CHAPITRE II
ANOMALIES DÛ TRONC BRACHIO-CÉPflALlQUË.
Pla«chb lît.
Depuià qu'une hardiesse raisoiinée semble avoir, de nos jours, autorisé la ligature du tronc brachiocéphalique profondément placé au sommet du tho« rax et la plus volumineuse des artères après laortei ce qui concerne l'histoire anatomique de ce tronc inspire un nouvel intérêt. J espère, toutefois» qu'un succès avéré viendra justifier cette tentative chirurgicale, dont la science a enregistré six observations, et à côté six morts. Les fauteurs de l'opération attribuent l'insuccès plutôt à la gravité de la maladie qu'à l'opération elle-même; mais c'est, à mon sens, ne pas faire à celle-ci et aux Suites qu'elle entraîne une part assez large. Suffit-il donc, pour avoir recours à un moyen aussi extrême, que des recherches posthumes aient démontré Toblitération de Tinnominée vers la fin du vaisseau, oblitération obtenue par les ressources de la nature, en même temps que celle des sous-clavière et carotide |)rimitive droites, ou que
kk ANOMALIES
des expériences faites dans les amphithéâtres aient prouvé comment, Tartère étant liée, une injection ordinaire parvient, par des communications vasculaires assez amples, à la tête et au membre supérieur? Ce n'est point tout encore d'avoir acquis la certitude qu'un caillot peut s'organiser, malgré le voisinage du plus grand courant sanguin de l'économie, et qu'un opéré n a succombé qu'au bout du cinquante-huititme jours. Devant lauthenticité de tels faits, et ce qu'ils ont de rassurant, je placerai ici le doute à côté de l'espérance, en attendant une réussite après la ligature de l'artère brachio-céphalique. Les revers sont décourageants, alors surtout qu'on ne saurait leur opposer aucun succès; d'ailleurs ce n'est pas l'opération seule qui est chanceuse : tout n^ semble-t-il pas incertain dans l'indication des cas (|ui la réclament? Le souvenir de plus d'une méprise, à laquelle se rattachent des noms célèbres, pourrait, au besoin, confirmer cette assertion; comme si le diagnostic, voire même la détermination du siège des tumeurs anévrismales, se manifestant au haut de la poitrine, au cou (i) ou dans la région sus-claviculaire droite, n'était pas un des points les plus délicats et les plus difficiles de l'art; comme si encore l'anévrisme de l'innominée
(i) On lit) dans le Dictionnaire de chirurgie pratique^ de Samuel Cooper, qu'il n'est pns de partie du corps où il soit plus facile de se tromper, quant au siég^e de l'anévrisme, qu'au cou. La tumeur se mnnifeste-t-elle au côté droit et inférieur de la région cervicale droite, la difficulté consiste à- déterminer si la tumeur s'est développée à rori(^ine de la sous-clavière ou carotide primitive droite, ou dans le tronc brachio-céphalique ou dans la crosse aortique. Voir noire travail publié en 184I) sur les Anévrismes de la portion ascendante et de ta crosse de t aorte»
DU TRONC HAACHIOCÉPHALIQUt:. US
n était pas tantôt isolé, tantôt consécutif à celui de la crosse aortique, et de là de nouvelles incertitudes.
Peu d artères sont plus variables dans leurs dimensions que la bi^cliio - céphalique , dont la longueur peut être comprise entre & et 5 centimètres , ternie au-delà duquel commence Tanomalie.
L'on voit figuré, dans la planche 111, un tronc innominé injecté et dont la longueur s'élève à 7 centimètres , dimension insolite et qui vient modifier les rapports ordinaires du vaisseau avec les parties voisines. A{jé de vingt-huit ans, le sujet a une stature moyenne ; Tartère naît de laorte au lieu accoutumé ; sans se bifurquer et après un certain trajet, Tinnomi* née pénètre dans la région cervicale, jusqu'à Tarticulaiion de la cinquième avec la sixième vertèbre, pour se diviser en carotide primitive et sous-clavière.A ne considérer que la direction , on pourrait supposer un tronc carotidien prenant son origine de la crosse aortique et donnant lui-même la sous-clavière droite, remarquable par sa brièveté, se détachant à angle droit pour passer sous la jugulaire interne, quand elle se jette dans la veine sous-clavière. La veine jugulaire interne droite est située plus en dehois de Tartère innominée qu'elle n'a coutume de Ictre. La veine innominée du même côté ne recouvre le tronc bruchio-céphalique que dans une étendue peu considérable; tandis que la connexité du nerf pneumo- gastrique est plus immédiate et plus prolongée. L'artère brachio-céphalique correspond à cinq ou six cerceaux delà trachée, sur lesquels elle est appuyée par sa lace postérieure ; le calibre de l'artère n'est pas diminué.
ki ANOMAMEfl
Ce fait en rappelle un aulre cité par Allans Burns ( i ), et où le ii*onc innominé attei(j[nait jusqu'au corps thyroïde. L'esprit observateur du professeur R. Harrison (9) avait signalé rallongement de Tinnominée. Il ajoute que, chez quelques personnes, on sent distinctement les |)ulsations sur la trachéepartàre,au -dessus du sterBum, ainsi qu'on Tobserve chez les individus n>aif;res et particulièrement chez les femmes.
Dans le mode de variété mentionnée , une blessure du cou, l'extirpation du corps thyroïde, la trachéotomie pourraient produire une héinorrhagie mortelle par louverture de Tinnominée^dont la situation superficielle rendrait, il est vrai, la ligature plus facile; enfin, lanévrisme ne serait que fortuitement rapporté au vaisseau qui en. est le siège (3).
Qu'un corps étranger fût engagé au côté droit de l'œsophage, et qu'il y eût nécessité de pratiquer dans ce point, opposé au lieu d'élection, l'ouverture de ce canal , la lésion du tronc brachio-céphulique serait à craindre.
Dans les tumeurscystiques de la région cervicale ( hydrocèle du cou , Mauuoir ) ou dans Tbydro-bron-
(1) Observations on tUe surgical anatomy of the head and neck.
London , 18249 '°'^*
(^) The surgical auatamjr of ths arteries of the fmman bifdy, London, i833, a vol. in-ia.
(3) Peut-on, avec quelque vraisemblance, rattacher à Tanonialie artérielle en question te malheureux événement rapporté par Waller, dans les mémoires de Berlin, événemeot interprété si diversem^ol, «lors que la oé^ropsie n a point été faite et q^e Ton doit i9 borner à des conjectures? Un célèbre professeur en chirurgie pratique la broncholomie à la fille d'un de ses collègues; la patiente mtuit d*licmorrhagie pendant l'opération, sans qu'il soit possible de reconnaître la source du sang.