber appliqua la galvano-puncture suivant son procédé. La tumeur devint manifestement plus dure à la fin de la séance ; mais le lendemain ou le surlendemain au plus tard , elle avait recouvré sa première mollesse.

Cette dissolution consécutive du caillot galvanique a été évidente dans un cas recueilli par M. Voillemier. L'observation étant encore inédite, je crois devoir la reproduire ici :

9" Observation (Voillemier). — Anévrysme variqueux du pli du coude. — Galvano-puncture.— Coagulation partielle immédiate. — Dissolution ultérieure des caillots. — Compression directe. — Guérison,

Dauteur, âgé de 30 ans, fabricant de peignes, entré à la Pitié le 1 5 novembre 1847, salle Saint-Gabriel, n°- 37.

Il y a cinq semaines, cet homme fut trouvé dans sa chambre dans un état

(1) Voy, plus haut, page 80û,

(2) Obs. 21 du mm. (le Boinct ( Mém. Soç. cMr,^ ï. III, p. Oft).

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d'asphyxie produite par les vapeurs de charbon. Un médecin fui appelé et pratiqua une saignée sur la veine médiane basilique du bras gauche. Le sang coula en abondance et ne fut arrêté qu'avec difficulté. Le lendemain , lo membre thoracique, depuis le poignet jusqu'à l'aisselle, était le siège d'un gonflement considérable avec coloration bleu-foncée des téguments. Le malade souffrit beaucoup pendant trois jours (cataplasmes). Le cinquième jour, le sang commença à se résorber. Le neuvième jour, la douleur avait disparu; la tuméfaction était presque entièrement dissipée, et il no restait plus qu'une tumeur grosse comme un œuf de pigeon, située sous la cicatrice de la saignée.

Dauteur reprit ses travaux habituels pendant quelque temps ; mais la tumeur fit des progrès : les doigts devinrent froids et engourdis. Ce fut alors que le malade se décida à entrer à l'hôpital.

Au pli du coude du côté gauche, sur le trajet de la médiane basilique, existe une tumeur plus grosse qu'un œuf de pigeon, plus rapprochée du bord interne que du bord externe du membre, acuminée et surmontée d'une petite cicatrice. La couleur de la peau n'est pas altérée ; les veines superficielles ne sont le siège d'aucune dilatation appréciable.

La tumeur est complètement réductible, pulsatile, et présente des mouvements d'expansion bien manifestes. En exerçant sur elle une légère pression , on sent un frémissement vibratoire très-prononcé. Ce frémissement se prolonge le long de l'artère humérale jusqu'à la partie moyenne du bras , il manque tout à fait à l'avant-bras. Si on comprime l'humérale, la tumeur s'affaisse ; si on applique une ligature circulaire sur le membre immédiatement au-dessus de la tumeur, la tumeur devient plus ferme^ plus tendue, les pulsations paraissent plus fortes et le frémissement plus prolongé.

Le pouls radial est légèrement affaibli. — L'auscultation révèle l'existence d'un bruit de souffle continu dont l'intensité redouble à chaque diastole; ce souffle se prolonge le long du bras, sur le trajet de l'artère humérale. — Il n'y a aucune douleur; le malade n'éprouve que quelques légers picotements au-dessus de la tumeur. Les mouvements des doigts sont parfaitement libres.

M. Voillemier, après avoir reconnu à ces caractères l'existence d'un anévrysme variqueux, se décida à tenter l'application de l'électro-puncture.

Le lundi 22 novembre, il enfonça dans le sac, à chacune des extrémités de la tumeur, une longue aiguille d'acier. 11 mit ces aiguilles en communication avec les rhéophores de la machine de Lebreton. L'opération fut prolongée pendant six minutes. Pendant toute la durée de cette application, le malade éprouva des douleurs très-vives, et son bras fut le siège de tremblements convulsifs (1).

(t) La inacliine de Lcbrelon donne des courants d'induclion. Ces cour.nnts sont instantanés, mais se l épÈlcnl plusieurs fois par seconde. Cela explique le IreinWenicnt consécutif des muscles du bras chez l'opéré de M. Voilleuiier.

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A la fin de la séance, la peau était rouge autour des deux piqûres. La tumeur, devenue un peu douloureuse, présentait au toucher une solidité pâteuse ; elle n'était plus que partiellement réductible. L'état des battements n'est pas indiqué dans l'observation ; il est probable qu'on avait comprimé l'humérale pendant la durée de l'électrisation, et qu'on n'avait pas cru devoir remettre ce vaisseau en liberté avant l'application du bandage , de peur de faire dissoudre les caillots.

