‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 144 sur 217 · PÉRIODE FRANÇAISE. — LASSUS · texte numérisé non relu

PÉRIODE FRANÇAISE. — LASSUS

Déjà, comme on le voit, la compression indirecte avait la prétention de remplacer la ligature des artères.

Jusqu'alors la compression indirecte avait été mise au moins sept fois en usage par des praticiens habiles, et elle ne leur avait donné que des insuccès. Ce résultat était propre à jeter du discrédit sur la nouvelle méthode , et il est même permis de croire que les chirurgiens se seraient plus tôt découragés, sans une circonstance assez curieuse et qui n'est pas sans exemple dans l'histoire de l'art. Cette méthode de la compression indirecte , à laquelle la science n'était arrivée que graduellement, par des transitions presque insensibles , une sorte de hasard la fit sortir de toutes pièces de l'imagination empirique d'un malade ignorant ; et , chose plus remarquable encore , là où les Desault et les Hunter avaient échoué , la persévérance obstinée d'un homme désireux de guérir réussit d'une manière complète , tant est grande la puissance de la volonté !

Ce fait d'un nouveau genre ne fut publié qu'en 1795 ; mais la plupart des chirurgiens de Paris le connaissaient déjà depuis plusieurs années. Je le transcris presque textuellement :

25® Observation (Lassus) {\). — Anévrysme poplité. — Compression de l'artère fémorale. — Guérison.

Un homme âgé d'environ 30 ans fut examiné en 1789 par Lassus et par plusieurs de ses confrères , lesquels trouvèrent sur lui , dans le creux poplité, une tumeur anévrysmale très-évidente et grosse comme un œuf d'oie. « Cet homme , ayant essayé plusieurs fois de faire cesser les battements de « sa tumeur par une compression faite avec la main , s'aperçut que les pul- « sations de l'artère en étaient augmentées le long de la cuisse, et il apprit à « connaître par là le trajet de l'artère fémorale et son rapport avec la tumeur a du jarret. Il conçut de lui-même le projet de ralentir le cours du sang dans « la tumeur par une compression méthodique faite sur un point de l'artère « fémorale. Pour cet effet , il remplit de cendre un sachet de toile de la forme « d'un carré long, aux angles duquel étaient cousues quatre bandes de toile. 0 Celte espèce de pelote fut appliquée sur l'artère vers la partie supérieure « et moyenne de la cuisse, et retenue par les bandes qui entouraient plu- « sieurs fois le membre. A cette compression, le malade ajouta Yapplication « d'un sachet de sel marin sur sa tumeur anévrysmale. »

Le malade, grand théoricien, à ce qu'il paraît, attachait sans doute quel-

(1) Lassos. Méd, opérai., 1" édit. Paris, an lU de la République, T. II, p. £i52.

que importance à cette application de sel marin. De plus, il s'imagina qu'il guérirait mieux en faisant beaucoup d'exercice. Après avoir serré son appareil jusqu'au point d'éprouver un léger engourdissement dans le membre , il se mit à marcher chaque jour bien plus qu'il ne le faisait avant sa maladie. « L'événement fut si heureux , que le malade fut radicalement guéri dans « l'espace de huit mois. »

Cette guérison fut constatée par Lassus et plusieurs autres professeurs de l'École. Le creux poplité était élargi et excavé. En l'explorant avec le doigt, on y rencontrait, vers le milieu du trajet ordinaire de l'artère poplitée , un noyau très-dur, de la grosseur du bout du doigt. L'artère poplitée elle-même était positivement oblitérée dans toute son étendue. La maigreur du sujet permit en effet de s'assurer qu'il n'y avait dans lo creux du jarret aucun tronc vasculaire pulsatile. Le malade vécut encore quinze mois, se livrant impunément aux exercices les plus pénibles. Au bout de ce temps, il mourut d'une autre maladie. L'autopsie ne fut pas faite.

