CHAPITRE PREMIER
DE QUELQUES ANOMALIES DES GROS TRONCS VASCOLAIRES QUI NAISSENT DU COEUR OU QUI S*T RENDENT.
Ectopie des Yeines pulmonaires droites, s*insérant dans Toreillette de ce côté. Largue ouverture de la cloison înter-auriculaire. Hypertrophie générale du cceur. Absence de cyanose (i).
(Planche I, figure 3.)
Deux ans se sont écoulés depuis qu*à Tinvitation du docteur Broussonnet fils, je me rendis à l'hôpital général pour assister à la nécropsie d'un homme mort dans le service de mon confrère. L'individu dont j'esquisse l'histoire à grands traits avait atteint quarante-trois ans; d'un tempérament marqué par la prédominance du système lymphatique, il n'a jamais joui d'une bonne santé. Forcé de travailler la terre
(i) Cette observation a été longuement et bien décrite dans le Journal de médecine pratique de Montpellier y par M. Lacroix, interne des hôpitaux ; j'emprunte à son travail les détails relatifs au fait en question.
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afin de pourvoir à sa subsistance et à celle de sa famille, il a dû souvent, pour cause de maladie, suspendre ses occupations. Enfin, ne pouvant les reprendre, il est admis dans une maison de mendicité, et de là évacué sur le dépôt de pplice de Montpellier. A son arrivée dans cet établissement, on reconnaît l'existence de deux affections indépendantes, dont chacune est très grave. Un vaste abcès occupe la région iliaque droite ; le sujet est en proie à une dyspnée extrême avec douleur vive au côté gauclie de la poitrine. Ces accidents sont consécutifs à ceux qui ont éclaté vers rabdomea. L oaverture du dépôt donne issue à environ un litre de pus ; la percussion du thorax fait entendre un son mat envahissant toute la partie gauche; lauscultation de la région précordiale permet de distinguer un bruit tumultueux, difficile à analyser, et dans lequel se confondent la diastole et la systole, âans isochronisme avec les battements du pouls;* la succussion fait éprouver la sensation d'un liquide épanché. Une circonstance importante, c'est que dans aucun point le système tégumentaire ne présente de coloration. La muqueuse labiale est pâle; les membres inférieurs sont infiltrés. Malgré un traitement rationnel, c'est quatre jours après son entrée à Thôpital, que le sujet succombe à une péritonite suraiguë. J'écarterai tout ce qui n'a point de relation avec l'anomalie que je signale, me bornant à dire qu'un épanchement séreux de plus d'un liti-e distend le péricarde et refoule en arrière le poumon gauche. Le cœur a acquis près du double de son volume ordinaire. La cavité de l'oreillette droite, ayrandie, est occu|)ée par des niasses fibrineuses compactes. Ce
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qui a lieu de surprendre, c'est que quatre vaisseaux s ouvrent dans son intérieur, savoir : en haut, la veine cave supérieure ; en bas , Tinférieure ; entre elles et à droite, les deux veines pulmonaires de ce côté, ayant leur calibre naturel. Au pmirtour de l'insertion des veines pulmonaires, les parois de Toreillette sont amincies, ce qui contraste avec lepaisseur augmentée de celle-ci. L'oreillette gauche ne reçoit que les deux veines pulmonaires de son côté. L'épaisseur du ventricule droit a acquis plus de treize millimètres, et Télargissement de la cavité constitue une hypertrophie excentrique. Bien que réeHe , Thypertrophie du ventricule gauche est moindre proportionnellement. La valvule d'Eustaqhe est plus développée que de coutume; la cloison inter-auriculaire est percée d'une très grande ouverture, réguhèrement circulaire, dont le diamètre transversal a trois centimètres et demi, le perpendiculaire un demi-centimètre de moins. Le bord inférieur de Touverture se continue avec le repli valvulâire de la veine cave ascendante, alors que le supérieur se confond avec les plicatures de Toreillette. La communication établie entre les oreillettes augmente encore par une légère pression, au point qu'on peut ainsi ailaiaser, faire momentanément disparaître ce qui reste de la cloison arrêtée dans son développement, et rien ici n'indique un état paihalogique, mais au contraire une dispositionxongénitale. En bas et en avant de la cloison rudimentaire, on aperçoit une scissure longitudinale, dont les bords coupés en biseau s'appliquent l'un sur l'autre, et sans offrir de connexions avec la grande valvule d'Eustache. Peuton, dans la forme, la disposition de cette scissure, re-
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trouver le vestige du trou de Botal? supposition très contestable. L'ouverture de la veine coronaire pr<î« sente une embouchure dépourvue de valvule, ot quatre fois plus grande cpi a lordtnaire; les valvules cardiaques , aortiques et pulmonaires sont à Télat naturel.
