PÉRIODE IRLANDAISE. — BELLINGHAM
guéri, quinze mois auparavant, d'un anévrysme du jarret droit, rentra à Saint Vincent's Hospital le 20 juin 1844, pour un nouvel anévrysme développé sur le tiers inférieur de l'artère fémorale gauche. La comprersion fut exercée d'abord sur le pli de l'aine , à l'aide de l'appareil de M. Crampton. On serrait et on relâchait alternativement la vis pour soulager le malade. Le troisième jour la vis se dérangea. C'était un dimanche : les ateliers étaient fermés , et il fallut imaginer un autre moyen compressif pour ne pas perdre le bénéfice obtenu pendant les jours précédents. M. Beilingham plaça sur l'artère , au pli de l'aine, la pelote d'un tourniquet ordinaire, et fit reposer sur cette pelote un poids de quatre livres. Le malade , couché sur le dos, maintenait lui-même ce poids pour l'empêcher de glisser, et, au besoin , il y joignait une pression légère exercée avec ses propres mains. Le lendemain on substitua un poids de sept livres au poids de quatre hvres; ce poids fut suspendu à une corde attachée au ciel du lit. Le malade, dont les mains étaient ainsi devenues libres, fut très-salisfait de cet appareil fort simple, et le trouva bien préférable à celui qu'on avait employé jusqu'alors. Telle fut l'origine du poids compresseur qui a, depuis lors, été souvent mis en usage.
Les jours suivants, il y eut quelque amélioration; mais la cure marchait fort lentement, parce que le poids se dérangeait souvent pendant que le malade dormait. Le 15 juillet on appliqua au-dessous de l'aine un clamp construit sur le modèle de celui de Robert Hoey; mais on fut souvent obligé de relâcher cet instrument et de revenir à l'usage du poids compresseur'.
Enfin, le 8 août (1}, on se décida à appliquer la compression double et alternative. Le premier clamp étant mis en place, un second clamp, construit sur un plus grand modèle, vint comprimer l'artère sur le pubis. Les deux vis devaient être alternativement serrées et relâchées. Cette manœuvre fut commencée à trois heures de l'après-midi. A minuit, c'est-à-dire au bout de neuf heures seulement, le malade ayant relâché les deux vis à la fois, reconnut avec joie que les pulsations avaient cessé. Le lendemain, à la visite, on constata bien nettement cet heureux résultat. Les battements ne reparurent plus, la guérison fut définitive, et il fut bien démontré que , là où la compression simple, continuée pendant quarante-trois jours, n'avait obtenu qu'une amélioration légère , i! avait suffi d'appliquer pendant neuf heures la compression double pour oblitérer complètement la tumeur anévrysmale.
La supériorité de la compression double et alternative fut ainsi mise en évidence, et, depuis lors, M. Beilingham s'en déclara
(1) Le tcxie du Dublin Journal dit le 3 aoftt; mais c'est une faute d"iiiipression, ;iiu.<i (jue cela résulic déjà d'une lecluvc aUeniive, et ainsi que le confiruie la relation al)iégi''C que M. Cellinghani a donnée : e ce fait (Ilins sun livre [On Aneiiriam, p. 71). Je signale cette fiiuie d'impiesbion qui a fait croire à quelques personnes que la guérison u'aMiit été obtenue que six jours après l'application de la double coinpiession.
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partisan pour tons les cas où la situation de l'anévrysme permettait de placer deux appareils entre la tumeur et la racine du membre.
Cette importante observation, jointe à de nouvelles études historiqaès, permit à M. Bellingham d'arriver à une théorie fort claire et réellement satisfaisante sur le mode d'action de la compression indirecte, sur les indications qu'elle était appelée à remplir et sur la physiologie pathologique des anévrysmes traités de la sorte. Plusieurs discussions qu'il soutint avec succès devant la Société chirurgicale d'Irlande , plusieurs articles insérés par lui dans les journaux de médecine de Dublin, et couronnés par la pubUcation de son important ouvrage sur le traitement des anévrysmes par la compression, firent définitivement pénétrer dans l'esprit de tous ceux qui voulurent se donner la peine d'étudier la question, une doctrine fort simple, propre à guider désormais les chirurgiens dans l'application de la compression indirecte, et à leur éviter les tâtonnements et les fausses manœuvres, qui avaient si souvent, jusqu'alors, compromis le succès de la méthode. Faire triompher la vérité, la mettre à la portée de tout le monde, l'entourer de preuves saisissantes, assurer en un mot la stabilité d'un progrès important, ce sont là des titres réels à la reconnaissance des hommes. Ces titres, M. Bellingham les possède incontestablement, et son nom restera toujours attaché à l'histoire du traitement des anévrysmes. Pourquoi faut-il qu'il ait gâté une si belle cause, en refusant à ses prédécesseurs l'hommage dû à leurs efforts et à leurs découvertes?
Déjà le rédacteur du Dublin QuarterUj Journal (1) lui a reproché amèrement d'avoir méconnu la portée des travaux de Todd. Ces reproches étaient fondés ; mais combien ils seraient devenus plus graves, si le contradicteur de M. Bellingham eût fait abstraction du sentiment national , et eût interrogé l'histoire de la chirurgie étrangère ! Pour nous , qui avons suivi pas à pas l'origine et le développement des idées sur lesquelles repose aujourd'hui la méthode compressive, nous ne pouvons accorder à M. BelUngham d'autre invention que celle d'un appareil d'assez médiocre importance : nous voulons parler du poids compresseur. Brûckner,
(1) Dublin Ouarlerly Journal, I8/1O, vol. II, p. 108.