CHAPITRE VI
DE L'INFLUENCE DES ANOMALIES DU TESTICULE SUR LA SÉCRÉ- TION SPERMATIQUE ET SUR L’ORGANISME EN GÉNÉRAL.
L’importance considérable de cette question, au point de vue du pronostic des anomalies de la glande séminale, m’a déterminé à la séparer entièrement de l’étude anatomique qui précède. 11 n’y a pas longtemps qu’on a commencé à s’en occuper sérieusement ; c’est aux travaux modernesqu’on doit tout ce que nous savons aujourd'hui de précis sur ce point. La question n’est entrée dans une phase véritablement positive, que du jour où les observateurs ont renoncé aux nombreux préjugés qui encombrent les écrits des anciens, et se sont affranchis des traditions pour poursuivre leurs recherches.
L’influence locale ou générale des anomalies du testicule sur la sécrétion spermatique et sur l’organisme, doit nécessairement varier suivant la nature des troubles de nutrition que subit la glande ; aussi, peut-on prévoir à l’avance que plus ces perturbations sont profondes, plus ses fonctions sont altérées. Envisagée ainsi d’une façon générale, la question semble facile à résoudre ; mais on verra que, si quelques points sont absolument tranchés, il en est d’autres sur lesquels il plane encore des doutes.
11 y a des anomalies qui n’exercent aucune action sur la sécrétion du sperme; telle est l'inversion. L’état anatomique de la glande n’étant nullement modifié, ses fonctions ne peuvent l’être non plus.
Quand l’organe est atteint d’hypertrophie, son activité fonctionnelle augmente-t-elle en proportion? Nous avons vu que les seuls cas d’hypertrophie bien avérés, sont ceux qui se montrent chez les monorchides dans le testicule descendu. Or, bien que cette conclusion ne soit pas susceptible d’une démonstration rigoureuse, il est à peu près certain que, dans ces cas, la fonction spermatique doit acquérir une plus grande activité dans l’organe hypertrophié ; mais on n’a jamais remarqué que ce surcroît d’activité sécrétoire ait jamais exercé une influence quelconque sur la puissance génésique des sujets observés. Quant à l’hypertrophie de nature probablement éléphantiasique, dont j’ai parlé plus haut, tout ce qu’on peut en dire, c’est qu’elle ne parait pas avoir jamais causé l’impuissance, même à un faible degré.
On ne peut rien dire de précis relativement aux individus munis de testicules surnuméraires; il faudrait d’abord que celte sorte d'anomalie fût bien prouvée. S’il fallait en croire les auteurs qui en ont rapporté des exemples, on conclurait avec eux que le développement des instincts amoureux est en rapport direct avec le nombre des testicules, conclusion très-naturelle sans doute, mais qui, par malheur, ne s’appliquait peut-être qu’à des sujets atteints de kystes du cordon.
Cette étude n’a véritablement d’intérêt que dans l’atrophie testiculaire, l’anorchidie et les ectopies. Elle soulève les questions suivantes :
Les sujets présentant ces diverses anomalies sont-ils puissants, c’est-à-dire peuvent-ils exercer le coït?
Sont-ils féconds?
Diffèrent-ils des autres hommes par certains caractères extérieurs, et au point de vue de l’intelligence et du moral ?
Il est indispensable, dans l’examen de ces questions, de faire une classe à part des individus atteints d’atrophie, d’anorchidie et d’ectopie unilatérales, parce que chez eux l’intégrité du second testicule domine entièrement la situation. A priori, on pouvait prévoir que cette circonstance devait suffire pour leur assurer la puissance copulatrice et fécondatrice; car on ne voit pas pourquoi l’arrêt de développement, l’absence ou la situation anormale d’une des glandes séminales, empêcherait l’autre de fonctionner normalement, si celle-ci présente l’état d’intégrité nécessaire à la régularité de la sécrétion et de l’excrétion du sperme. L’examen de ce liquide fait dans ces conditions a confirmé ces prévisions; la présence de spermatozoïdes normaux ne pouvait laisser persister aucun doute. Eu conséquence, l’atrophie congénitale, l’anorchidie et l’ectopie unilatérales, ne peuvent en aucune façon être cause de stérilité, si le testicule descendu est sain.
