‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 143 sur 217 · PÉRIODE FRANÇAISE. — FORD ET HUNTER · texte numérisé non relu

PÉRIODE FRANÇAISE. — FORD ET HUNTER

interne de la cuisse droite. Hémorrhagie abondante. La plaie se cicatrise. Formation ultérieure d'une tumeur pulsatile qui s'accroît sans cesse. On finit par se résoudre à l'opération , qui est pratiquée suivant la méthode de l'incision. Après avoir évacué les caillots , au lieu de lier l'artère au-dessus et au-dessous de l'ouverture , on applique sur cette ouverture une compression immédiate et directe avec des morceaux d'agaric recouverts d'une pyramide de compresses.

Jusqu'ici l'opération n'avait présenté rien de bien insolite , si ce n'est qu'avant d'inciser le sac , on s'était mis en garde contre l'hémorrhagie , avec deux tourniquets analogues à celui de J.-L. Petit. L'un de ces tourniquets comprimait le vaisseau dans le pli de l'aine, et l'autre un peu audessous.

a Le malade remis dans son lit , je fis relâcher les deux tourniquets avec « l'intention d'en conserver un médiocrement serré. Les tourniquets étoient « relâchés l'un après l'autre, pour que la compression que j'exerçois sur le « trajet de l'artère ne se fît pas continuellement sur le même point. Malgré « cette attention, il se forma au-dessous du second une cschare qui m'obligea « d'y renoncer de bonne heure. »

Le malade eut quelques petites héraorrhagies , ce qui ne l'empêcha point d'être guéri au bout de deux mois.

Tout permet de croire que ce fait, resté comme un souvenir confus dans la mémoire de Pelletan, s'y mélangea avec les souvenirs plus confus encore qu'y laissèrent, quelques années plus tard, la compression indirecte et la ligature. Ainsi s'expliqueraient à la fois l'origine de l'observation que Pelletan attribue à Sabatier, et l'incohérence des réflexions qui l'accompagnent.

J'ai dû insister longuement sur cette discussion, afm de ne commettre aucune injustice dans la recherche d'une priorité qui vient d'acquérir depuis quelques années une grande importance. Or, la personne de Sabatier étant mise hors de cause, Desault reste le légitime inventeur de la compression indirecte appliquée au traitement des anévrysmes proprement dits.

Plus de sept mois après Desault, le 1h septembre 1785, huit chirurgiens de Londres, réunis en consultation par Ford, firent une seconde tentative dont j'ai déjà parlé (1). Ils prescrivirent la compression de la fémorale dans l'aine, au-dessus d'un anévrysme crural, mais ils furent bientôt obligés d'y renoncer, le malade ne

(1) Voy. plus haut, p. khb.

pouvant la supporter. La tumeur commença à s'oblitérer spontanément six mois plus tard. La guérison l'ut complète; mais cet heureux résultat ne peut être attribué à la compression.

La date de cette observation est bonne à noter. On croit généralement que la compression indirecte est fille de la méthode dite de Hunter : c'est une erreur ; car , en Angleterre comme en France, Desault et Hunter ont comprimé l'artère avant de la lier. John Hunter, en effet, était au nombre des huit consultants réunis auprès du malade de Ford. Ce fat seulement en décembre 1785, c'est-à-dire environ trois mois après cette tentative de compression indirecte, que John Hunter lia pour la première fois l'artère fémorale sur un malade atteint d'anévrysme poplité. Jusqu'à quel point avait-il influé sur la direction donnée au traitement chez le malade de Ford ? et jusqu'à quel point le souvenir de ce malade le guida-t-il plus tard dans le choix de son procédé ? C'est ce qu'il est bien difficile de dire. Quoi qu'il en soit, J. Hunter ne tarda pas à trouver une nouvelle occasion d'essayer la compression indirecte. Un cocher , âgé de 35 ans , était atteint d'anévrysme poplité. La compression de l'artère fémorale fut d'abord tentée suivant un procédé qui n'est pas indiqué. La douleur qui en résulta fut si vive , que la compression ne put être continuée. Hunter se décida alors à lier l'artère fémorale (1).

M. Bellingham prétend (2) que Hunter traita ainsi deux de ses opérés, et cite ensuite l'observation de Ford. Il porte ainsi à trois le nombre des malades sur lesquels la compression indirecte fut essayée à cette époque en Angleterre ; mais il a fait double emploi d'un fait unique. On n'a pas oublié que Hunter avait vu le malade de Ford. Il est naturel , par conséquent , que ce malade ait été mentionné par Ev. Home dans son mémoire sur l'anévrysmc poplité (3). Faute d'y avoir regardé d'assez près, M. Bellingham n'a pas reconnu que le premier cas de Hunter était le même que celui de Ford , et nous devons rendre à cette observation son unité et son indivisibilité.

La compression indirecte n'avait eu que des insuccès en Angleterre. Or, précisément à la même époque, la chirurgie anglaise

(1) Œuvres de John Hunter, tr. fi. Paris, 1843, T. lll, p. 666.

(2) Bellingham. Observ. on Ancvristn. Lond. 18fi7, p. 28.

(3) Œuvres de John Hunter, édit. cit., T. III, p. G6'i.

