REMARQUES PRÉLIMINAIRES
La méthode d'Anel consiste à intercepter le cours da sang dans l'artère qui se rend à l'anévrysme, au moyen d'une opération sanglante et d'une action mécanique exercée immédiatement sur ce vaisseau. Comme la compression indirecte, elle respecte le sac anévrysmal qu'elle place seulement dans des conditions favorables à la coagulation spontanée du sang. Mais tandis que la compression indirecte épargne les téguments et laisse l'artère définitivement perméable, la méthode d'Anel, au contraire, exige une incision plus ou moins étendue qui permet d'isoler le vaisseau, de le saisir et d'en provoquer l'oblitération.
Presque toujours, c'est au moyen de la ligature qu'on cherche à obtenir cette oblitération. Voilà pourquoi on donne généralement à la méthode d'Anel le nom de méthode de la ligature; mais cette dénomination est vicieuse pour deux raisons: d'abord, parce qu'on applique aussi des ligatures dans la méthode d'Antyllus et dans la méthode de Brasdor; ensuite et surtout parce que la ligature ne fait pas partie intégrante de la méthode d'Anel dont elle ne constitue qu'un procédé. Après l'incision qui a mis l'artère à découvert, on peut intercepter le cours du sang sans le secours de la ligature. La torsion, les mâchures, le refoulement, la compression immédiate, peuvent aussi atteindre ce but; ce sont autant de procédés de la grande méthode instituée par Anel, et celle-ci, par conséquent, ne peut être appelée méthode de la ligature.
Pour trancher la difficulté, Roux s'est dcniaiidc s'il ne serait pas convenable de donner à la méthode d'Anel le nom ûeinéthode
épicystique, ce qui veut dire méthode appliquée au-dessus du sac (1). Mais la compression indirecte s'applique également audessus du sac, et cette dénomination serait de nature à faire naître de nouvelles confusions. D'ailleurs, lorsqu'un homme ouvre une voie nouvelle et féconde, il est juste que son nom demeure attaché au progrès qu'il a réalisé. Voilà pourquoi ce chapitre est intitulé méthode d'Anel.
Après ces réserves faites, je ne refuserai pas plus longtemps de me soumettre à l'usage, et je me laisserai souvent aller, dans le courant de mes descriptions, à désigner comme tout le monde la méthode d'Anel sous le nom de ligature.
La ligature, donc, est si généralement connue aujourd'hui, elle a donné lieu à des travaux si étendus, et les questions qui s'y rattachent sont si nombreuses , qu'il faudrait des volumes pour en écrire l'histoire complète. Le manuel opératoire qui varie à l'infini dans les diverses régions du corps, la nature des liens ou des instruments qui servent à étreindre l'artère, les effets de cette striction sur la circulation du membre et sur l'ensemble de l'organisme, l'étude des voies collatérales qui peuvent ramener le sang dans les parties situées au-dessous de l'oblitération, la cause des hémorrhagies consécutives, les moyens qui ont été proposés pour prévenir ou combattre ce redoutable accident, les résultats de l'acupuncture, de la torsion, des mâchures, du refoulement et de plusieurs autres procédés mécaniques employés pour oblitérer les artères dans leur continuité sans le secours du fll constricteur, et une foule de questions moins importantes que soulève la méthode de la ligature; tout cela a été étudié et décrit dans des traités classiques qui sont entre les mains de tout le monde, dans les dictionnaires, dans les monographies, et dans les articles sans nombre que les journaux ont publiés. Depuis que la ligature règne sans partage sur la chirurgie des anévrysmes , on a cru qu'il ne s'agissait plus que d'en perfectionner les procédés et d'en étendre l'application. On a fait dans cette voie des progrès étonnants ; on a lié toutes les artères des membres et du cou , on n'a pas reculé devant l'artère brachio-céphalique, et on a osé pénétrer jusque dans le ventre pour saisir le tronc de l'aorte
(1) Rocx, Qiiaranic années de pratique cliirurgicale , T. U, p. Sft. Paris, 1855, in-8°.