L’observation démontre que chez les mêmes sujets, les organes génitaux externes offrant généralement un développement normal, le coït est possible.
Enfin il est reconnu que l’instinct de la génération n’a pas non plus subi d’altération, et que rien dans les caractères extérieurs du corps, ni dans le moral, ne trahit l’anomalie. Les sujets dont il s’agit sont donc, au point de vue de la fécondité, tout à fait comparables à ceux qui ont une oblitération des voies spermatiques d’un côté. Le testicule sain, resté en libre communication avec la vésicule séminale de son côté et avec l’urèthre, remplace son congénère dans la fécondation de l’ovule (1).
Jusqu’ici aucune difficulté; mais il n’en est plus de
(1) Voyez Godard, Études sur la monorchidie et la cryptorchidie, p. 72. — Gosselin, Mémoire sur les oblitérations des voies spermatiques ( Archives de médecine, 1847).
même dans les cas où l’anomalie porte sur les deux testicules, à moins qu’il ne s’agisse de leur absence. ÏI y a eu une époque, qui n’est pas encore bien loin de nous, où l’on aurait hésité, même en face del’anorchidie. Au xvie siècle, on discutait encore sur la question de savoir si les testicules servaient à la génération. En outre, on avait sur le compte des individus privés congénitalement ou non de leurs testicules une opinion singulière, c'est que leurs désirs n’avaient pas de bornes, et que, sous le rapport de la puissance copnlalrice, ils l’emportaient de beaucoup sur tous les autres hommes. Cette idée, qu’on trouve exprimée tout au long dans Aristote (1), fut entretenue et vulgarisée par Cabrol(2), Sinibaldi (3) et bien d’autr-es, et il ne fallut rien moins que les observations de Hunter pour renverser cette erreur (7i). Il ne faut pas oublier que ces discussions portaient surtout sur des cas de cryptorchidie et non d’anorchidie ; car, à cette époque, cette dernière anomalie était peu connue. Et pourtant, l’observation de Cabrolest formelle; il constata l’absence des deux testicules chez un soldat pendu pour avoir voulu violer une jeune tille ; en voici un extrait : « Entre autres choses des plus » rares, c’est qu’il ne luy feust treuvé aucun testicule, » ny extérieurement, ny intérieurement, bien luy treu- » vasmes-nousses gardouches ou greniers, autant remplis » de semence qu’à homme que j’aye anathomisé despuis. » En présence d’un fait si exceptionnel, n’a-t-on pas le droit d’être incrédule, et de se demander si l’homme qui niait encore l’importance du testicule dans la génération, ne pourrait pas bien avoir fait d’une façon incomplète l’exa-
(1) Aristote, De general, animal., 1. 1, c. 20, p. 1234.
(2j Cabrol, Alphabet anatomique. Tournon, 1594, p. 8(j.
(3) Sinibaldi, Geneanthropeia. Ronia, 1042, lib. 3, t. 11, p, 354.
(4) Iluuter, loc. cil. London, vol. IV, p. 17. — Trad. Richelot, t. IV, p. 79.
men de son sujet? La présence d’un liquide abondant dans les vésicules séminales n’est-elle pas de nature à confirmer ces soupçons ?
Si l’on s’en tenait aux conclusions peut-être trop rigoureuses de Godard (i), on serait très-disposé à rejeter absolument ce fait comme invraisemblable; mais je trouve formulée dans Holmès une opinion beaucoup moins exclusive (2). S’appuyant sur ce que les appareils sécréteur et excréteur se développent tout à fait indépendamment l’un ’de l’autre, il comprend qu’un homme, dont les testicules manquent ou sont atrophiés, puisse remplir ses fonctions génitales, sauf bien entendu la fécondité, et il croit que la conservation de l’instinct génésique est due à l’intégrité des vésicules séminales et à la sécrétion qu’elles fournissent. A l’appui de son opinion, il cite un cas observé par Coulson (3) : Un homme de quarante-quatre ans, dont les testicules étaient tout à fait atrophiés, s’était marié, après une jeunesse dissipée, et avait pratiqué très-souvent le coït jusqu’au moment où il fut examiné. La conclusion de Holmes donne évidemment à réfléchir; quoi qu’il en soit, que ces deux faits soient dignes de foi, ou que les observateurs aient été trompés ou se soient trompés éux-mèmes, il reste certain qu’en général les sujets affectés d’anorchidie double méritent bien le nom d ' eunuques naturels qu’on leur a donné, et peuvent être mis en parallèle avec les eunuques vrais.
