‹ Des Angiocholites et Cholécystites SuppuréesChapitre 61 sur 70 · OBSERVATION XXIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXIV

(BarBacci. — Lo Sperimentale, 1892.)

Ch. Palmira, 19 ans, vient de l'hôpital de la Marternité, où elle était accouchée trois jours auparavant d’un fœtus à terme.

Pas d'histoire clinique.

AUTOPSIE, faite 24 heures après la mort (7 mars 1892). A l'ouverture de l’abdomen l’on remarque que les anses intestinales, uniformément dilatées par le gaz, sont légèrement injectées, de même que le péritoine pariétal ; il n’y a pas cependant d’exsudat à la surface. Ces anses sont en partie soudées au bord antérieur du foie, et celui-ci est à son tour uni à la paroi abdominale par des adhérences peu tenaces. En déchirant ces adhérences l’on met à découvert une cavité pleine de pus dense et crémeux de coloration jaune rougeûtre, non fétide, collectionné dans un espace irrégulier qui entoure le bord antérieur du foie, s'étendant vers les faces supérieure et inférieure de l’organe. La cavité est limitée en haut par la partie la plus antérieure de la face concave du diaphragme ; en avant, par la paroi abdominale ; en bas et latéralement par les anses intéstinales adhérentes entr’elles et avec la surface du foie ; extérieurement, enfin, la cavité se trouve en rapport avec la vésicule biliaire qui contribue en partie à la limiter de ce côté.

L’estomac, le duodénum, le pancréas sont normaux.

Par l’ampoule de Vater l’on pénètre facilement avec un stylet jusqu'à l’union des canaux cystique et hépatique. De ce dernier conduit la bile flue librement dans le cholédoque et le duodénum.

Ouverts sur la sonde les conduits cholédoque et hépatique sont tout à fait normaux ; le cystique au contraire se trouve obstrué par un calcul à son embouchure dans la vésicule biliaire.

La vésicule biliaire est distendue ; ses parois épaissies, sont enduites en grande partie de pus. La suppuration s'étend profondément entre la vésicule et le foie, mais seulement du côté interne, c'est-à-dire, de celui qui correspond à la collection purulente périhépatique. La vésicule une fois ouverte, on voit qu’elle estremplie par un pus dense, jaunâtre, légèrement teint en vert par la bile ; la muqueuse est presque complètement détruite, à peine en restent-ils quelques lambeaux injectés et nécrosés. Du côté interne, en même temps que la muqueuse une grande partie de la paroi est détruite, sans qu'il y ait pourtant une vraie perforation et communication directe entre le cholécyste et l’abcès périhépatique. Les parois vésiculaires sont très épaisses et contiennent dans leur épaisseur, surtout du côté interne, de petits foyers purulents dont quelques-uns-très superficiels se sont ouverts à l’extérieur, ainsi qu’on peut le constater, précisément en rapport avec le sac purulent déjà décrit.

Le foie ne présente rien à noter macroscopiquement.

La rate est légèrement augmentée de volume.

Rien de notable aux reins et aux poumons.

Cœur. — Sur le péricarde de l'oreillette droite l’on remarque un épaississement fibreux disposé en iles et en traits irréguliers. Le cœur est un peu plus gros que d'ordinaire, surtout le segment gauche.

Il existe sur Les valves de la tricuspide, de l'aorte et en partie aussi de la mitrale une endocardite végétante très récente. Ce sont des végétations très délicates, rosées, sous lesquelles le tissu n’est pas ulcéré. Il y à aussi un degré de sténose et insuffisance mitrales, et légère hypertrophie du ventricule gauche.

L’utérus est de la grandeur d’une tête de fœtus; sa cavité est pleine de caillots sanguins et l’on voit sur la face postérieure, vers le fond, l'insertion placentaire. La plaie utérine est aseptique. Pas de pus dans les parois utérines, ni dans les annexes, qui sont normaux.

EXAMEN HISTOLOGIQUE DE LA VÉSICULE BILIAIRE. — En étudiant plusieurs points de la paroi vésiculaire, l’on voit d'abord une destruction complète de la muqueuse, dont il reste à peine quelques vestiges épars. Le revêtement muqueux est mieux conservé au niveau du col de la vésicule ; l’on peut y voir encore les villosités de la muqueuse, quoi que dépourvues d'une couche épithéliale continue. L'on trouve un reste de cet épithélium dans les plus profonds recoins, vers la base des villosités, et là même ils se présentent profondément altérés, nécrosés.

Les vaisseaux de la muqueuse sont notablement distendus par le

sang, dans lequel on découvre par la méthode de Gram de nombreux groupes de cocci.

D'autres vaisseaux sont thrombosés et abondent en micro-organismes. Les vaisseaux sous-muqueux présentent ces mêmes altérations.

Il existe en plus une infiltration diffuse du tissu, constituée par de petits éléments lymphoïdes qui se disposent en de vrais foyers circonscrits, qui ont tout l'aspect d'abcès miliaires, et dans lesquels on décèle de très nombreux micrococci. Dans l'épaisseur de la tunique moyenne de la vésicule on voit de nombreux abcès de dimensions variables, quelques-uns desquels immédiatement placés sous le revêtement péritonéal. Plusieurs de ces abcès ont une forme allongée et semblent être limités par une vraie paroi propre appartenant à une cavité préexistante : ils sont dirigés habituellement de la face péritonéale à la muqueuse et font tout l'impression de lymphatiques thrombosés. Les micro-organismes sont encore abondants dans ces foyers purulents. EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE. — Le pus d’un petit abcès de la paroi vésiculaire, celui du grand abcès périhépatique, et le sang du cœur, sont ensemencés avec toutes les précautions voulues. Des cultures sur plusieurs milieux sont faites ; toutes donnent un seul micro-organisme, qui présente tous les caractères bactériologiques du staphylococcus pyogenes aureus.

Angiocholites et cholécystites suppurées typhiques.

Le premier fait de suppuration biliaire due au bacille d’Eberth appartient à MM. Gilbert et Girode. Il s’agit d’une cholécystite suppurée trouvée à l’autopsie d’un individu mort de fièvre typhoïde.

Plus de deux ans après, Chiari et ces mêmes auteurs publièrent les deux nouveaux faits qui vont suivre.

Les observations XXV et XXVI, appartenant à Dupré et à Guarnieri, publiées dans l'intervalle, ont un intérêt étiologique spécial. Elles ne répondent pas toutefois au tableau anatomique de l’angiocholite nettement suppurée.

Je rappellerai seulement le fait, déjà cité, du service de M. Tuffier, de cholécystite typhoïde, dans le contenu vésiculaire duquel M. Gilbert et moi avons constaté bactériologiquement les bacilles d’Eberth et d'Escherich associés ; de même que celui de Malvoz où l'examen microscopique montra la présence du streptocoque dans

les lésions cholécystiques.

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