‹ Des Angiocholites et Cholécystites SuppuréesChapitre 54 sur 70 · OBSERVATION XVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVI

(Gazgerr er Dommicr. — Résumée dans Bull. Soc. Biologie, 1894.)

Pr..., Joséphine, âgée de 53 ans, profession blanchisseuse, entre le .28 décembre 1893 à l'hôpital Tenon, service de M. Gilbert.

La malade ne fournit que des indications contradictoires sur ses antécédents héréditaires.

Les antécédents personnels ne sont pas mieux connus. Son mari déclare que depuis 5 ans elle n’était plus réglée et que depuis sept ans elle avait eu tous les ans des coliques hépatiques.

La maladie actuelle a débuté il y a six mois par des vomissements, des douleurs dans la région hépatique et un ictère qui ont nécessité son entrée à l'Hôtel-Dieu.

Elle est restée là deux mois, pendant lesquels l'ictère augmentait et diminuait alternativement de temps en temps.

À son entrée dans le service, elle offre un aspect absolument cachectique. Ses facultés intellectuelles sont très affaiblies.

On constate un ictère assez marqué, de l'œdème aux membres inférieurs, un abdomen météorisé, sansascite, maisextrêmementdouloureux et rendant la palpation impossible. La douleur s'exagère au niveau de la vésicule au point de devenir intolérables. Du côté de l'appareil digestif il y a inappétence complète et diarrhée rebelle. Les selles sont décolorées ; de plus, le jour de son entrée, la malade a eu du mælena. Elle ne vomit pas le lait qu'on la force à boire.

Le foie est très augmenté de volume, dur, mais non bosselé. A la percussion on le délimite assez bien malgré le tympanisme et il offre la forme suivante : IL dépasse d’environ cinq à six travers de doigt le rebord costal et, vers la ligne médiane et surtout à droite, on sent un prolongement induré qui a la forme de la vésicule dilatée. Toutefois ce prolongement ne correspond pas absolument au territoire de la vésicule.

Le diamètre transversale de l'organe a dé 20 à 22 centimètres ; sur l’axe du corps (ligne sterno-ombilicale) le vertical à 26 centimètres en comptant le prolongement mentionné ; sur une ligne passant par le mamelon droit 20 cm.; sur une ligne passant par le mamelon gauche 12 cm.

La palpation et la percussion sont extrêmement douloureuses.

La rate n'est pas hypertrophiée.

Appareil respiraloire. — En avant des poumons, à la percussion, sono-

rité exagérée. A l’auscultation, râle humide, au sommet droit; respiration humée et exagérée au sommet gauche.

En arrière, sonorité exagérée à la percussion; quelques râles de congestion aux bases. Sur le restant de la hauteur murmure respiratoire presque imperceptible.

Appareil circulatoire. — Le pouls est très petit et très rapide. Au cœur, aucun souffle aux orifices ; on constate seulement un rythme pendulaire des bruits.

Appareil urinaire. — Les urines sont brun acajou et assez rares à l'examen spectroscopique on voit qu'il y a absorption de la moitié des couleurs du spectre (violet, indigo, bleu et 1/2 vert). En étendant suffisamment l'urine, l’acide azotique décèle un anneau vert de pigment biliaire. Pas de sucre. Pas d’albumine. Grande quantité d'indican.

Appareil génital. — L'utérus paraît adhérent. Par le toucher vaginal on ne sent rien, sauf un état granuleux du col en arrière. Cependant aucun caractère précis de néoplasme.

La malade meurt cinq jours après son entrée dans le service, sans avoir présenté aucune modification sensible de son état général.

La température, d'abord au-dessous de la normale, monta à 380 le soir du deuxième jour, redescendit à 37° le troisième au matin pour atteindre de nouveau 380le soir du quatrième jour; le cinquième matin 36°6, mort.

AuTorsie. — Il existe une péritonite généralisée. Le périloine est couvert de fausses membranes fibrineuses et de pus partiellement coloré en vert par la bile.

Le foie est Le siège d'une double altération : 1° il existe au niveau de la vésicule une masse cancéreuse du volume du poing qui englobe la vésicule devenue méconnaissable et qui empiète sur la partie attenante du parenchyme hépatique.

20 I] existe dans la totalité du foie et surtout à gauche d’innombrables petits abcès dont le pus est coloré en vert par la bile. Les uns sont très petits, les autres sont du volume d’un œuf de poule. Ils transforment le foie en une véritable éponge purulente. l'organe pèse 1970 grammes.

Cœur. — Deux végétations sur le bord libre de la valvule mitrale. Rien ailleurs.

Poumons. — A droite, au sommet un noyau tuberculeux calcifié.

Rien d’anormal dans les autres viscères.

EXAMEN HISTOLOGIQUE. — La plupart des canaux biliaires sont le siège d’une vive angiocholite marquée par l’infiltration embryonnaire de leurs parois et par la présence dans leur cavité de cellules embryonnaires etdeleur épithélium desquamé. L’infiltration dela paroi cellulaire dépasse sur un grand nombre de points les limites des canaux bilaires pour s'étendre à la totalité des espaces et aux parois vasculaires y contenues, à côté d’espaces ainsi modifiés s’en montrent d’autres élargis par un processus scléreux.

De petits abcès existent autour des espaces et de distance en distance de vastes abcès dont la topographie ne peut être précisée, Les cellules hépatiques qui environnent ces foyers prennent une forme aplatie.

Dans la totalité du foie ces éléments cellulaires, ne présentent pas nettement la disposition trabéculaire ; ils sont hypertrophiés et infiltrés de pigment biliaire. La coloration des coupes au bleu de Lœffler montre la présence dans les canaux biliaires et dans les abcès de bacilles morphologiquement semblables au bacterium coli. Ces bacilles ne se colorent pas par la méthode de Gram.

EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE. — Le pus des petits abcès biliaires, le sang du foie et celui du cœur (fourni par le myocarde) sont recueillis et ensemencés, avec toutes les précautions de la technique, sur bouillon, gélatine et gélose (tubes et plaques). Ces cultures ne donnent qu’une énorme quantité d’une seule espèce microbienne, le colibacille, déterminé ensuite par toutes ses réactions habituelles : cultures sur pomme de terre, production de l'indol, coagulation du lait, mobilité extréme, etc.

Une souris inoculée sous la peau avec ce micro-organisme succomba dans les vingt-quatre heures et l'ensemencement de son sang montra la présence du même colibacille. Dix gouttes d’une culture de 24 heures dans du bouillon, injectées dans la veine auriculaire d’un lapin de deux kilos, tuèrent cet animal 15 heures après. Le sang du cœur est.cultivé et donne le même bacille.

L'on injecte dans la veine auriculaire d’un lapin de 1 1/2 kilo, 60 centimètres cubes d’une culture de ce bacterium coli dans du bouillon (20 heures), après avoir été stérilisée par filtrage à travers le filtre Chamberland. L'animal est complètement paralysé et meurt 4 à5 heures après.

Page 1