Après avoir cité le fait qui précède , Lassus se demande si la guérison a été due à la seule compression. Il répond que cela n'est nullement probable, et que ce serait plutôt un cas de guérison spontanée. Toutefois, il ne tarde pas à s'apercevoir que cette interprétation est tant soit peu arbitraire ; de telle sorte qu'un peu plus loin , en résumant le traitement de l'anévrysme, il propose, avant d'en venir à l'opération sanglante , de tenter la guérison par le repos , les saignées répétées et le régime antiphlogistique, en ayant soin « de faire avec le tourniquet, sur le trajet de l'artère fémorale, une compression modérée, mais capahle de ralentir le cours du sang (1). n

La méthode se trouvait ainsi formulée pour la preiuière fois. Pour la première fois , un auteur didactique conseillait de comprimer avec un tourniquet l'artère au-dessus de l'anévrysme, sans exercer de compression directe sur la tumeur. C'était déjà quelque chose; mais ce qui était important, ce qui était propre à faire réfléchir , malgré le peu de cas que Lassus avait paru en faire , c'était l'exemple à côté du précepte , et le fait de guérison à côté de l'énoncé dn traitement. Désormais les chirurgiens avaient un jalon devant les yeux. Surtout, ils savaient une chose que la science n'avait pas devinée et que la patience d'un malade avait seule mise en lumière; ils savaient qu'il ne suffit pas de comprimer l'artère , que la compression , pour être efficace , doit

(1) Loc. cit., p. iiGl.

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être employée avec persévérance , et que la guérison peut se faire attendre pendant plusieurs mois , sans qu'on doive pour cela perdre tout espoir.

Les choses en étaient là , lorsque , au commencement de ce siècle , un malade atteint d'anévrysme poplité réunit en consultation les principaux chirurgiens de Paris : Deschamps, Duhois, Pelletan et Boyer. La compression de l'artère fémorale fut conseillée. Eschards , chirurgien ordinaire du malade , dirigea le traitement avec habileté , et , après onze mois de persévérance , la guérison fut obtenue. Ce fait eut un très-grand retentissement, et c'était justice; car c'était le premier succès officiel de la nouvelle méthode. Mais ce qui est au moins étonnant , c'est que personne n'ait daigné en pul)ner l'histoire complète. Il en est résulté que tout le monde en a parlé , les uns par souvenir , les autres par ouï-dire ; qu'il s'est glissé mainte contradiction dans ces narrations différentes, et que nous ne savons même pas exactement en quelle année la chose a eu lieu. Ces reproches ne s'adressent pas à Eschards , qui avait donné à la Société de médecine de Paris l'observation détaillée de son malade. Malheureusement le comité de rédaction mit de côté cette observation précieuse , et préféra publier à la place l'analyse plate et vague qu'en donna Deschamps dans un rapport dont j'ai déjà eu l'occasion de parler. Quelque insuffisante que soit cette analyse , c'est elle qu'on devra surtout consulter, parce qu'ehe a du moins l'avantage d'avoir été rédigée d'après les documents écrits et par un homme qui avait lui-même vu le malade ; mais on pourra profiter aussi de quelques renseignements fournis par les autres auteurs. C'est ce que je me suis efforcé de faire, en puisant à toutes les sources, et en ayant soin d'éliminer plusieurs détails évidemment erronés. Je crois avoir ainsi réussi à rendre cette observation plus complète et plus exacte qu'elle ne l'était jusqu'ici.

26^ Observation (Eschards) (1). — Anévrysme poplité. — Compression de la fémorale avec un tourniquet. — Guérison en onze mois. Léonard, âgé do 38 ans, marchand épicier demeurant rue et î!o Saint- Ci) Rapport de Dcschamps dans le Journal de Scdillot, T. XVI, p. 375 (avril 1803). — Piet.

Essai sur l'emploi de la compression, etc., th. inaug. Paris, 1805, in-S", p. U2. — Richekaivd.

IVosogr. cliirurgic., l"<;dit. Paris, 1806, T. lil, p. 83. — Pelletan. Cliniq. chirurg., 1810,

T. I, p. 115, en note. — Boykr. Malad. cltinirg. T. II (181û), p. 20^1. — Degl'ISE, Disscrl.

sur l'anévnjsmc, llicse de Paris. 1" messidor, an xii (I8OI1), in-ii", p. a5.

Louis, bien constitué et bien portant. Une tumeur dont les premiers symptômes datent déjà d'un an , s'est développée sans cause connue dans le centre du creux poplité. Elle est grosse comme un petit œuf de poule; elle est le siège de fortes pulsations que l'on constate même à la vue. Il n'y a dans le membre correspondant ni lassitude, ni douleur, ni gonflement œdémateux.

