‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 68 sur 184 · NATURE DES CAILLOTS GALVANIQUES · texte numérisé non relu

NATURE DES CAILLOTS GALVANIQUES

après l'application de l'électricité. Celte disseclion n'est certes pas la seule qui ait été faite. Plusieurs malades ont succombé à la suite de la galvano-puncture; mais, chez les uns, la suppuration s'était emparée du sac et avait dénaturé les caillots ; chez les autres, l'oblitération de l'anévrysme avait été due à l'inllammation consécutive et non à l'action directe de l'électricité, Ces observations, par conséquent, ne prouvent rien sur la nature des caillots galvaniques. Quoi qu'il en soit, le fait suivant montre que ces caillots sont très-mous; qu'ils ne se résorbent pas vite, H qu'ils ne durcissent pas en vieillissant.

M. Constant Roux raconte l'histoire d'un malade atteint d'anévrysme traumatique du coude, qui fut traité, selon toutes probabilités, à l'Hôtel-Dieu de Lyon. Le nom du chirurgien n'est pas indiqué , mais il n'est pas impossible de le deviner. L'anévrysme était gros comme une noix. La galvano-puncture fut appliquée pendant vingt minutes; la tumeur devint sohde, et, pour empêcher le retour des battements, on plaça'un compresseur sur l'humérale , le long du bras. L'action de cet instrument fut sans doute trop énergique, puisque la main et la partie inférieure de l'avant-bras furent frappées de sphacèle. On attendit que la gangrène fût limitée ; et , un mois après la séance de galvanopuncture, on pratiqua l'amputation du bras au tiers inférieur. Le malade guérit et se hâta de traîner la chirurgie devant les tribunaux. — La dissection du membi-e amputé montra que l'artère était oblitérée au niveau de l'anévrysme par un caillot non organisé, c'est-à-dire sans doute rouge et peu consistant. La tumeur était encore grosse comme une noix , et par conséquent n'avait subi aucune diminution appréciable. Ses parois étaient minces. <( Tout l'intérieur était rempli d'un caillot mou d'un rouge bru- « nâtre, dont les couches externes n'avaient pas plus de solidité «que les internes (1).» Ces caractères ressemblent à ceux des caillots passifs.

L'analogie qui existe entre les caillots galvaniques et les caillots passifs ordinaires ne peut donc être méconnue. Cette analogie , pourtant, ne va pas jusqu'à l'identité. — Les caillots passifs se composent d'une masse de globules emprisonnée dans un i-éseau

(1) Thèse de Constant Roux, Paris, 18(i8, n" 108, p. lî et l'i.

t'ALVANO-PUNCTURE.

de fibrine. La plus grande partie du caillot galvanique est également formée par les globules; tout permet de croire qu'irs'y joint une certaine quantité de fibrine solidifiée. Mais il y a un troisième élément qui constitue le caractère distinctif du caillot galvanique, c'est l'albumine coagulée.

Les expériences nombreuses faites par les auteurs que j'ai déjà cités, notamment par MM. Gérard et Clavel, prouvent en efl-et que la coagulation de l'albumine joue un rôle important dans la formation du caillot galvanique. J'ai répété un grand nombre de fois ces expériences , dans des conditions très-diverses , et tout récemment je les ai reprises avec mon collègue M. Jules Régnauld, agrégé à la faculté de médecine. Nous avons essayé l'action du galvanisme sur plusieurs substances albumineuses , sur le blanc d'œuf, sur le sérum du sang, sur le sang simplement défibriné. Nous nous sommes servis de presque toutes les piles, nous avons employé des conducteurs de toute sorte, et nous nous sommes elïorcés de découvrir les conditions les plus favorables à la coagulation de l'albumine. Le travail que nous avons entrepris et qui embrasse plusieurs questions très-diverses , n'est pas encore complètement terminé , et ne saurait , d'ailleurs , à cause de sa longueur, trouver place dans cet ouvrage. Je me bornerai à en consigner ici les principaux résultats, en laissant de côté tout ce qui ne se rapporte pas directement à la coagulation du sang (1).

Lorsqu'on plonge les deux pôles dans le sérum du sang, on voit en quelques secondes survenir les deux phénomènes suivants : 1° dégagement de bulles gazeuzes ; 2" coagulation de l'albumine.

Le dégagement de gaz est dû à la décomposition de l'eau. L'oxygène se porte au pôle + , l'hydrogène au pôle — . Lorsqu'on se sert d'un conducteur en platine ou en tout autre métal inoxydable, le volume de l'hydrogène dégagé est exactement double de celui de l'oxygène ; mais lorsqu'on se sert d'aiguilles oxydables, notamment d'aiguilles de fer ou d'acier, une partie de l'oxygène se combine avec le métal de l'aiguille positive ; aucune combinaison de ce genre n'a lieu au pôle —, et il en résulte que

(1) Je dois (lire que l'albumine de l'œuf et celle du sang ne se comportent pas de la nifimc manière en présence des courants Oleciriques. Colle différence CNpIique peut-Otro la divergence des résultais obtenus par les expériniciitaleurs,

ACTrON DU C.ALVANISME SUR LE SANG, 319

le dégagement gazeux est trois ou quatre fois plus considérable au pôle — qu'au pôle +. Quelquefois môme il est presque nul à ce dernier pôle.