On a désigné ainsi, dès la plus haute antiquité, les individus qu’on cherchait par diverses opérations pratiquées sur les testicules, à rendre impropresau coït ou seulement inféconds. La compression des testicules dans l’enfance
(1) Godard, Éludes sur l’anorchidie, p. àb et 61.
(2) Holmes, System of ’Surgery , t. IV.
(3) Coulson, Medico-chir. Soc., 1859.
n’aboutissait parfois ni à l’un, ni à l’autre de ces résultats; on prétend que Pylhias, amie d’Aristote, était fille d’un eunuque de cette espèce (1). La castration ellemême, bien qu’amenant forcément la stérilité, est loin d’être toujours une cause d’impuissance, quand on la fait sur des adultes. Les preuves abondent dans ce sens. S’il y a des individus chez lesquels elle produit des modifications profondes dans l’aspect extérieur et dans le caractère (chute de la barbe, perte d’énergie morale et physique), il en est beaucoup, et c’est le plus grand nombre, chez lesquels ses effets sont nuis ou à peu près, ou très-lents à se produire.
J’ai vu il y a quatre ans, en 1865, dans le service de M. le professeur Richet, un homme qui avait subi plusieurs années auparavant l’ablation d’un testicule; une orchite chronique força à enlever le second. M. Richet a revu cet homme en 1 868 ; rien de nouveau ne s’était produit chez lui, et il a affirmé que le coït lui était aussi facile qu’auparavant.
Je possède l’observation complète d’un ecclésiastique qui s’est fait lui-même dans sa jeunesse, il y a près de trente ans, une double castration; or, d’après les renseignements tout récents que je tiens de lui, bien qu’à la suite de la deuxième opération il ait recouvré un calme à peu près complet, il a encore de temps à autre des érections nocturnes qui n’aboutissent jamais à l’éjaculation. La barbe est restée intacte et la voix n’a pas changé.
De ces faits et de bien d’autres, on peut conclure que si les eunuques châtrés dans l’âge adulte sont forcément stériles, ils restent très-souvent aptes au coït, double par-
(1) Virey, Dictionnaire des sciences medicales, t. IX, ait. Eunuques,
LE DENTU
ticularité connue depuis bien longtemps et qui, d’après J u vénal, était appréciée de certaines daines romaines :
Sunt quas eunuchi imbelles, ac mollia semper P0H
Oscula delectant, ac desperado barbæ, J
Et quod abortivo non est opus.... (1).
Qu’on oppose au castrat de l’âge adulte l’eunuque privé de ses testicules dès le jeune âge, et l’on jugera de la différence. Chez celui-ci, la verge est atrophiée; les érections manquent absolument ou sont très-rares. Si le coït est quelquefois possible, il n’est jamais terminé par une éjaculation de nature quelconque. Le teint est pâle, les cheveux souvent blonds, les membres grêles et sans forces. Le système pileux est moins développé que chez une femme, car les poils manquent aux aisselles et sont rares à la région pubienne. L’absence d’énergie physique et morale les plonge dans une apathie continuelle. La décadence de l’intelligence se reflète dans l’hébétude du regard ; la voix est grêle et féminine et d’un timbre souvent désagréable.
D’après Godard, tous les traits de ce tableau se retrouvent chez l’individu atteint d’anorchidie double ; sa con clusion doit être vraie le plus souvent.
En est- il de même lorsque les testicules, au lieu d’être absents, sont atrophiés? On peut répondre affirmativement pour quelques cas ; mais il y a des exemples d’arrêt de développement des testicules, dont les effets sur l’organisme sont presque nuis. Parfois il y a une certaine faiblesse d’intelligence qui peut même aller jusqu a l’idiotie, mais souvent aussi il n’y a rien de particulier à noter
(1) Juvénal, sat. VI, v. 367.
de ce côté, et tout se réduit à la stérilité avec ou sans impuissance, suivant que les organes génitaux externes sont plus ou moins développés.