Descharaps, Pelletan , Dubois et Boyer, appelés en consultation , constatèrent la maladie et conseillèrent la compression à Vunanimité. On employa d'abord le bandage de Theden , mais on y renonça bientôt pour comprimer l'artère fémorale avec un tourniquet. « M. Eschards se servit à cet effet d'un a demi-cercle de fer dont une des extrémités portait un coussin destiné à « être placé à la partie diamétralement opposée à l'artère, et l'autre, appli- « quée immédiatement sur un point de l'extrémité inférieure de la crurale, « était surmontée d'un tourniquet semblable à celui de J.-L. Petit. Ce tour- « niquet agissait sur l'artère et la comprimait à volonté ; cependant la coma pression n'était point constante , le malade la graduait suivant qu'il éprou- « vait plus ou moins de douleur et d'engourdissement; souvent même, « quand elle devenait insupportable , il la suspendait entièrement pendant « quelques minutes. Pour remédier à cette difficulté de supporter la coma pression, on tenta d'en changer le point, et de la porter à la partie supé- « rieure de la fémorale ; mais la pression au-dessus de la profonde gênant la « circulation, on y renonça aussitôt. »

Le traitement fut constamment dirigé par Eschards : le malade fut tenu au lit, on fit sur l'anévrysmo de fréquentes applications froides. — Déguise vit plusieurs fois le malade en présence d'Eschards : « Le tourniquet , dit-il , « ne quittait point la cuisse , et , plusieurs fois dans la journée, le malade le « serrait assez pour suspendre les pulsations ; quand l'engourdissement dévête nait fatigant, il relâchait le tourniquet. » — Au bout de onze mois les pulsations cessèrent , la tumeur commença à diminuer ; un mois plus tard elle était réduite au volume d'une noisette ; la guérison fut complète et se maintint. Les battements de l'artère fémorale étaient affaiblis, Deschamps supposa que ce vaisseau avait dû être oblitéré au niveau du point comprimé , c'est-à-dire au niveau de l'anneau du troisième adducteur.

Deschamps ne donne dans son rapport aucune indication quelconque sur la date de cette observation. Tous ses contemporains ont gardé la même réserve. Aujourd'hui il n'est possible d'établir cette date qu'approximativement. Ce qui est certain, c'est que l'observation d'Eschards fut déposée à la Société de médecine au plus tard le 15 floréal an x (28 avril 1802), puisqu'elle fut inscrite sous le n° 702 (1), et que la pièce n" 703 fut lue ce

(1) JouriicU de SédiUot,1. XIV, p. um.

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jour-là par Cadet de Vaux (1). D'un autre côté, la durée du traitement avait été de douze mois. Nous arrivons donc à cette certitude que la cure fut entreprise au plus tard dans le premier trimestre de 1801. J'ai dû établir cette date, jusqu'ici négligée, parce que M. Bellingham a donné comme antérieure à la précédente une observation de Blizard , qui ne remonte pas plus haut que le mois de décembre 1801.

Quoi qu'il en soit, la compression indirecte venait d'acquérir droit de cité dans la science. Pour la première fois elle avait donné un succès réellement chirurgical. A partir de ce moment, tous ceux qui écrivirent sur l'anévrysme firent mention de cette méthode. La plupart d'entre eux parlèrent du malade d'Eschards. Seulement , le vague de la description de Deschamps ouvrit la porte à plus d'une inexactitude et laissa le champ libre à l'imagination des chroniqueurs. Piet attribua tout le mérite de la cure à Dubois, qui, suivant lui, proposa la compression, et fournit au malade l'idée du bandage qui fut mis en usage. Déguise changea quelque peu la forme de l'appareil , dont il fit un cercle au lieu d'un demi-cercle. Richerand en fit un ressort élastique analogue aux bandages herniaires. Jusque-là c'était peu; mais Richerand ne s'arrêta pas en si beau chemin : il fit intervenir la diète et onze saignées, dont personne avant lui n'avait parlé. Surtout, il prétendit que le malade s'était guéri lui-même sans le conseil de personne. Enfin , la modification la plus remarquable que cette histoire ait subie s'observe dans le livre de Boyer. Le fait y est tellement défiguré, que, si l'on se contentait de le comparer à l'observation originale, sans en rapprocher les descriptions intermédiaires qui jouent ici le rôle de trait d'union, on croirait qu'il s'agit de deux malades différents.

