‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 141 sur 217 · PÉRIODE FRANÇAISE. — DESAULT · texte numérisé non relu

PÉRIODE FRANÇAISE. — DESAULT

et le progrès se fit attendre pendant vingt années encore. Sue le jeune conseilla, il est vrai, de comprimer l'artère pendant quelque temps au-dessus de la tumeur avant d'entreprendre l'opération de l'anévrysme; mais ce moyen, purement préparatoire, avait uniquement pour but de faire dilater les collatérales et de diminuer les chances de la gangrène (1). Personne encore n'avait songé à guérir les anévrysmes par la compression indirecte, lorsque Desault, peu de temps avant le 9 février 1785, eut recours à cette méthode dans un cas d'anévrysme spontané de l'artère axillaire :

20* Observation (Desault). — Anévrysme spo7ita7}é de l'artère axillaire. — Coinpression de la sous-clavière au-dessus de la clavicule.

Cette observation importante n'a jamais été publiée en détail, mais plusieurs auteurs contemporains en ont fait mention. En i787, Assalini, à propos des opérations qu'il avait vu faire en 1785 par Desault, exposa les idées de ce chirurgien sur le traitement des anévrysmes (2), montra les inconvénients de la compression directe remise en faveur par Guattani, et ajouta : « 11 n'en seroit « pas de même , si l'on pouvoit faire la compression sur l'artère au-dessus de a la tumeur anevrismatique , sans comprimer les parties malades : j'ai vu « faire la compression de l'artère axillaire au-dessus de la clavicule , dans « l'anevrisme de la partie inférieure de cette artère, moyennant un bandage « particulier (3). » Assalini ne dit pas quel fut le résultat de cette tentative, et ne dit même pas quel en fut l'auteur ; mais tout permet de croire que ce fait est le même que celui de Desault.

Voici maintenant des détails plus précis, fournis par René Cailliot : « Dans « un cas particulier d'anévrysme vrai de l'artère axillaire situé au-devant de « l'extrémité interne de la clavicule, Desault avoil imaginé de compriuier 0 cette artère au-dessus de la tumeur, au moyen d'un petit bâtonnet fixé, par « son extrémité supérieure, contre une planche qui étoit placée horizontale- ■ ment au-dessus du chevet du lit, et appuyant par son extrémité inférieure « sur la face supérieure de la première côte derrière la clavicule ; le malade fut « effrayé de cet appareil , et il quitta l'hôpital de la Charité , où il étoit alors, « pour se rendre à l'Hôtel-Dieu (4). » Pour plus de détails, Cailliot renvoie au § 27 de sa thèse, où on lit ce qui suit :/( Un malade qui portoit un anévrysme « de l'artère axillaire, quitta l'hospice de la Charité pour se rendre à l'Hôtel- « Dieu, dont Ferrand étoit alors chirurgien en chef; un élève interne, ne

(1) Voy. plus haut, p. û73.

(2) J'ai reproduit plus haut, p. 613, ce passage important de l'ouvrage d* Assalini.

(3) Assalini. Essai médical sur les vaisseaux lymphatiques. Turin, 1787, in-12, p. lOU, C») René Cailliot. Essai sur l'anévrysme, th. iu-S». Paris, an VU, n° ^i, p. bU, § 117.

« voyant dans cette tumeur qu'un abcès ordinaire , engagea Ferrand à en 0 faire l'ouverture à la visite du soir. Celui-ci, après avoir hésité un moment, « plongea le bistouri dans la tumeur, sans l'avoir à peine examinée ; le malade « mourut en quelques minutes , malgré tous les moyens qu'on put imaginer « pour arrêter l'hémorrhagie (1). »

Roux parle de ce fait d'une manière beaucoup plus sommaire : « Desault « avait voulu comprimer l'artère axillaire (2) sur la première côte, pour un « anévrysme du creux de l'aisselle ; les souffrances qu'éprouva le malade, « l'obligèrent bientôt à renoncer à son entreprise (3). »

Telle fut la première application de la compression indirecte au traitement des anévrysmes. Le cas était des plus défavorables ; le succès était à peu près impossible; mais l'idée n'en était pas moins précieuse pour cela. Desault pensait que, pour guérir les anévrysmes , il suffisait d'intercepter le cours du sang dans l'artère, entre le sac et le cœur, au moyen de la compression. L'application pratique a son mérite; le succès a aussi le sien; mais ce qui importe plus que tout le reste, c'est la découverte des principes. Desault n'a fait qu'une tentative infructueuse, mais il a découvert le principe sur lequel repose la compression indirecte.

Il s'agit maintenant de fixer la date de cette observation importante. Ferrand mourut le 9 février 1785 {h). La tentative de Desault est donc antérieure à cette époque. — Il me paraît certain que le malade dont parle Assalini est le même que celai de Desault. — Or, Assalini passa à Londres une partie de l'année IIBU (5) ; puis il vint passer une année à Paris où il suivit assidûment la pratique de Desault, et retourna ensuite à Londres où il assista, le 12 décembre 1785, à la célèbre opération de John Hunter(6), Je pense donc ne pas m'écarter de la vérité en disant que Desault créa la méthode de la compression indirecte vers la fin de 178/i, ou dans les premiers jours de 1785.

Pelletan a cependant prétendu que cette méthode avait été imaginée en 1771 par Sabatier. Voici ce qu'on lit, en effet, dans le deuxième mémoire de Pelletan Sur les anévrysmes externes,

(1) CaillIOT. Essai sur ranétTysmc,p. 18, § 27.

(2) C'est la sous-clavitre des modernes,

13) Boix. Médecine opératoire. Paris, 1813, in-8, T. II, p. SU?.

[U] Vcy, plus haut, p. Uhl, en note, et Moniteur des hôpitaux, 18 mars 1856, T. IV, p. 258.

(5) ASSALIM. Essai médical sur les vaisseaux lyDipliatiques. Turin, 1787, in-12, p. 92,

(6) Assalini. Loc. ci(., p. 105.

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