‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 66 sur 217 · MODE D ACTION · texte numérisé non relu

MODE D ACTION

evasit (1). On s'explique difficilement comment Rommelius a pu s'exprimer ainsi à propos d'mi anévrysmetraumatiquequi n'était évidemment dû ni au rehlchemcnt ni à l'expansion des tuniques artérielles. Quoi qu'il en soit, l'auteur avait pour but de guériiranévrysme sans oblitérer le tronc artériel.

Telle était aussi l'intention de Bourdelot, puisqu'il avait ménagé sur sa pelote compressive une demi-gouttière parallèle à la direction de l'artère bumérale, afin de comprimer la tumeur sans intercepter la circulation dans ce vaisseau. Tous ceux qui appliquaient alors la compression directe croyaient qu'elle guérissait les anévrysmes en respectant toujours le calibre de l'artère adjacente. On en doutait si peu que Brisseau, pratiquant l'autopsie du corps de Bourdelot , d'après une clause du traitement de l'illustre défunt, n'eut pas même la curiosité de regarder dans quel état était l'artère bumérale au pli du coude.

Parmi les auteurs du xviir siècle, il en est bien peu qui se soient expliqués catégoriquement sur le mode d'action de la compression directe. Cependant, lorsqu'on lit les observations publiées à cette époque, on arrive bientôt à reconnaître qu'on acceptait partout la théorie suivante : La compression refoule le sang dans l'artère; le sac reste vide. S'il s'agit d'un anévr\-sme vrai ou par dilatation, le sac revient sur lui-même, recouvre peu à peu sa tonicité perdue, et l'artère finit par redevenir exactement ce qu'elle était auparavant. S'il s'agit d'un anévrysme faux ou par épanchement, les bords de la plaie artérielle se cicatrisent à la longue, et l'ouverture se referme soit par une cicatrice ordinaire, soit par un caillot solide qui finit par s'organiser (2). Dans tous les cas, l'anévrysme guérit d'une manière complète, et l'artère conserve sa perméabilité.

Arnaud, qui connaissait l'existence des concrétions anévrysmales spontanées, ajouta quelques détails à la théorie reçue. Suivant lui, la compression, après avoir fait rentrer dans l'artère le sang liquide, repoussait la partie coagulée dans l'orifice de l'anévrysme et l'y maintenait fixée jusqu'à ce que le bouchon ar-

(1) Rommelius, dans Miscellan. curiosa tueil. pliysicu, 1688 , in-i", ois. CCVIII , p. 391. ■2) J.-L. PtTiT. Mém. icad.dcs sciences, 3« inCm. sur les hcmorrhogies, 1735, édition in-12 de Hollande, T. U; p. 601.

tificiel y eût contracté des adhérences solides (1). Du reste, il pensait, comme tout le monde, que l'artère demeurait constamment perméable.

Loin de compter sur les caillots de l'anévrysme pour obturer l'orifice du sac, Gualtani les considérait au contraire comme un obstacle à la cicatrisation; la compression, à ses yeux, avait pour but de résoudre les caillots, de les rendre liquides, et de leur permettre de rentrer dans Tartère, tractu tenvporis imulatim in sérum converso, et ad permeandinn idoneo reddito sangrtineo grumo (2). Guattani explique ailleurs, en parlant d'un volumineux anévrysme du jarret, pourquoi la compression ne pouvait guérir cette tumeur que fort lentement : in hoc aneurysmate , ob voluminis amphtudinem longius requiri temporis spatium, ut polyposa sanguinea massa dissolveretur (3). Celte théorie étrange n'empêchait pas les malades de Guattani de guérir à la faveur de ces mêmes caillots qu'il avait la prétention de faire dissoudre; l'un d'eux môme conserva après sa guérison une tumeur grosse comme une châtaigne , et tellement dure qu'elle ressemblait à une exostose, exostosim mentiebatur (4).

On se demande comment Guattani n'a pas été frappé par l'évidence de ce fait. Quoi qu'il en soit , pour lui comme pour tous ses contemporains, la compression directe devrait sa supériorité à l'état de perméabiUté où elle laissait l'artère, circonstance qu'on croyait propre à écarter les chances de la gangrène.

Mais l'anatomie pathologique ne tarda pas à reconnaître que, contrairement à toutes les théories reçues , la compression directe déterminait le plus souvent l'oblitération du tronc artériel au niveau de l'anévrysme.

D'un excès on tomba aussitôt dans l'excès opposé : Flajani (5) et Scarpa (6) prétendirent qu'aucun anévrysme ne pouvait guérir sans que l'artère correspondante ne fût complètement oblitérée

(1) Arnaud. Afim. de clii»'iivgie,T. l, p. 190 et 191. Londres, 17G8, in-W.

(2) GUATTAM. Ve externis Aneunjsmatibiis. Rome, 1772, in-ft", dans la collection de I.autli, De Aiteurysmatibus sa'iptoves. Strasbourg, 1785, in-ft", p. 129.

(3) Loc. cit., p. 139.

{U) Loc. cit. , p. 13'i.

(5) Flajani. Beflessioni generali sopra VAneurisma (ici braccio, ûans Collezionc cl'osservazioni e riflessioni di cliirtirgia. Rome, an VI , in-8°, T. II, p. 55.

(C) Scarpa. De l'anévrysme, trad. fr. par Delpech, voij, surtout chap. VIII, § 1 , p. 218. Paris, 1809, in-8".

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