Boyer commence par supprimer tout à fait la personne d'Eschards. Cette élimination une fois faite , il raconte que, dans une consultation à laquelle il assista avec Deschamps, Pelletan et Dubois, on conseilla au malade la compression au-dessus de la tumeur. La suite de l'observation est trop précieuse pour être abrégée: « Le malade, ayant goûté nos conseils, devait être con- « fié à une personne de l'art, pour mettre à exécution le plan

(1) Journal de Scdillot, T. XIV, p. 257.

« de traitement que nous venions de lui donner; mais un serru- « rier de sa connaissance lui ayant fait l'éloge d'une machine que « son père avait imaginée pour lui-même clans un cas semblable, a et qui lui avait parfaitement réussi , il voulut essayer lui-même (( cet instrument, qui était une espèce de tourniquet assez ingé- « nieusement fait. Onze mois de compression suffirent pour obte- « nir la guérison radicale...» L'histoire se complique de plus en plus ! Il y a au moins trois malades qui ont concouru à la génération de cette fable. L'épicier Léonard n'a fourni que son anévrysme. Le père du serrurier, serrurier lui-môme apparemment, ressemble fort à ce malade dont Lassus nous a transmis l'histoire, et qui inventa, comme on l'a vu, la méthode de la compression indirecte. Si grande est la ressemblance, qu'on est tenté de se demander si le malade de Lassus n'aurait pas, par hasard, été serrurier aussi. Cet homme, qui, en 1789, avait déjà trente ans, pouvait, à la rigueur, avoir un fils serrurier en 1801. Malheureusement, le sachet de cendres dont il s'était servi ne peut être comparé, ni de près, ni de loin, au tourniquet si pieusement conservé par le fils de son Sosie. En vérité, lorsqu'on cherche parmi les individus dont les observations ont été recueillies avant la pubUcation du livre de Boyer, on n'en trouve qu'un seul qui ofî"re quelque analogie avec l'ingénieux serrurier qui nous occupe: c'est le forgeron que Brilckner guérit d'un anévrysme poplité, par la compression exécutée à l'aide d'un tourniquet. De serrurier à forgeron la distance est moindre que de Gotha à Paris, de l'allemand au français, et de 1797 à 18U. Ce vague souvenir d'une chose qu'on lui avait racontée, mêlé au souvenir tout aussi vague d'une autre histoire qu'il avait lue dans Lassus, s'était groupé dans la mémoire de l'honnête Boyer, autour d'un troisième fait qu'il avait vu lui-même en passant. Le tourniquet du premier malade, appliqué suivant les principes du second, avait guéri l'anévrysme du troisième! Si l'on cherchait bien , on trouverait dans l'histoire de l'art plus d'une légende analogue à celle-là.

J'ai dû insister longuement sur l'histoire des premiers tâtonnements de l'art et des nombreux échecs qui précédèrent le premier succès officiel de la compression indirecte. Je me suis efforcé de débrouiller ce que j'appellerai volontiers les temps fabuleux de la

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méthode, et de rétablir la vérité, altérée par la tradition. Il était nécessaire, pour cela, de reproduire les observations, de discuter les dates, et de soumettre à une critique sévère les assertions contradictoires. Gela m'a nécessairement entraîné dans des détails minutieux et peut-être fatigants; j'ai lieu d'espérer, toutefois, que cette partie de mon travail ne sera pas sans utilité pour ceux qui écriront après moi.

Arrivé maintenant à une époque moins obscure, je pourrai donner à mon récit une marche plus rapide.

Quelques mois après Eschards , Will. Blizard fit , à Londres , une tentative analogue , mais infructueuse. Je reproduis son observation , qui devint le point de départ d'une nouvelle théorie :

27*^ Observation (Blizard) (i). — Anévrysme poplité. — Compression intolérable. — Ligature ultérieure. — Guérison.

Edw. Powell, 27 ans, cordier. Apparition de la tumeur en novembre 1804. Il continue à travailler pendant trois semaines. La tumeur s'accroît, devient pulsatile. Le malade entre alors à London Hospital, dans le service de Blizard.