Les bulles d'hydrogène sont excessivement petites, et forment autour de l'aiguille négative une mousse blanche , volumineuse et diffluente. Les bulles d'oxygène sont beaucoup moins nombreuses et beaucoup plus grosses; elles forment autour de l'aiguille positive une petite masse cylindrique très - transparente , qu'on a comparée à de la dentelle. Lorsqu'on déplace l'aiguille négative , on n'entraîne pas la mousse , qui n'adhère nullement à cette aiguille; la dentelle, au contraire, suit les mouvements de l'aiguille positive.

Le deuxième phénomène est la coagulation de l'albumine. Cette coagulation commence quelques secondes après le dégagement gazeux ; elle ne s'effectue qu'au niveau de l'aiguille positive et s'y manifeste sous la forme d'un flocon blanc, très-peu résistant sans doute, mais assez solide pourtant et assez adhérent à l'aiguille pour qu'on puisse les déplacer ensemble dans le liquide et les attirer ensemble hors du vase. Le volume de ce coagulum n'est jamais bien considérable , mais si on le sépare de l'aiguille par une légère traction, un nouveau flocon semblable au premier ne tarde pas à se former à sa place.

Aucune coagulation véritable ne s'observe autour de l'aiguille négative; la présence de la mousse a pu faire croire à cette coagulation , mais en regardant de plus près on constate aisément qu'il n'existe autour du pôle — aucun flocon solide.

La cause de ce phénomène ne saurait être douteuse. Les sels neutres du sérum sont décomposés par le galvanisme ; l'acide se porte au pôle + , l'alcali au pôle — . Le papier réactif permet de s'en assurer. L'acide fait coaguler l'albumine ; mais l'alcali n'exerce aucune action coagulante. Voilà pourquoi les résultats obtenus autour des deux aiguilles sont si différents.

M. Werner Steilin, qui a fait sur ce sujet des recherches intéressantes, a cru remarquer que la décomposition de l'eau , celle des sels et la coagulation de l'albumine étaient d'autant plus prononcées que l'aigaille positive était formée d'un métal plus oxydable. Ainsi une aiguille de zinc donne des résultats supérieurs ;\ ceux d'une aiguille de fer, et lorsqu'on emploie aux deux pôles

GALVANO-PUINGTURK.

des aiguilles de plaline, l'eau , les sels et l'albumine ne subissent aucun changement (1). Ces assertions ne s'accordent pas avec ce que j'ai vu. L'action chimique de la pile s'exerce très-bien sur l'albumine au moyen d'aiguilles d'or, d'argent cL de platine. Cette action , il est vrai , est plus rapide , et peut être plus énergique lorsqu'on se sert d'aiguilles très-oxydables, mais ladillerence est loin d'être aussi considérable que l'a dit M. Sleihn. D'où vient la supériorité des aiguilles de fer ou d'acier sur les aiguilles de platine ? Est-ce parce que celles-ci conduisent moins bien l'électricité ? Est-ce parce que l'affinité du fer pour l'oxygène , et celle de l'oxyde de fer pour les acides favorisent la décomposition de l'eau et des sels neutres? Est-ce enfin parce que le chlorure de fer, qui ne tarde pas à se former au niveau du pôle -f-, et aux dépens de l'aiguille de fer, exerce sur l'albumine une action coagulante ? Il est probable que ces diverses conditions , qui agissent toutes dans le même sens, s'unissent pour constituer la supériorité des aiguilles oxydables.

On vient de voir que la difl'érence des résultats obtenus au pôle -h et au pôle — dépend de la décomposition des sels neutres, de l'action coagulante des acides et de l'impuissance des alcalis. Non-seulement les alcalis ne coagulent pas l'albumine, mais encore la chimie nous enseigne qu'ils ont la propriété de redissoudre cette substance lorsqu'elle a été sohdiflée par l'action de l'alcool, de la chaleur ou des acides. On en a conclu que, pour faire redissoudre le caillot galvanique, il suffisait d'intervertir les pôles, et on en a tiré le précepte de ne jamais alterner la du-ection des courants dans la galvano-puncture. Je suis loin de m'inscrire en faux contre ce précepte qui repose sur des bases très-scientifiques; mais je ne suis pas convaincu qu'il ait toute l'importance qu'on lui a attribuée. A plusieurs reprises , nous avons soumis, M. Régnauld et moi, le caillot de l'aiguille positive à l'action du pôle négatif, et jamais nous n'avons réussi à le redissoudre. Il est vrai que nous n'avons pas prolongé l'expérience plus de vingt minutes. La dissolution se serait peut-être produite plus tard; mais ce résultat tardif n'aurait eu pour nous aucun intérêt.