PÉRIODE FRANÇAISE. — THILLAYE. 677

entrait en possession d'une opération très-efficace contre l'anévrysme, et il était naturel qu'on ne donnât aucune suite à ces deux essais infructueux. Il est probable , par conséquent , que la compression eût été entièrement oubliée , si les chirurgiens français ne l'eussent étudiée , perfectionnée et érigée en méthode.

Roux nous apprend que Chopart, l'ami et le collaborateur de Desault, chercha à guérir un anévrysme du membre inférieur en comprimant la fémorale sur le pubis. La douleur fut telle qu'il fallut renoncer à l'usage de ce moyen (1). La date n'est pas indiquée. Chopart mourut en 1795, quelques jours après Desault (2) ; il serait donc possible que ce fait fût postérieur à celui de Thillaye.

22^ Observation (Thillaye) (3). — Anévrysme popli té. — Compression de l'artère fémorale au pli de l'aine. — Insuccès. — Guérison spontanée un an plus tard,

Morel, imprimeur, entra en 1793 à l'hospice de l'École de médecine pour un anévrysme vrai de l'artère poplitée. Pendant quatre mois , on se contenta de la méthode de Valsalva.

Au bout de ce temps, « la tumeur étant toujours dans le même état, on « tenta la compression au pli inguinal avec le tourniquet monté sur un « brayer. Cette compression lui occasionna des douleurs si cruelles qu'il ne « ne put la supporter. »

Alors il quitta l'hôpital , et s'en alla chez lui où il garda le repos au lit. Au bout de six mois , les battements et le volume de la tumeur diminuèrent. Six mois plus tard , le malade commença à marcher avec un bâton , et bientôt il reprit sa profession d'imprimeur ; il se porta bien pendant six ans , et vécut jusqu'en 4799, époque où il succomba à une fluxion de poitrine.

Cette observation n'est pas sans analogie avec celle des huit chirurgiens de Londres. Trois ou quatre ans après, vers le commencement de 1797, un chirurgien inconnu fit à Paris une nouvelle tentative , aussi infructueuse que les précédentes,

23^ Observation (Cailliot) (4). — Anévrysme fémoral. — Compression de l'artère dans Vaine. — Insuccès .

a J'ai eu l'occasion de voir «7 y a deux ans un homme qui était venu à

(1) Roux. Méd. opérât. Paris, 1813, in-8°, T. U, p. 5Û7.

(2) Chopart et Desault, Maladies cliirurgicales. Paris, an IV, in-8". Voij. la note de la page 5 de la notice sur Desault, placée par Bicliat en tête de cet ouvrage.

(3) Hybobd. Dissertation sur l'anèunjsme de l'artère poplitée. Paris, an X, th. in-S", p. 30, Cl) Cailliot. Tlièse citée, p, 89 et SO.

« Paris pour y consulter sur une tumeur anévrysmale qu'il portait à la parce tie supérieure et interne de la cuisse. Cette tumeur commençait à environ « quatre à cinq travers de doigt au-dessous du pubis. Le malade consulta « successivement trois praticiens des plus distingués de la capitale.

« Le premier conseilla d'exercer une compression continuelle sur la partie « supérieure de l'artère fémorale, à l'endroit où elle appuie sur le corps du « pubis. Le malade suivit ce conseil , et il employa pour faire la compression « une espèce de brayer dont la pelote pouvait être relâchée par un méca- « nisme analogue à celui du tourniquet ordinaire ; mais il s'en trouva si in- « commode qu'il fut bientôt obligé d'y renoncer ; il remarqua surtout que le « membre s'était sensiblement tuméfié pendant le peu de temps qu'il en avait « fait usage. »

Les deux autres consultants conseillèrent autre chose. On ne dit pas ce que le malade devint.

La thèse de Cailliot ayant été soutenue au mois de février 1799, c'est à la fin de 1796 ou au commencement de 1797 que l'observation précédente paraît avoir été recueillie. Il est fâcheux que l'auteur ait cru devoir taire le nom du chirurgien.

On peut rapprocher des faits qui précèdent une observation tirée de la pratique de Vernet , chirurgien-major des armées de la RépubHque. On sait que Brasdor et Desault avaient conseillé , pour les anévrysmes trop rapprochés du tronc, de lier l'artère au-dessous de la tumeur. Cette idée n'avait pas encore été mise à exécution.

24* Observation (Vernet) (1). — Anévrysme inguinal. — Compression de la fémorale au-dessous de la tumeur. — Insuccès.

Vernet, ayant à traiter un anévrysme de la partie supérieure de la cuisse, essaya de comprimer la fémorale au-dessous de la tumeur, espérant que cet obstacle empêcherait le sang de se renouveler dans l'anévrysme , et lui permettrait de s'y coaguler. Son attente fut trompée, la tumeur s'accrut rapidement; les battements devinrent plus forts, et l'extrémité inférieure commença à s'engorger. Il fallut donc renoncer à ce moyen, « la maladie fut abandonnée à la nature, » ce qui veut dire sans doute que le malade mourut.

La date est encore incertaine. Tout ce que nous savons , c'est que cette tentative fut antérieure à la première opération pratiquée par Deschamps suivant la méthode de Brasdor, le 6 octobre 1798.

(1} Cailliot. Essai sur l'anévrysme,yh. in-8". Paris, an Vil, n" U, p. 79, et BOYER,itfatarf. ehinirg., l" édit. (1814), T. II, p. UtO.

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