‹ Des Angiocholites et Cholécystites SuppuréesChapitre 33 sur 70 · B. — REPRODUCTION EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

B. — REPRODUCTION EXPÉRIMENTALE

MM. Charcot et Gombault ont été Les premiers à reproduire expérimentalement, sans connaissance de cause, des lésions d’angiocholite suppurée.

M. Netter, après avoir établi que la portion inférieure du cholédoque est normalement habitée par le staphylocoque doré et un bacille intestinal, lia ce canal biliaire et provoqua et l’ascension des germes, et des lésions semblables chez le lapin.

Bignami injecta dans la vésicule biliaire un bacille court trouvé par lui dans un cas d’angiocholite suppurative et reproduisit ces lésions chez le cobaye.

Naunyn isole du contenu vésiculaire d’un cholélithiasique une bactérie analogue au colibacille et obtient une suppuralion biliaire chez le chien.

MM. Charrin et Roger injectent dans le cholédoque un bacterium coli-virulent trouvé dans un cas du professeur Bouchard et amènent des résultats sur lesquels je reviendrai.

M. Gilbert et moi reproduisons l’angiocholite et la cholécyste

suppurées avec le colibacille normal de l’intestin humain, le streptocoque, le staphylocoque doré, le typhique, le cholérique, le ‘pneumocoque, ainsi qu'il va être dit.

Gabbi, quelque temps avant notre première communication à la Société de Biologie, dit avoir produit la phlegmasie biliaire avec ces mêmes germes, le cholérique excepté, chez différents animaux, et promet de publier plus tard ses résultats in extenso. Jusqu'au dernier moment j'ai fouillé les revues bibliographiques les plus récentes sans trouver l'indication du travail complet promis il y à 10 mois.

Dernièrement Dmochowski et Janowski injectèrent le colibacille, extrait de leurs deux cas d’angiocholite suppurée, dans les voies biliaires du chien avec des résultats négatifs. La virulence du bacterium s'était certainement affaiblie par les cultures successives. Les auteurs, d’après les recherches de Lesage et Macaigne et de Wurtz, ravivèrent cette virulence en injectant le colibacille dans la cavité pleurale du lapin, et obtinrent ensuite chez 3 chiens une vraie suppuration du tissu sous-cutané en les injectant sous la peau.

Le procédé que nous avons suivi au début de nos expériences pour faire pénétrer nos cultures dans les voies biliaires est celui qui a été proposé et décrit par M. Roger.

L'animal étant attaché sur le dos, l’on pratique sur la ligne médiane une laparotomie avec toutes les règles de la plus minutieuse antisepsie. L’on cherche le duodénum et l’on traverse sa paroi juste en face de l’ampoule de Vater, avec l'aiguille de la seringue de Pravaz, qui pénètre sans difficulté dans le cholédoque.

Après nos premières expériences nous avons vu que, comme il était à prévoir, l’aiguille se contaminait pendant son passage à travers le duodénum, et que l'injection pouvait faire remonter. dans l’arbre biliaire les germes qui habitent normalement la dernière portion du cholédoque. Pour éviter celte cause d'erreur nous avons apporté au procédé cette modification importante : nous faisons cheminer l'aiguille la plus fine dans l’épaisseur des parois du duodénum, sans pénétrer dans sa cavité, en tâchant aussi de

monter au-dessus de la zone septique du cholédoque, et nous ne faisons l'injection qu'à une hauteur plus ou moins éloignée de l'embouchure des conduits.

Voici les résultats que, en agissant ainsi, nous avons obtenus, M. Gilbert et moi, chez le lapin avec le colibacille, le streptocoque et le staphylocoque doré.

I. — Angiocholites et cholécystites colibacillaires expérimentales.

a) Le fait expérimental suivant est la reproduction exacte de ce qui se passe ordinairement en clinique dans les cas d’obstruction des voies biliaires.

En voulant produire l'infection biliaire par le bacille tuberculeux nous avons fait cheminer, ainsi qu'il a été dit, entre les couches du duodénum et du cholédoque, l’aiguillle d'une seringue chargée de bouillon contenant des bacilles de Koch.

Le lapin, un peu amaigri, fut sacrifié un mois juste après l’injection.

A l’autopsie l’on constate une grande dilatation des canaux extra-hépatiques et de la vésicule et l'arrêt complet du cours de la bile. Tout le long du trajet suivi par l'aiguille pour éviter la zone cholédoccienne septique, s'était formée une grosse masse tuberculeuse qui avait supprimé le déversement biliaire et causé la distension sus-signalée. Le bacille de Koch fut constaté par la méthode de Gram dans le pus caséeux de cette production.

En ouvrant la vésicule on la trouve remplie par une bile incolore, filante, contenant de nombreux grumeaux purulents. L'ensemencement de ce liquide sur plaques et sur bouillon donne des cultures abondantes d’un bacille mobile que les réaclifs habituels signalent comme n'étant autre que le bacterium coli commune. Le bacille de Koch, ni aucun autre germe, n’y fut décelé par l'examen bactériologique.

