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Eschards, Dubois, Dupuytren, beaucoup d'autres encore, et, par-dessus tous, M. Belmas, dont Guillier Latouche nous a transmis la précieuse doctrine , ont devancé M. Bellingliam. Le principe de la compression incomplète ou partielle, le mécanisme de la guérison par oblitération du sac sans oblitération de l'artère au niveau du point comprimé, enfin, le procédé, j'ose dire la méthode , de la compression exercée d'une manière continue avec plusieurs appareils alternativement serrés et relâchés , tout cela a pris naissance sur le continent avant 1825, et les détails dans lesquels je suis entré en traçant l'histoire de la période française, me dispensent d'insister ici sur ces questions de priorité.
La tâche historique que je me suis imposée touche à sa fin. Au mois de février 1845, la compression indirecte, appliquée au traitement des anévrysmes poplitês ou 'fémoraux, avait déjà été employée 12 fois en deux années, et avait fourni 12 guérisons. Huit de ces guérisons avaient été obtenues par des chirurgiens de Dublin. Les 4 autres s'étaient produites en Angleterre, car déjà la méthode nouvelle avait gagné la métropole (1). — Au mois d'août 1846, le nombre des cas du même genre s'élevait à 23 (2), et, à l'exception d'un seul malade sur lequel M. Harrison, de Bristol, avait pratiqué la ligature après cpiinze jours de compression infructueuse (3) , tous les autres avaient dû à la seule compression l'oblitération de leur anévrysme. L'un d'entre eux , il est vrai, avait succombé, treize jours après le début de la compression, à un érysipèle développé sous la pelote du clamp; mais, même dans ce cas malheureux et jusqu'alors unique, l'autopsie avait prouvé que la cavité de l'anévrysme était presque entièrement efl'acée par de solides dépôts de fibrine (4). — Au mois de mars 1851, M. Tufnell publia le relevé de 39 cas traités par la compression , depuis 1842 , dans la seule ville de Dublin : 30 guérisons complètes , 1 cas où l'anévrysme avait été rendu définitivement stationnaire, 5 cas où la compression, reconnue insuffisante , avait cédé la place à une opération constamment curative,
(1) Dublin Journal of Médical Science, 18û7, vol. XXVII, p. 165.
(2) Dublin Quarlerly Journal, august 18(i6, vol. ]I, p. 129. — Vingt-neuf observations figurent sur ce tableau, mais six d'oiitre elles étant aiuéricures à la renaissante de l;i compression indirecte en Irlande, je n'ai pas cru devoir les faire entrer en ligne de compte.
(3) Loncton Médical Gazette, ociober 3rd 18a5, vol. XXXVI, p. 966.
(a) Cas de Bellingham, voy, Bellingliam, On Compression in Aneurism, p. 81 and 130.
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2 cas de mort par suite d'une affection du cœur antérieure au traitement, 1 seul cas, enfin, déjà mentionné plus haut, où la mort avait été la conséquence d'un érysipèle, tels étaient les magnifiques résultats de la pratique moderne. Ces chiffres parlaient d'eux-mêmes; et quelque incomplet, quelque imparfait même que fût le livre de M. Tufnell, il contribua beaucoup à vaincre la répugnance de quelques chirurgiens anglais restés jusqu'alors fidèles cl la ligature.
Le méthode compressive ne rencontra d'opposition sérieuse qu'à Edimbourg, M. Syme , dès l'origine , se prononça énergiquement contre elle; et quoiqu'il lui eût dû la guérison d'un anévrysme de la main, guérison obtenue en vingt-quatre heures à l'aide d'un petit ressort appliqué sur l'artère radiale (1) , il continua à la déclarer très-inférieure à la ligature, à la qualifier de méthode infidèle, douloureuse, longue et dangereuse, et à prétendre que la ligature de l'artère fémorale ne donnait jamais lieu au moindre accident. — Cette aveugle résistance à l'évidence et au progrès ne réussit pas à donner le change aux autres chirurgiens écossais. M. Miller, dans un traité classique publié en 1850 à Edimbourg (2), se prononça ouvertement en faveur de la compression. — Aux arguments généraux de M. Syme, il répondit par des chiffres précis. Sur 29 cas d'anévrysmes fémoraux ou poplités traités dans la Grande-Bretagne pendant la seule année 18^6, et relevés par lui avec soin, M. Miller avait trouvé 25 guérisons complètes, et U cas où la compression, restée sans résultat, avait fait place à une autre opération. Mettre ces chiffres à côté des funèbres statistiques de la ligature, c'était porter le coup de mort à cette dernière méthode, et aujourd'hui, en effet, on peut dire que dans toute la Grande-Bretagne la compression indirecte est devenue la méthode générale dans le traitement des anévrysmes, tandis que la ligature est réservée seulement pour les cas où la compression échoue, et pour ceux où il est impossible de l'appUquer.
Pour s'en assurer, il suffit de parcourir les journaux anglais publiés pendant le dernier trimestre de 1853. En quelques semaines, le journal The Lancet et le Médical Times ont publié 25 observations d'anévrysmes, relatives à des malades traités
(1) Monllhy Journal, 1851. — Archires gin. de médecine, W série, 1851, T. XXVIl, p. 268,
(2) Miller. J'rinciples ofSurgery. Edinburgh, 1850, in-8", p. 582.