C’est surtout la cryptorchidie qui a donné lieu à des opinions contradictoires. On a vu plus haut quelle singulière croyance régnait autrefois dans la science, relativement à la puissance copulatrice des cryptorchides. Sans aller jusqu’à cette exagération difficile à comprendre, l’observation force bien d’admettre que souvent ils coïtent aussi facilement que quiconque; d’ailleurs, les exemples que j’ai sous les yeux sont fournis en proportion notable par des hommes mariés. Les cryptorchides peuvent donc jouir de la puissance virile; mais en jouissent-ils toujours? Toutes les fois que l’ectopie n’est pas compliquée d’atrophie considérable et que les organes externes ont des proportions convenables, on peut affirmer sans trop se compromettre que la puissance virile existe en toute intégrité. C’est du reste aujourd’hui l’opinion à peu près de tous.
L’accord est moins grand sur la question de la fécondité. Godard (t), Goubaux et Follin (2) ont formulé à cet égard une négation absolue, en s’appuyant sur l’examen du sperme d’un certain nombre de cryptorchides, soit de leur vivant, soit après leur mort. Leurs conclusions ont été confirmées de tout point par une observation de Berchon lue à la Société de biologie (3) et par Curling (/i) dans une étude sur la stérilité chez l’homme: 17 cryptor-
(1) Godard, Éludes sur la monorchidie el la cryptorchidie, p. 141.
(2) Goubaux et Follin, Mémoires de la Société de biologie, 1855, p. 330, et Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. XLII, p. 540 et 1065.
(3) Berchon, Comptes rendus des séances de la Société de biologie, 1861.
(4) Med. Times, 1863.
chides examinés par ce chirurgien, avaient tous du sperme dépourvu de spermatozoïdes.
Cette opinion semble prévaloir maintenant; mais elle a été combattue à diverses reprises par Rougemont (1), par Debout, par Michon (2), qui s’appuyait sur des cas de cryptorchidie chez les animaux sans stérilité consécutive, par Taylor (3). Elle se trouve en opposition avec des observations dues à Poland,Cock, Durham, Puech (4). Malheureusement il manque k tous ces exemples le contrôle de l’examen du sperme, et cette raison peut suffire pour les faire récuser. Il n’en est pas de même d’un fait remarquable que j’ai trouvé dans les Archives de Virchow; il mérite d’être inséré en entier (5).
Cas de cryptorchidie double , par le docteur Beigel ( Archives de Virchow, 38e vol., p. 1W).
J. S... , de Francfort, âgé de vingt-deux ans, négociant, venu pour me consulter 5 propos d’une autre affection, inc fit voir ses organes génitaux qui présentaient l’état suivant : Le pénis est bien développé et offre une longueur fort convenable. Les bourses forment à peine un petit sac rudimentaire et vide. De chaque côté, le canal inguinal présente une tumeur prononcée, oblongue, de forme herniaire et plus volumineuse à droite qu’à gauche. Des deux côtés, la palpation permet parfaitement de sentir les testicules ; le testicule gauche, quoique un peu plus petit que le testicule droit, est parfaitement accessible.
Cette anomalie ne cause aucun inconvénient au malade ; ainsi, le coït chez lui est vigoureux et répété; l’éjaculation du sperme est normale ; lorsque le sujet reste quelque temps sans se livrer au coït, il a des pollutions nocturnes.
(1) Rougemont, Note au Traité des hernies deRichler,
(2) Bulletins de la Société de chirurgie, 1852, p. 95.
(3) Taylor, Médecine légale, 1861.
(4) Puech, Gazette hebdomadaire, 1856.
(5) Beigel, Archives de Virchow, v. XXXVIII, p. 144.
Ayant étalé sur un verre de montre une petite quantité de liqueur spermatique que l’on m’avait apportée, le microscope y fit voir un très-grand nombre de spermatozoaires normaux.