L'étude histologique du foie et de la vésicule montra des lésions d’angiocholite et de cholécystite en tout semblables à celles que

nous avons trouvées dans les expériences suivantes. Il est presque

certain que, à la suite de l'obstruction du cholédoque, le colibacille remonta les voies biliaires et y produisit ces lésions suppuratives.

b) Quatre animaux ont été inoculés avec des cultures de colibacilles recueillis dans les selles d’un homme adulte normal. Trois de ces animaux ont survécu ; le quatrième a succombé spontanément au bout de cinq jours.

A l’autopsie, nous avons trouvé, outre les lésions intestinales habituelles, une cholécystite intense, des foyers de nécrobiose disséminés dans le foie, de la périhépatite, une endocardite tricuspidienne et un phlegmon sous-cutané occupant la partie latérale droite du thorax.

A l'examen histologique, nous avons constaté l’existence dans le foie des altérations suivantes : angiocholite avec légère dilatation des voies biliaires, dilatation énorme des veines des systèmes porte et sus-hépatique, cirrhose insulaire, foyers de nécrobiose. L'angiocholite différait peu dans ses traits histologiques de celle qu’engendre le vibrion cholérique. Quant aux foyers de nécrobiose principalement situés à la périphérie du foie, sous la capsule de Glisson, irréguliers dans leurs contours, ils étaient composés de cellules à limites indistinctes, comme fusionnées, colorées en jaune sale par le picrocarmin, c'est-à-dire différents par leur topographie et par les caractères des éléments constituants de ceux auxquels donne naissance le bacille d'Eberth et le bacille virgule (Voyez ces expériences).

La vésicule biliaire avait perdu son épithélium de revêtement et la plupart de ses glandes ; quelques culs-de-sac seulement subsistaient dont les éléments étaient par places, en bloc, nécrobiosés. Les diverses couches sous-jacentes à l’épithélium étaient infiltrées de cellules rondes qui en dissociaient les éléments et les rendaient à peine reconnaissables. Ainsi modifiée, la vésicule montrait une paroi dont l'épaisseur atteignait environ six fois la mesure normale. Dans la cholécystite typhique expérimentale elle-même, nous n’avions pas rencontré une telle infiltration leucocytique des parois de la vésicule.

L’ensemencement du pus vésiculaire, des foyers hépatiques et du sang du cœur, nous à fourni des cultures pures du colibacille.

Cet organisme, injecté dans les voies biliaires, en avait donc dépassé les limites pour créer la colibacillémie et comme pour reproduire fidèlement l’ensemble des lésions maintes fois rencontrées en pathologie humaine et signalées encore dans l’une de nos observations, il avait causé, outre les altérations des voies biliaires et du foie, une endocardite valvulaire.

c) Nous avons voulu savoir si les toxines produites par le colibacille étaient capables de provoquer les altérations signalées dans les cas d’angiocholite suppurée. Deux animaux furent inolés avec douze gouttes d’une culture de 24 heures dans le bouillon après stérilisation à l’autoclave.

L'un a été sacrifié au bout de neuf jours, l’autre au bout de -douze jours.

Le foie du premier animal contenait une infinité d’abcès extrémement petits, à peine visibles à l’œil nu ; la vésicule biliaire était saine.

A l’examen microscopique, nous avons relevé l’existence d’une angiocholite très marquée, accompagnée du développement d’abcès, les uns situés au contact des espaces, les autres dans l’intérieur des lobules.

L’ensemencement de la bile et du foie nous a donné la clef de lésions aussi notables, en y montrant la présence du colibacille.

Il est probable qu’en traversant le duodénum avant de pénétrer dans le canal cholédoque, l’aiguille de notre seringue, qui contenait réellement du liquide de culture stérile, ainsi que l’a montré l’ensemencement, s'était souillée et avait entraîné dans les voies biliaires le germe que nous yÿ avons retrouvé.

Quoi qu’il en soil, l'infection s'était faite à petite dose et ici, comme à la suite de l'injection d’une petite quantité de culture du bacille virgule, la nécrobiose faisait défaut.

Le second animal avait été traité par le nouveau procédé mentionné qui consiste dans l’inoculation du canal cholédoque après

cheminement de l'aiguille dans l'épaisseur des parois du duodénum sans pénétration dans sa cavité.

À l’autopsie, ni le foie, ni les voies biliaires n’offraient de modifications appréciables. Mais il n’en était pas de même à l’examen microscopique : l’épithélium des voies biliaires était gonflé, multiplié, desquamé ; des leucocyles occupaient la lumière des canaux biliaires ainsi que leurs couches épithéliale et conjonctive; bref existaient des indices évidents d’angiocholite.

Comme l’ensemencement du foie et de la bille donna des résultats négatifs, ces altérations relevaient, à coup sûr, de l’action des cultures du colibacille.