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depuis peu ou encore en traitement clans les hôpitaux de Londres. Sur ces 25 cas, la compression a été employée 23 fois (1). Treize malades ont élé complètement guéris. Un autre, dont la guérison était très-avancée , était encore en traitement à l'époque où l'observation a été publiée. Neuf fois la compression a été sans résultat, et l'on a fini par pratiquer la ligature. Parmiles malades de cette dernière catégorie, cinq ont parfaitement guéri; le sixième a eu une gangrène des orteils , et a guéri encore ; le septième a survécu , mais son anévrysme a continué à battre ; les deux derniers , enfin , ont succombé par suite de l'opération.
Ces résultats sont moins brillants, sans aucun doute, que ceux dont la chirurgie irlandaise a doté la science. Est-ce parce que les journaux de Dublin, dans leur enthousiasme pour la compression, enregistrent plus volontiers les succès que les revers ? Ou ne serait-ce pas plutôt, ainsi que le prétend le Dublin Médical Press i^), parce que les chirurgiens anglais se découragent trop vite, et parce que beaucoup d'entre eux ne sont pas encore suffisamment habitués aux détails si délicats du traitement par la compression? J'admets volontiers l'une et l'autre explication. Mais je reviendrai plus loin sur la question des résultats généraux de la méthode nouvelle. J'ai voulu seulement montrer ici que cette méthode avait réussi à supplanter la ligature dans toute la Grande- Bretagne.
La chirurgie américaine , malgré son attachement bien connu pour la ligature, a cédé, elle aussi, à l'évidence des faits. Je n'ai pu me procurer la collection de tous les journaux de médecine publiés aux États-Unis depuis dix ans; mais ceux que j'ai parcourus ont suffi pour me prouver que la compression a heureusement franchi l'Atlantique, et a déjà donné de nombreux succès dans le nouveau monde. Dès le commencement de 18/i7, M. Rodgers, chirurgien de New-York's Hospital, guérit sans accidents un nègre atteint d'anévrysme poplité (3). Un appareil à trois pelotes, placé sur le trajet de l'artère fémorale, suivant le procédé de Belmas, ne donna aucun résultat pendant trois semaines; mais on
(1) Médical Times and Gazette, novenibcr 12tli. 1853, p. 501.
(2) Dublin Médical Press, 16 nov. 1853.
(3) Transactions of tlie American Med. Association, vol. 1, 18fi8, p. 166.
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finit par s'apercevoir que le malade, inintelligent ou indocile, relâchait toutes les vis dès qu'on le laissait seul. On prit le parti de le garder à vue , et trois jours plus tard les pulsations avaient cessé. — Au mois de septembre suivant, M. Watson, dans le même hôpital, guérit en soixante-huit heures, avec un appareil à deux pelotes, un énorme anévrysme fémoral (1) ; et, exactement à la même époque, M. Miitter, de Philadelphie, réussit par le même procédé à oblitérer un anévrysme pophté (2). Les appareils usités en Amérique étaient loin cependant d'offrir la perfection de ceux que les chirurgiens irlandais mettaient en usage. Plus d'une fois il arriva que la compression devint intolérable pour les malades , et M. Knight, de New-Haven, dans un cas de ce genre, fut réduit à employer un expédient qui mérite d'être rapporté. Il s'agissait d'un volumineux anévrysme poplité développé sur un mulâtre. Pendant dix jours, on essaya vainement tous les tourniquets et toutes les machines que l'on put se procurer. Jamais le malade ne put supporter leur action pendant plus d'une heure. Avant de se décider à employer la ligature, M. Knight voulut essayer la compression exécutée avec la main. Il convoqua un nombre suffisant de médecins qui consentirent de grand cœur à le seconder. La compression, exercée avec le pouce sur la branche du pubis, fut commencée un jour à trois heures de l'après-midi. Toutes les demi-heures , quand l'opérateur était fatigué, un autre chirurgien prenait sa place. Au bout de quarante heures, les pulsations avaient disparu; on laissa le malade en repos, et la guérisonfut définitive (3).
Un diminutif du procédé précédent fut mis en usage à deux reprises par M. I.-R. Wood, chirurgien de Bellevue Hospital , k New-York (4). Pour apphquer la compression double et alternative, ce chirurgien commença par placer le compresseur dit de Dupuytren sur le milieu de la cuisse. Un aide restait constamment auprès du malade. On serrait d'abord la vis du compresseur. Lorsque la douleur devenait trop vive, l'aide saisissait la fémorale sur le pubis et la comprimait avec le pouce. Le compresseur était alors relâché, le malade se reposait quelques instants, et bientôt après on serrait de nouveau la vis. Employé dans deux
(1) Loc. cit., p. 167, — (2) Loc. cit.. p. 168. — (3) Loc. cit., p. 169.
Cl) Transactions of Amer, Mcd. Association, Philadelphie, 1851, vol. IV, p. 236.