Avant d'en venir à l'opération, Blizard appliqua un appareil ingénieux dans l'espérance d'oblitérer l'artère fémorale. Cet instrument prenait son point d'appui sur le condyle externe du fémur et sur le grand trochanter. Une barre d'acier, étendue de l'une à l'autre de ces saillies osseuses, supportait à sa partie moyenne un demi-anneau de fer qui arrivait jusque sur le devant de l'artère fémorale, et qui portait une pelote à vis. Il suffisait de tourner la vis pour arrêter les pulsations de l'anévrysme sans gêner le cours du sang dans les vaisseaux collatéraux.

Quoique le malade possédât une constance peu commune, et qu'il méprisât la douleur, il ne put supporter la pression plus de neuf heures, et quitta l'hôpital. Quelque temps après, le 7 avril 1802, il fut admis à Guy's Hospital, dans le service d'A. Cooper. La ligature de la fémorale fut pratiquée; il survint plusieurs accidents, tels qu'une hémorrhagie secondaire et la suppuration du sac anévrysmal. Finalement, le malade guérit.

Il est probable que Blizard ne se serait pas découragé au bout de neuf heures, s'il eût connu les observations de Lassus, de Briickner et d'Eschards. Quoi qu'il en soit, j'ai cité cette observation parce que l'intention d'oblitérer l'artère au niveau du point comprimé s'y trouve manifestée pour la première fois.

(1) Tlie Med. and Pliysical Journal, Loiul. 1802, vol. VUJ, July 1802, p. 1. L'observation est rédigée par .\siley Cooper.

Parmi les chirurgiens qui avaient jusqu'alors employé la compression indirecte, les uns ne s'étaient pas expliqués sur le mode d'action de ce moyen thérapeutique, tous les autres avaient clairement posé l'indication de ralentir ou de modérer le cours du sang sans l'interrompre tout à fait. Ainsi avaient fait Genga, de Gouey, Guattani, Brûckner, Bourienne, Jussy, Lassus et Eschards. J'ai eu soin , en rapportant les observations de ces auteurs , de souligner les passages propres à mettre ce point en évidence. Personne encore n'avait cherché à oblitérer une artère saine en la comprimant à travers la peau. Cette prétention erronée se trouve exprimée pour la première fois dans l'observation de Blizard.

Faut-il faire peser sur Blizard lui-même la responsabilité d'une erreur qui nuisit longtemps au progrès? Ou faut-il l'allribuer à A. Cooper, qui rédigea l'observation ? Peu nous importe. Il nous suffit de savoir que cette idée inexacte se répandit assez promptement. Scarpa la développa bientôt dans son Traité de l'anévrysme. « Pour que la compression , dit-il , produise l'adhétt sion mutuelle des parois opposées d'une artère, et tout à la fois « la cure radicale de l'anévrysme , il est nécessaire que la force « avec laquelle l'artère est comprimée soit telle, qu'elle main- (( tienne les parois de l'artère dans un contact élroit, et qu'elle « excite en même temps l'inflammation adhésive de ses tuni- « ques (1). » Ailleurs, Scarpa déclare que l'oblitération des artères se fait par une adhésion exactement seralîlable à celle que l'inflammation établit entre les feuillets opposés des séreuses (2). Mais cette idée de l'oblitération au niveau du point comprimé était encore à l'état d'assertion pure et simple , et ce fut George Freer, de Birmingham , qui se chargea de l'établir sur des bases expérimentales.

Ce chirurgien, ayant tué un cheval quatre jours après lui avoir appliqué un tourniquet sur l'artère radiale , trouva le tissu cellulaire et les muscles très-enflammés sous la pelote; au môme niveau l'artère était très-enflammée aussi. Autour d'elle , et dans l'épaisseur de ses tuniques, était épanchée une grande quantité de lymphe coagulable, et tel était le gonflement des parois artérielles, que le calibre du vaisseau était elïacé dans l'étendue d'un

(1) Scarpa. De l'Anéirysmc, ir. fr. p;ir Delpecli. Paris, 1809, in-S», cliap. VIII, S 7, p. 232.

(2) Idem., p. 231.

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