‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 106 sur 217 · LIGATURE GRADUELLE · texte numérisé non relu

LIGATURE GRADUELLE

sac, n'ouvre à la gangTène une aussi large porte. Les chirurgiens modernes ne semblent pas s'en clouter, malgré les cruelles leçons de l'expérience. Leur aveugle confiance dans le procédé de Hunter leur fait croire que la guérison n'est possible qu'à ce prix, et que, lorsqu'on traite un anévrysme, il faut se résigner à l'idée de la gangrène. Mais leurs prédécesseurs n'ont pas accepté cette idée avec autant de philosophie, et ils ont fait, pour rendre l'opération de Hunter moins meurtrière , des tentatives qui méritent de nous arrêter quelques instants.

Je ne reviendrai pas sur la compression indirecte préalable, imaginée par Sue pour faire dilater les collatérales avant la ligature, et abandonnée par les modernes sans excuse valable. Je rappellerai seulement que sur vingt -six malades qui avant de subir la ligature ont supporté la compression pendant plus de huit jours, il y a eu seulement trois cas de mort et pas un seul cas de gangrène. Ces faits, auxquels j'ai déjà fait allusion, sont consignés dans le deuxième tableau, à la fin du volume, et seront analysés plus loin quand j'étudierai la compression indirecte (1). On peut donc dire que la compression préalable diminue considérablement le danger de la gangrène, mais, ce moyen n'étant pas toujours applicable, il est bon de passer en revue les autres moyens qui ont été employés dans le môme but.

Au lieu d'étreindre brusquement l'artère et d'y intercepter tout à coup la circulation. Deschamps s'est demandé s'il ne vaudrait pas mieux exercer une constriction graduelle pour laisser au sang le temps de se fi'ayer un passage en dilatant peu à peu les collatérales. 11 n'est pas douteux, qu'en thèse générale, l'oblitération graduelle expose moins à la mortification que l'oblitération brusque. L'idée de Deschamps repose donc sur un principe vrai. Mais Deschamps et ceux qui ont marché sur ses traces n'avaient pas assez réfléchi sur les causes qui rendent la gangrène si commune à la suite du procédé de Hunter. Ils n'ont vu que l'oblitération supérieure et ils ont perdu de vue la production successive de deux oblitérations superposées, c'est-à-dire qu'ils ont cherché à atténuer les elfets d'une cause peu menaçante, sans se préoccuper de la cause la plus dangereuse. Mais leur pratique

(1) Voy. plus loin, chap. XIX, § VI , in fine.

a été meilleure que leur théorie , et il se trouve heureusement que plusieurs des procédés qu'ils ont imaginés sont de nature à combattre, en grande partie, les deux grandes causes de la gangrène.

L'étude des ligatures graduelles est assez compliquée, parce qu'elle se confond avec celle de la compression immédiate et des ligatures temporaires , qui ont été imaginées pour éviter les hémorrhagies consécutives.

Comme Hunter et son école. Deschamps croyait que les artères s'oblitéraient à la manière des cavités séreuses, au moyen de l'inflammation adhésive. L'hémorrhagie consécutive, d'après cette théorie, devait sa fréquence à l'emploi de ligatures trop fines, qui fronçaient le vaisseau au lieu de l'aplatir, qui n'établissaient pas un contact suffisant entre les surfaces opposées de la tunique interne, et qui finalement coupaient l'artère avant la fin du travail d'adhésion. C'est pourquoi Deschamps chercha à remplacer les ligatures ordinaires par un moyen capable d'aplatir le vaisseau, de multiplier le contact des surfaces destinées à adhérer, et de respecter la continuité de toutes les tuniques. Dans ce but, il imagina son presse-artère, instrument imité, perfectionné ou détérioré depuis lors par un grand nombre d'auteurs , dont les efforts ingénieux étaient dignes d'une meilleure cause. Le presseartère de Deschamps se composait d'un gros lacet plat, qu'on engageait sous l'artère, et dont les deux extrémités étaient passées dans une sorte de serre-nœud. Celui-ci, semblable à quelques égards au serre-nœud de Desault, se terminait par une plaque métallique sur laquelle l'artère était aplatie au moyen du lacet (1). Après avoir appliqué cet appareil et l'avoir complètement serré, Deschamps le laissait ordinairement en place jusque vers le douzième jour, alors il enlevait le serre-nœud sans enlever le lacet , qu'il laissait sous l'artère pendant quelques jours encore, afin de pouvoir le serrer de nouveau si les battements reparaissaient dans l'anévrysme (2).

Tel était le procédé de Deschamps ; ce chirurgien avait imaginé à la fois la ligature temporaire et la ligature par compression im-

(1) Deschamps. Obscrv. et riftc.v. sur la lùjalurc des arlcrcs. Paris, MTi, in-8-, p. 122 ( 2« édit. ).

(2) iof. cil. — Voy. cnlre autres j), 116.

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