(1) WERNER Steilin. Dc la galvaiw-puncluvc clans le iraitemeiit des anéit'ysmcs et des varices (en allemand ). Extrait dans Union mêdiccilc, 1853, p. 023,

ACTION DU GALVANISME SUR LE SANft. 321

puisque nous avions dépassé les limites ordinaires de la durée de la galvano-punclure. Il nous a paru aussi plusieurs fois que le coagulum avait acquis un volume plus considérable sous l'inlluence de l'alternation des courants; mais en y regardant de plus près, nous avons reconnu que ce résultat était dû au développement de petites bulles d'hydrogène dans l'épaisseur du coagulum primitif.

Tels sont les effets du galvanisme sur le sérum du sang. Si on répète ces expériences sur le sang défibriné , on obtient des résultats un peu différents; la coagulation fait toujours défaut autour de l'aiguille négative, mais le caillot du pôle + est plus volumineux, plus résistant, et présente une coloration d'un noir rougeâtre. C'est parce que l'albumine du sérum, en se coagulant, emprisonne les globules. Il est même probable que l'albumine contenue dans les globules se coagule aussi. Au reste, quelque forte que soit la tension de la pile employée (on sait que la tension est en raison directe du nombre des éléments de la pile) , le

' caillot ne dépasse jamais certaines limites. J'en ai obtenu un qui avait le volume d'une amande retirée de sa coque ; je m'étais

: servi d'une pile de Volta à cent éléments ; au bout de vingt minutes , le caillot avait déjà les dimensions qu'il devait conserver

' ensuite ; l'expérience fut prolongée encore pendant six heures , sans changement bien notable. Le caillot ne devint ni plus gros

1 ni plus ferme ; il prit seulement une teinte noire , comme charbonneuse, dans la partie qui correspondait à la surface du

I liquide , et qui était par conséquent en contact avec l'air atmos-

i phérique. — Ce caillot est le plus gros que j'aie pu produire. Très-souvent, même dans les conditions qui paraissent les plus

I favorables, le caillot ne dépasse pas le volume d'un haricot, et

I lorsqu'on songe à la petitesse de ce caillot, à sa grande mollesse, h son excessive friabilité, on ne comprend pas qu'on puisse,

I même en multipliant le nombre des aiguilles , obtenir dans un

' vaisseau ou dans un anévrysme une masse coagulée capable de

; résister à l'effort de la colonne sanguine.

Et cependant, sur les artères des animaux, la galvano-puncture donne une coagulation immédiate, complète et définitive. Dans les veines variqueuses de l'homme , le caillot galvanique se laisse le plus souvent redissoudre à la longue , mais il résiste du mohis

322 ■ GALVANO-PUNCTURE.

pendant quelques semaines ou quelques mois. Il suffit de cinq à dix minutes sur les veines les plus dilatées pour obtenir un caillot considérable qui intercepte complètement le cours du sang et qui distend le vaisseau sous forme d'un gros cordon solide et passablement dur. Dans les anévrysmes enfin , la galvano-puncture peut en une seule séance donner un caillot volumineux, qui remplit le sac en totalité, et qui, dans certains cas, suffit pour l'oblitérer définitivement.

Comment expliquer cette contradiction ?

Pourquoi, sur le sang vivant , les caillots galvaniques sont-ils en général plus volumineux et plus résistants que sur le sérum et sur le sang défibriné?

JG'est parce que le sang vivant renferme , un élément de plus., dont les propriétés diffèrent essentiellement de celles de l'albumine. C'est la fibrine, dont on n'a pas assez tenu compte, et dont la coagulation vient se joindre à la coagulation chimique de l'albumine. C'est ce qui rend si difficile l'étude de la galvano-puncture. Les expériences faites sur le sang contenu dans les vaisseaux ne peurvent être suivies dans toutes leurs phases, à cause de l'opacité des tissus; on a cru pouvoir les remplacer par des expériences faites à ciel ouvert dans une capsule de verre, et on a été conduit à faire reposer les principes de la galvano-puncture sm- des observations trompeuses.— Voilà pourquoi cette méthode, malgré les applications nombreuses qui en ont été faites , en est encore à sa période de tâtonnements. Je suis loin de blâmer les expéf riences de laboratoire; j'en ai fait moi-même un grand nombre-; je reconnais qu'elles jae sont pas sans utilité, mais elles sont tout à fait insuffisantes, et tous les préceptes qui ne reposent que sur cette base, sont par cela même sujets à contestation. ■ Toutes les fois que les conditions de la vie interviennent, les i phénomènes perdent la régularité et la constance qui appartiens • nent aux actions purement physiques ou chimiques. C'est ce que • prouve l'étude de la galvano-puncture. Les efî'ets des courants • électriques sur le sang retiré de la veine sont invariâbles ; sur le sang vivant, ils changent pour ainsi dire avec chaque individu.

La galvano-puncture des anévrysmes produit deux phénomènes ■ bien distincts : un phénomène chimique , la coagulation de l'ai- • bumine, et un phénomène vital , la coagulation de la fibrine.

Page 1