À 7 h. 1/4 mort
L’autopsie fut faite (prof. Marchiafava) vingt heures environ après la
mort (24 décembre 1889).
Les méninges n’ont rien de notable, Le cerveau est pauvre de sang. Poumons congestionnés, æœdématiés, Cœur normal à valvules saines. Dans la cavité péritonéale une certaine quantité de liquide trouble
(exsudat séro-purulent). La rate est très grosse, 40 centimètres environ de long.
Le foie est gros ; il présente des petits abcès miliaires disséminés, un réseau jaunâtre marque le parcours des canalicules biliaires.
Le cholédoque est dilaté ; à son embouchure dans le duodénum # ou 3 calculs pas très durs, friables se trouvent agglomérés. Inflammation diphtérique de la vésicule biliaire et du cholédoque.
Reins gros, congestionnés ; partie corticale trouble. Moelle des os rouge, même à la moitié du fémur, et notablement consistante.
Le cadavre est extrêmement ictérique.
Le pus des petits abcès miliaires est ensemencé sur gélatine et sur gélose.
Diagnostic anatomique : infection malarienne chronique, calculose biliaire, angiocholite suppurative.
L'examen microscopique du foie et de la rate confirme le diagnostic de tumeur malarienne chronique : il démontre la présence du pigment noir dans les lymphatiques périvasaux et les altérations caractéristiques de ces tumeurs.
Les reins présentent aussi de graves lésions : tuméfaction trouble des épithéliums ; nécroses coagulatives étendues des épithéliums des tubuli contorti ; grande infiltration de pigment biliaire, remarquable surtout dans les tubuli dont l’épithélium est nécrotique.
Dans le foie, en plus des lésions dues au paludisme, l’on trouve autour des canalicules biliaires de très nombreux petits abcès. Les canalicules sont dilatées pour la plupart, à épithélium aplati, en partie dégénéré ou nécrotique, et pleins d'un exsudat cellulaire. Autour des petits abcès le foie est très hyperhémié. Les éléments hépatiques sont fortement ictériques. En certains endroits l’infiltration se répand du tissu conjonctif périlobulaire au tissu glandulaire, lequel montre, dans les foyers mêmes d'infiltration ou dans leur voisinage, des éléments dégénérés et nécrotiques.
Dans ces foyers d'infiltration l’on voit des agglomérations de bacilles, plutôt courts et trapus, quelquefois en quantités énormes. Ces microorganismes sont plus nombreux à la périphérie des petits abcès, et le tissu dans lequel ils s’incorporent présente le plus souvent un aspect nécrotique. En certains points périphériques de la zone infiltrée ils pénètrent aussi la lumière des capillaires hépatiques. Leur diamètre longitudinal est en moyenne de trois fois le transverse, quelques-uns sont plus courts et montrent néanmoins l'apparence nettement bacillaire. On ne voit pas aucune espèce de coques.
De semblables micro-organismes infiltrent les parois de la vésicule biliaire, laquelle présente une nécrose profonde de la muqueuse avec une infiltration limitante peu prononcée : les zones nécrotiques sont infiltrées de bacilles. *
Ainsi, dans la vésicule biliaire comme dans le foie, l’on constate des
agglomérations bacillaires circondées par une zone de tissu nécrotique avec une légère infiltration parvicellulaire.
Une étude bactériologique complète de ce bacille, propriétés biologiques sur les différents milieux de culture, mobilité, propriétés pathogènes expérimentées surtout sur le cobaye, démontrent sa parfaite identité avec le bacterium coli commune. Injecté dans la vésicule biliaire du cobaye il produit une angiocholite et plus spécialement une périangiocholite suppurative miliaire.