On applique un bandage roulé sur toute la longueur du membre. Le 23, on lève l'appareil. La tumeur est aplatie, beaucoup moins grosse qu'avant l'opération. Les battements ne se voient plus à l'œil ; on les sent avec le doigt, mais on constate qu'ils sont notablement affaiblis. Le frémissement vibratoire est également devenu beaucoup moins intense. M. Voillemicr et les personnes qui assistent à la visite cherchent vainement le bruit de souffle.

On applique de nouveau le bandage roulé , et on serre un tourniquet sur Tarière humérale, à cinq travers de doigt au-dessus de la tumeur.

Le 24 , le malade a fort peu souffert ; il a très-bien dormi. On ne change pas l'appareil.

Le 25, on enlève le bandage. Le frémissement et les battements ont entièrement disparu, mais on entend un très-léger bruit de souffle. On réapplique la bande roulée, et on remplace le tourniquet, qui tient mal , par une compresse graduée fixée , au moyen de la bande , sur le trajet de l'artère humérale.

Le 26, le malade a beaucoup souffert pendant la nuit, et a été obligé d'enlever lui-même son bandage. Les battements sont revenus , mais il n'y a ni frémissement ni souffle. On replace le bandage roulé qu'on ne change pas le lendemain.

Le 28, les battements sont plus sensibles. Une petite phlyctène, produite sans doute par un ph de la bande , apparaît au sommet de la tumeur.

Le 29, la persistance des battements décide M. Voillemier à exercer sur la tumeur une compression plus énergique. Une pièce d'agaric est appliquée sur la peau, et recouverte d'une lame de plomb qui est à son tour recouverte de compresses graduées. On fixe le tout au moyen d'une bande très-serrée. Le soir, le malade enlève lui-même sa bande, à cause de la douleur.

Le 30, on applique de nouveau le même pansement que le malade enlève encore pendant la nuit.

Le 31, on réapplique le bandage compressif , puis on le recouvre d'une bande dextrinée, pour empêcher le malade de déranger les pièces de l'appareil , qui reste en place pendant quatre jours consécutifs.

i Décembre. On fait comprimer l'artère humérale par un aide , puis on

^^'^ galvano-punctuhe.

change le bandage sans examiner l'état des battemenls. Le nouvel appareil reste encore en place pendant cinq jours.

Le 9, on examine la tumeur, qui est trouvée plus petite. Il n'y a plus ni frémissement ni souffle , mais on y sent encore de très-légers battements. Même pansement compressif.

Le -12 , on trouve que la tumeur a encore diminué ; elle ne fait plus qu'un relief de 2 centimètres environ. 11 n'y a plus ni frémissement, ni souflle, ni battement. En un mot , tous les caractères des anévrysmes ont disparu.

A partir de ce jour, la tumeur continua à décroître ; les pulsations ne se montrèrent plus, et le malade sortit de l'hôpital parfaitement guéri, le 31 janvier -1848.

Cet homme fut revu par M. Voillemier trois mois après, puis au bout d'un an. La guérison ne s'était pas démentie.

Je pense que dans le cas qui précède la compression directe a été l'agent principal de la guérison ; mais l'action de cette méthode a été singulièrement favorisée par les modifications que l'action de l'électricité avait déjà fait subir à la tumeur. On remarquera qu'ici encore, comme dans les faits de M. Nélaton (1), les signes caractéristiques de la plilébartérie, savoir le frémissement et le souffle, ont disparu avant les battements. En d'autres termes, selon toutes probabilités , l'anévrysme variqueux a été transformé en anévrysme artériel.

Quant à la coagulation électrique, elle n'a été que partielle: l'état de la tumeur a été d'abord considérablement modifié; tout permettait de compter sur une guérison prochaine; mais, à partiïdu cinquième jour, les caillots ont commencé à se dissoudre, et la récidive eût sans doute été complète si M. Voillemier n'eût employé la compression directe, qui a définitivement guéri le malade.

Les caillots galvaniques disparaissent donc très-facilement et très-promptement. Il n'est même pas nécessaire pour cela que l'oblitération de l'anévrysme soit incomplète. Il arrive fréquemment que les battements reviennent spontanément après avoir complètement disparu. C'est ce qui eut lieu sur un malade de M. Hamilton. Un anévrysme de la carotide fut entièrement solidifié en une seule séance. L'opération avait été pratiquée le 15 mai 1846; les pulsations reparurent le surlendemain. Il est

(J) Voy. plus haut, p. 291,

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