Les malformations que je viens de signaler se résument en ces termes : insertion dans loreillette droite des veines pulmonaires droites ; large communication entre les oreillettes: hypertrophie cardiaque.
A Tectopie des vaisseaux reportant au cœur le sang du poumon droit, se joint une autre anomalie marquée parla persistance, après la vie fœtale, d'une disposition, s'opposant à la délimitation des deux côtés du cœtir et les plaçant dans une dépendance immédiate. La simple exposition du fait n'inspire-t-elle pas le désir de rechercher comment, avec une modification aussi profonde de l'appareil circulatoire, la vie s'est pro longée quarante-trois ans et leùt été au-delà sans Fintervention d'une maladie étrangère? Des voies insolites ouvertes dans une gt*ande étendue favorisaient le mélange du sang qui, d'une manière absolue, n'était ni artériel, ni veineux, mais participait de la nature des deux. Versé dans l'oreillette droite par les veines caves, le liquide s'y combinait avec celui des veines pulmonaires droites : ainsi le sang veineux n'était plus, suivant l'expression d'un illustre physiologiste moderne, une puissance chimique ayant perdu son action : confondu avec un sang oxigéné, il se revivifiait en partie. Plus abondante qu'elle n'a coutume de l'être dans l'oreillette droite, l'ondée sanguine trou-
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vaît un moyen de dérivation dans cette grande ouverture envahissant la cloison inter-auriculaire. Le reflux d une petite portion de liquide devait aussi s'opérer par l'iramense embouchure de la veine coronaire privée de valvule. En tenant compte de Thypertrophie générale du cœur, on n'est pas moins surpris de l'augmentation de capacité de la veine coronaire hors de toute proportion avec celles de ses artères satellites. Quant à l'oreillette droite , avec l'amplitude exagérée de sa cavité coïncidait l'épaisseur de ses parois, si l'on en excepte toutefois le point d'insertion des veines pulmonaires, où la minceur était sensible, surtout comparativement au reste de l'oreillette. Le ventricule droit pouvait servir de type comme hypertrophie excentrique, mode d'altération qui s'explique ici par la quantité , comme par la qualité stimulante du sang qui y abordait et les efForts nécessaires pour le pousser dans l'artère pulmonaire. C'est à un bien moindre degré que l'oreillette et le ventricule gauches partageaient l'hypertrophie des cavités opposées.
On le voit, l'artère pulmonaire projetait aux organes respiratoires un sang déjà oxidé , alors que l'aorte lançait dans tout le système artériel un sang qui, loin d'être pur, se combinait avec du sang veineux. N'est-on pas d'abord étonné de l'absence d'un phénomène morbide qui, d'après quelques auteurs , paraît comme la conséquence inévitable des vices de conformation, permettant au sang noir et rouge de se mélanger? Je veux parler de la cyanose, ou coloration bleue, qui n'a que la valeur d'un symptôme. Pour tout esprit dégagé d'idée théorique préconçue, l'essence de la cyanopathie n'est pas dans le mélange des
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deux espèces de sang, et, sws rejeter toùt-à-fait cette cause , il faut avouer qu pu l'a trop généralisée. Cofnbien de fois n'ai-je pas vu et démontré des communications anormales, surtout à travers la cloison des oreillettes, ^ntraînauf» et sans apparence de suffusion bleue des tégupiei^ts , 1^ a^ixtion la plus intime des deux s^ngsl Dans les vices d^ conformation si nombreux et si variés, dont le coeur semble destiné à nous donner l'exeniple, qi4'il soit , comme on Ta vu , à une seule oreillette et à un ventricule unique ; trilocuUire, PU àdeiix oreillettes et un ventricule pendant la courte et frêle existence des sujets, la cyanodermie a souvent manqué. Un individu, âgé de vingt-quatre ans, observé par le docteur Wirch, et qui n avait qu un ventricule et deux oreillettes, se trouvait dans cettecatégorie, Inutile dfî dire que sa vie pe fpt qu up état continuel de maladie et de souffrappe. [ja cyanose se manifeste quand }a masse du liquide si^pgpin h oxigëper n'est plus eu rapport avep les besoins de répopomie , quand loxidation n'est pas suffisante i ou qu elle est retardée. C'eçit surtout daps Ifi coarctation, langustie de Tarière pulmonaire qu elle apparaît et devient alors un symptôme signi6patift H esten^spre d'autres causes que je Q ai ppint k examiner, epoiaie la communication de laorte et de l'artère pulmpnaireja stase du sang dans les capillaires veipeux, peut-être aussi un état spécial, pathologique de ce fluide.
Il y a longteqaps qpe l'on a cru trouver quelque rapport entre la pirculation pulmonaire de l'adulte et la oir.GuJptipn plapentale du fœtus : pour le premier o'est le sang , modifié par lesactes nutritifs, qui vient s artériaiiser au poum^^n ; comme pour le fœtus, c'est