IL. — Angiocholites et cholécystites streptococciques expérimentales.

Deux animaux ont recu dans le canal cholédoque, 15 gouttes d’une culture de 24 heures de streptocoque normal de la salive humaine.

L’un d'eux, inoculé depuis le 27 décembre 1893, vit encore aujourd’hui.

L'autre a été sacrifié au bout de vingt-cinq jours. A l’autopsie, nous avons trouvé un foie volumineux, pesant 100 grammes, parsemé sur ses deux faces de petits points blancs ayant l’apparence des abcès miliaires. La vésicule était remplie par une bile contenant de petits grumeaux formés de leucocytes et de cellules cylindriques.

La culture a montré la présence de streptocoques, rares dans la bile, plus nombreux dans le foie.

A l'examen histologique du foie, nous avons constaté le gonflement et la multiplication des cellules épithéliales des canaux biliaires, et l’infiltration par des cellules rondes de la lumière de ces.conduits, de leur couche épithéliale et conjonctive, du tissu conjonctif des espaces et des parois vasculaires y contenues.

IT. — Angiocholites et cholécystites staphylococciques expérimentales.

IL. — Deux autres animaux ont reçu dans le cholédoque 10 gouttes d’une culture de 24 heures de staphylocoque doré.

a) Le premier a succombé au bout de quatorze jours, présentant à l’autopsie un foie de teinte bleuâtre et des voies biliaires microscopiquement intactes. L'ensemencement de la bile et du foie a fourni une culture pure du germe inoculé. A l’examen histologique, nous avons trouvé, outre les lésions habituelles de l’épithélium des canaux biliaires, l’infiltration également habituelle de ces canaux et des espaces par des cellules rondes. Celles-ci étaient particulièrement nombreuses dans la zone sous-épithéliale de la couche conjonctive des canaux biliaires, et proéminaient dans leur lumière sous la forme de bourgeons coiffés d’épithéliums. Dans sa zone externe, la couche conjonctive des canaux biliaires était sur un grand nombre de points épaissie, formée d’un tissu scléreux sur lequel s'implantaient quelques tractus fibreux.

b) Le second lapin a été sacrifié au bout de dix-sept jours. A l’autopsie nous avons constaté l'existence de petits abcès dans le foie. De plus, les voies biliaires extra-hépatiques et intra-hépatiques étaient dilatées par suite d’une gêne au passage de la bile siégeant au niveau de la portion terminale du canal cholédoque. La bile était transparente et son ensemencement, ainsi que celui des abcès ont donné des cultures pures de staphylocoque doré. A l’examen histologique, se montraient les mêmes altérations des voies biliaires que dans le cas précédent ; la cirrhose était plus prononcée et amenait en certains points un encadrement presque | complet des lobules; enfin, au voisinage des espaces siégeaient les petits abcès visibles à l'œil nu.

2° Angiocholites et cholécystites suppurées dans les maladies microbiennes.

La cause qui favorise l'infection biliaire au cours des maladies générales est la même que celle qui la favorise au cours des obstructions mécaniques du groupe précédent. C’est toujours l'arrêt ou la diminution du courant biliaire.

Les infections générales ont pour premier effet sur le foie la diminution notable de la sécrétion biliaire, c'est-à-dire la production d’une vraie hypocholie pouvant aller jusqu’à une acholie plus ou moins complète. Cette constatation avait déjà été faite par Louis, l'observateur zélé de l’état du foie et des voies biliaires, dans les autopsies des sujets morts de maladies infectieuses. Après lui presque tous les auteurs la confirment en l’éclairant,.

Pisenti a étudié expérimentalement les modifications apportées par la fièvre à la sécrétion biliaire. En soumettant l'animal soit à une hyperthermie artificielle, soit à une fièvre septique, l’auteur a remarqué que la quantité de bile sécrétée diminuait de 1/5 à 1/2 sur la quantité normale. Cette diminution était d'autant plus prononcée que le processus fébrile était plus prolougé et la température plus élevée. Il a pu faire encore cette constatation intéressante que pendant la fièvre septique cette diminution portait sur l’eau et sur les matériaux solides de la bile et que le mucus augmentait, modifications qui étaient longues à disparaitre. Dans le cas de la fièvre calorique artificielle la diminution ne portait que sur la partie aqueuse de la bile et l’animal s’en remettait beaucoup plus promptement. Toutes ces modifications sont purement fonctionnelles, l'examen histologique n'ayant démontré aucun changement anatomique de l'organe. |

D'autre part les maladies générales aiguës, comme la fiève typhoïde, le choléra, la pneumonie, etc., mettent l'organisme dans un état d'adynamie profonde, à laquelle participe sûrement l'appareil excréteur de la bile. Les canaux biliaires se distendent, à cause de

l’atonie de leur couche musculaire, et le sphincter cholédoccien

entr'ouvert offre une entrée plus large aux microbes intestinaux.

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