INSTABILITÉ DES CAILLOTS GALVANIQUES
vrai qu'elles s'éteignirent de nouveau quelques jours plus tard (1). Mais il n'en fut pas de môme dans un cas recueilli à l'hôpital Beaujon dans le service de M. Robert. Le galvanisme, appliqué pendant dix minutes par M. Debout, solidifia instantanément et entièrement la tumeur. La guérison semblait assurée ; malgré cela, le caillot lut graduellement et complètement entraîné au bout de peu de jours, et la galvano-puncture compta un insuccès ^ de plus (2).
Ge ne sont pas seulement les caillots déposés dans le sac qui peuvent ainsi disparaître; ceux qui se déposent dans les troncs , artériels subissent quelquefois le même sort. L'action de l'électricité peut s'étendre jusque dans l'artère, qui s'olDlitère dès le premier jour, et qui redevient ensuite perméable. Au reste, la disparition du caillot artériel n'est pas toujours suivie de la récidive de l'anévrysme ; il est arrivé plusieurs fois que la tumeur a conservé toute sa solidité, et a fini par guérir entièrement, malgré le retour des battements dans l'artère adjacente. Je citerai, entre autres, un malade guéri en 1849 par M. Pétrequin. Une seule séance de 14 minutes oblitéra complètement et définitivement un anévrysme traumatique du coude, gros comme un œuf de poule. L'artère radiale cessa aussitôt débattre; les pulsations n'y reparurent que le quatrième jour. Le onzième jour on reconnut que l'humérale était oblitérée au niveau de la tumeur et, audessus d'elle, dans une étendue d'un pouce et demi. Puis on trouva le quarantième jour que cette artère était redevenue entièrement perméable dans toute sa longueur, quoique l'anévrysme fût toujours bien guéri (3). Pareille chose eut lieu dans un cas d'ané-; yrysme de l'artère sous-clavière traité par M. Abeille (4).
Après cela , il est inutile d'insister davantage sur le peu de solidité des caillots galvaniques , mais je me hâte de dire que ces caillots persistent souvent, surtout lorsqu'ils remplissent entièrement le sac et l'artère. Qu'on se garde de croire toutefois que la
(1) Dublin Qvarlerly Journal, 1846, vol. II, p. 539,
(2) Il s'agissait (l'un anévrysme traumatique du pli du bras {Bulletin de thérapeutique, 1853, T. XLIV, p. Û02).
(3) Acu. Meice. De l'apvUcalion de la (jaluano-puncture au traitement des anôvrysmcs. Th. Paris, 1851, n" 253, p. 27 ( 31« obs.). — Le mCmc fait est rapporté dans le T, XXXVII du Pullclin de thérapeutique, 18£i9, p. 3(i8.
(1) Archives générales, sér. IV, T. XX, p, ftOl, 18'(9,
■^1" «A.LVANO-PUNGTUHE.
gnërison soit assurée pour cela. Ainsi que M. Gérard l'avait parfaitement prévu, le caillot galvanique se comporte souvent comme un corps étranger irritant , et peut provoquer une inflammation formidable. M. Pétrequin a publié l'histoire d'un aumônier, âgé de trente-deux ans , et guéri d'un anévrysme traumatique du coude par la galvano-puncture (1). Je trouve dans la thèse de M. Constant Roux, interne à l'Hôtel-Dieu de Lyon, quelques détails de plus sur cette observation, a A la suite de la «galvano-puncture, la tumeur devint dure et tendue; nous sa- « vons que les accidents inflammatoires furent tellement intenses, « qu'ils mirent les jours du malade en danger, mais la guérison « eut lieu (2). » Il découle de là que la tumeur s'enflamma vivement, sans toutefois suppurer. Un malade de M. Dieulafoy, de Toulouse , fut moins heureux. L'inflammation ne s'alluma que douze jours après la séance galvanique , mais elle fut tellement violente que la tumeur entra en suppuration. On lia alors l'humérale, puis le sac s'ouvrit spontanément, le pus et les caillots qu'il contenait s'écoulèrent, et, malgré la ligature qui avait été pratiquée, le bout infériem^ de l'artère ne tarda pas à verser du sang dans le sac. Cette hémorrhagiefut arrêtée par le tamponnement, et le malade finit par guérir (3). Le résultat fut plus fâcheux sur un malade de M. Pétrequin , atteint d'anévrysme pophté. La tumeur avait été oblitérée complètement en 16 minutes. Tout alla bien pendant neuf jours, mais le dixième jour il survint une inflammation violente accompagnée d'une fièvre intense ; les piqûres faites par les aiguilles se mirent à suppurer, le membre s'engorgea et l'homme mourut (4).
Ces exemples, que je croirais superflu de multiplier, prouvent que les caillots galvaniques se comportent de la même manière que les caillots passifs ordinaires; et on doit déjà s'attendre à leur trouver une composition bien difî'érente de celle des caillots fibrineux. Je ne connais qu'un seul cas où on ait eu l'occasion de les examiner directement, sur un malade amputé quelque temps
(1) Arcli. généi:, sér. ]V, ï. Xin , p,529 ( 18îi7).
(2) Thèse inaug. de Constant Roux. Paris, 1848, n" 168, p. 12,
(3) Fbéd. Dassieh. Sur In saignée du bras et ses accidents , Tli. de Monipcllier, 1850 , n" lix , p. 56.
(û) Meige. Thèse citée. Paris, 1851, p. 32 , 35« obs.