‹ Des Angiocholites et Cholécystites SuppuréesChapitre 51 sur 70 · OBSERVATION XIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV

(STERN, Deutsche medicinische Wochenschrift, 1893.)

Nitsche Emilie, âgée de 43 ans, entrée à l’hôpital le 14 décembre 1892.

A l’âge de 20 ans, elle souffrit d'accès de coliques hépatiques, accompagnés de vomissements et de frissons suivi de sueurs.

Pendant l’été de 1891 les coliques recommencèrent durant plusieurs heures. Pendant l'hiver suivant elles augmentèrent en fréquence et étaient accompagnées de vomissements et de fièvre.

Pendant l'été de 1892 son état général était meilleur. En septembre les accès se renouvelèrent, qui commençaient à l’épigastrium et s’irradiaient vers le flanc gauche et vers l'épaule. Depuis novembre la patiente remarqua que sa peau devenait jaune et ses urines prenaient une coloration foncée. Prurit cutané.

Elle entre à la clinique à cause des paroxysmes douloureux et de sa faiblesse.

L'on constate alors : ictère très marqué, fièvre intermittente, irrégulière, pouls plutôt lent, plein, assez mou, égal et régulier.

Rien dans les organes thoraciques. Abdomen très distendu par le météorisme ; sensible à la pression aux régions épigastrique et hypochondrique droite. |

La matité hépatique commence sur le bord supérieur de la septième côte et dépasse, sur la ligne mammellaire droite, jusqu’à deux travers de doigt le rebord costal. Le foie ne peut être palpé à cause de la grande distension de l’abdomen. La rate ne parait pas être augmentée de volume. Pas d’ascite. Légère tuméfaction des ganglions cervicaux et inguinaux. Urine rouge-foncé, densité 1011, légèrement acide ; ne contient ni albumine ni sucre ; renferme beaucoup de pigment biliaire et d’urobiline. Selles non décolorées ; on n’y trouve pas des calculs biliaires.

Presque tous les jours la malade a des coliques hépatiques intenses ; elles commencent presque toujours par un frisson et la température monte ensuite le plus souvent au-dessus de 40°.

Cet état continue invariable jusqu’au 23 décembre: Ce jour-là l’abdomen devint beaucoup plus sensible à la pression, surtout à la région du lobe hépatique gauche. Hoquet ; météorisme très développé.

Le 25 décembre la malade commença à devenir comateuse et laissait échapper ses matières et son urine. Le soir, quelques convulsions furent observées au bras et à la face. Pas de raideur à la nuque.

26. — Coma profond, respiration de Cheyne-Stokes, pupille droite très dilatée, gauche normale, minime réaction à la lumière. A 4 heures du soir, T° — 420,3. Mort dix minutes après: %

AUTOPSIE. — 19 heures après la mort,

Cœur. — Trou ovale ouvert. Altérations myocarditiques sur la paroi du ventricule gauche. Dégénérescence graisseuse du muscle cardiaque. Exsudats péricardique et pleural, teints de bile.

Poumons. — Petits. Foyers indurés au sommet et dans les lobes inférieurs.

Abdomen. — Météorisme excessif. Foie gros. Vésicule biliaire dilatée, dépasse le bord du foie.

Sur la surface du lobe gauche, ainsi que sur le bord du droit, beaucoup de petits points jaunes, proéminents, fluctuants. Ancienne fistule entre le cholédoque et le duodénum, s’ouvrant un centimètre au-dessus de l’ampoule de Vater. A travers cette fistule coule à la pression une grande quantité de bile trouble et granuleuse. Les gros troncs biliaires sont très dilatés et remplis par une bile grumeleuse ; leur paroi est parsemée de cicatrices et de taches rouges. Dans la bifurcation du conduit hépatique, et sur la branche gauche, siège un cholélithe à peu près gros comme un noyau de cerise. La muqueuse de la vésicule biliaire montre de nombreuses cicatrices. La vésicule elle-même, dilatée et à parois œdémateuses, épaissies, ne contient pas de calculs.

La veine porte est en partie obstruée par un thrombus purulent, prin-

cipalement la branche qui conduit au lobe gauche. Les ramifications portes sont dilatées et pleines de pus, en particulier celles du lobe gauche, où elles sont en rapport avec de nombreux petits abcès. Les voies biliaires intrahépatiques sont très injectées. Le parenchyme hépatique:est assez trouble, mou, foncé. Les veines sus-hépatiques sont normales. Les autres racines de la veine porte ne présentent pas de thrombus.

La rate est plus de deux fois plus grosse que normalement, à coloration brunâtre, et de consistance de bouillie.

Reins hypertrophiés, rouge-jaunâtre, mous, contiennent quelques petits abcès.

Cerveau. — Surface couverte d’épaisses masses purulentes. Les ventricules sont remplis d’un pus séreux. Les parois ventriculaires sont fortement injectées.

Nota. — L'examen histologique manque malheureusement. On ne peut donc faire exactement la part des deux processus suppuratifs, l’angiocholitique et le pyléphlébitique.

EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE. — Le pus des abcès hépatiques et celui des méninges montre de nombreux bacilles, courts, épais, souvent associés deux à deux, colorables par le bleu de méthylène et la fuchsine. Mème microbe dans la pulpe splénique.

Les cultures dans différents milieux signalent ce bacille comme étant le bacterium coli commune.

Les différences que l’auteur signale (formation des gaz dans les cultures sur pommes de terre, extrême virulence pour les souris, lapins, cobayes), constituent autant de caractères du colibacille pathogène, ainsi que nous avons pu le voir, M. Gilbert et moi, en étudiant ceux que nous avons trouvés dans nos cas.

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