Comment nier même l’exception, quand elle se présente avec de pareilles garanties ? et n’y a-t-il pas dans ce fait de quoi modifier un peu l’opinion admise généralement? Oui, sans doute, mais il reste vrai quo dans la grande majorité des cas les cryptorchides sont stériles.
Un autre exemple doit être rapproché de celui-là. AI. Valette, de Lyon, dit avoir trouvé des spermatozoïdes dans le canal déférent d’un testicule arrêté dans l’aine. (Voy. p. 144.)
On a quelque peine à comprendre pourquoi un organe qui est sain le plus souvent, qui n’est qu’un peu diminué de volume, ne fonctionne pas régulièrement? Cela tient évidemment aux conditions anormales où il se trouve et à l’anémie qui en résulte, mais celle-ci ne se comprend guère mieux que le trouble de fonction qui en dépend. Faut-il attribuer à l’absence des secousses que pendant le coït le crémaster imprime au testicule, lorsque celui-ci est dans le scrotum ? ou à la compression continue exercée par la paroi abdominale? L’organe situé dans l’abdomen échappe à cette dernière explication, et la première est infirmée par ce fait que la sécrétion spermatique, bien que plus énergique pendant le coït ou tout de suite avant, a lieu également en dehors de ce moment. L’explication réelle est donc encore à trouver.
Godard est évidemment tombé dans l’exagération en disant que tous les cryptorchides ont le teint pâle, les cheveux souvent blonds, qu’ils n’ont de poils qu’au pubis, que leur barbe est clair-semée, leurs forces physiques moindres; qu’ils ont la voix faible, l’ intelligence peu développée, le caractère timide, qu’en un mot ils se rappro-
chent beaucoup du type de l’eunuque. Plusieurs observations donnent un démenti à cette conclusion (1). M. Liégeois raconte un fait intéressant à cet égard (2). 11 s’agit d’un homme qui possédait tous les attributs de la force physique et se livrait avec ardeur à la chasse et aux travaux des champs; son intelligence et son caractère ne laissaient rien à désirer, et pourtant son sperme ne renfermait pas un seul spermatozoïde.
Entre cet homme et le type de Godard, il y a des degrés intermédiaires.
Un article de la Gazette médicale de 1836, de M. Bédor, appelait l’attention des médecins sur les cas de gynécomastie ou mamelles féminines chez l’homme, coïncidant parfois avec des vices de conformation des organes génitaux. L’observation suivante, que je dois à l’obligeance de M. Maurice Laugier, en est un exemple curieux :
Monorchidie. — Hypertrophie mammaire.
Le nommé N...., âgé de vingt-six ans, commissionnaire, entre le 30 mars 1863 dans le service de M. le professeur Laugier, à la salle Sainte-Marthe de l’Hôtel-Dieu. C’est un homme vigoureusement constitué.
La mamelle du côté gauche a acquis peu à peu un volume remarquable ; en même temps elle est devenue un peu douloureuse, et le malade y ressent des élancements et des picotements. La mamelle a tous les caractères d’une mamelle de femme, comme aspect et comme volume, et quand on vient à presser le mamelon entre les doigts, on en fait sortir quelques gouttes d’un liquide séreux.
Quelques jours après l’entrée du malade, on constata qu’il était monorchide, et que c’était précisément le testicule du côté gauche, c’est-à-dire du même côté que l’hypertrophie mammaire, qui n’était pas descendu.
(1) Voyez Curling, loc. cit.
(2) Liégeois, Traité de physiologie, t. I, p. 172.
Pour terminer ce chapitre, il me reste à dire quelques mots des anomalies caractérisées par la séparation du testicule et de ses annexes. On peut dire d’une manière générale que, quelle qfle soit l’anomalie observée, le sperme sera infécond; et si le canal déférent et le testicule étaient tous deux dans le scrotum (1), disposition qui n’a jamais été observée des deux côtés à la fois, le sujet se trouverait ramené aux conditions d’un homme qui a une oblitération pathologique de l’épididyme, ou des chiens auxquels A. Cooper, MM. Curling et Gosselin, ont pratiqué l’ablation partielle du canal déférent. Le testicule continue à produire des spermatozoïdes, l’organisme ne subit
aucune modification de cette mutilation : mais la fécon-
dité est à jamais abolie. «•