VAGINALE
§ I. — Hydrocèle congénitale et enkystée.
On a observé, en même temps que l’ectopie du testicule, les deux variétés connues d’hydrocèle de la tunique vaginale. Dans la première, l’épanchement séreux peut refluer dans 1’aCbdomen par le conduit vagiuo-péritonéal non oblitéré; on la nomme congénitale pour rappeler qu’elle emprunte son principal caractère à une disposition liée au développement de la séreuse. Dans la seconde, le liquide est enfermé dans la tunique vaginale complètement séparée du péritoine. Quand le testicule est retenu dans l’aine ou même dans l’abdomen au voisinage de l’anneau interne, on peut encore voir se former les deux espèces de collections liquides; mais comme la communication entre les deux séreuses persiste plus longtemps que dans le cas de migration normale du testicule, l’hydrocèle congéniale peut se développer dans l’aine à un âge quelconque, tandis que dans le scrotum elle ne se rencontre guère que chez lés jeunes enfants.
Il est remarquable que presque toujours, lorsqu’il y a inclusion inguinale, la séreuse repoussée par le liquide se dilate au-dessous du testicule et sorte du canal inguinal. M. Chassaignac (1) l’a même vue descendre jusqu’au fond du scrotum, chez un jeune enfant dont le testicule
(I) Chassaignac, Hydrocèle périlonèo-vaginale (Rev. méd.-chir . 1853, t. XIII, p. 133).
droit était encore dans l’abdomen. La môme particularité s’observait dans le cas communiqué par Morel- Lavallée à la Société de chirurgie (1).
Chez un jeune homme affecté d’ectopie sus-inguinale droite, on voyait au-dessous de l’orifice superficiel du canal inguinal une tumeur, qui se réduisait spontanément dans le décubitus dorsal, mais qui, le malade étant debout, descendait- à un travers de doigt au-dessous de l’anneau externe.
Parfois la réduction du liquide est empêchée par la position du testicule; c’est lorsque celui-ci, appliqué sur l’orifice du conduit vagino-péritonéal, faiLvalvule et s’oppose à toute communication entre les deux séreuses. Je connais deux faits qui présentent cette particularité; l’un, cité par M. Duplay (2), a été observé par M. J. Cloquet (â). Le second est celui de Hubbard, que j’ai rapporté plus haut à propos de l’orchite inguinale chronique. Il y a cette grande différence entre les deux, que dans le cas de Cloquet, le testicule ne s’appliquait contre l’orifice qu’après avoir été refoulé en haut par le liquide, lorsqu’en comprimant la poche, on cherchait à en opérer la réduction; tandis que dans l’observation d’Hubbard, on ne s’aperçut de la persistance de la communication que quand, pendant la castration, on eut l’organe sous les yeux. Cette observation est encore très-intéressante, en ce que, indépendamment de la poche qui communiquait avec le péritoine, il en existait une autre au côté externe de la tumeur, tout à fait isolée de la pre-
(1) Morel-Lavallée, Bull, de la Soc. chir., 20 avril 1859.
(2) Duplay, Des colleclions séreuses et hydatiques de l’aine, thèse de Paris, 18G5.
(3) J. Cloquet, Recherches sur les causes et l’anatomie des hernies, thèse de Paris, 1819, p. 97.
miére par des adhérences du feuillet pariétal de la séreuse avec le testicule. C’est donc un cas mixte, remarquable par la réunion de l’hydrocèle congéniale et de l’hydrocèle enkystée.
Cette dernière variété se présente sous deux formes : tantôt toute la tumeur est comprise dans le canal inguinal, tantôt elle forme un bissac, dont la portion déclive est au dehors du canal ; le point rétréci correspond à l’anneau externe. mû. Richet et Denonvilliers ont observe des cas qui se rapportent à la première forme(l). Comme type de la deuxième, je citerai celui qu’a communiqué Jarjavay à la Société de chirurgie. Non-seulement la tumeur était disposée en bissac, mais on remarquait que la portion superficielle, au lieu de descendre vers le scrotum, remontait en haut et en dehors sous les téguments de l’abdomen (2). Cette particularité a été notée par M. Debout, comme propre aux épanchements séreux qui, d’après lui, accompagnent très-souvent les déplacements secondaires du testicule en haut et en dehors, après sa sortie du canal (o). 11 cite à l’appui de sa manière de voir plusieurs observations de M. Wickam, où il est spécifié que le liquide se réduisait en partie dans le canal inguinal. Le môme auteur rapproche de ces faits ceux dont parle Follin comme assez •fréquents; on peut voir au musée Dupuytren un certain nombre de pièces démonstratives déposées par ce chirurgien (h).
Enfin, suivant M. Debout, le meilleur moyen de prévenir la déviation du testicule et, par suite, l’hydropisie de la tunique vaginale, consiste à faire porter un bandage,
(1) Richet, Anal, chirurg ., 2e édit., t. H, p. 629.
(2) Jarjavay, Bull, de la Soc. chirurg., 1853, 24 août.
(3) Debout, Bull, de tliérap., 1864, t. LX.VJ, p. 333.
(4) Follin, Arch. de méd., 1851, t. XXVI, p. 257.
aussitôt que le testicule est sorti de l’anneau. 11 y a lieu de s’étonner qu’un peu plus loin ce chirurgien reconnaisse avecM. Riehet, queles hydrocèles enkystées puissent quelquefois résulter de l’application des bandages.
Dans un cas de Curling (1), la tumeur remontait également en haut et en dehors. Gherini (2) a observé un malade chez lequel la portion extra -inguinale était trèspetite.
On a vu une fois un vaste épanchement de sang, occupant l’épaisseur de la paroi abdominale, coïncider avec une hydrocèle enkystée. Ce cas, qu’on pourrait, à un examen superficiel, prendre pour un exemple d’hématocèle, a été observé'par W. Fergusson (3). En voici la relation :
Kyste hématique de la région inguinale chez un individu dont le testicule n'était pas descendu
La tumeur s’était développée spontanément en apparence; trois ponctions antérieures n’avaient donné issue qu’à une sérosité peu colorée.
La tumeur occupait toute la région inguinale gauche, et s’étendait en haut presque jusqu’à l’ombilic; fortement tendue, elle était fluctuante, et complètement indolente. Une ponction donna issue à un liquide sanguinolent, mais la tumeur ne se vida qu’en partie.
Quinze jours après, une large incision fit sortir d’abord de la sérosité, puis trois pintes environ de caillots sanguins, des masses d» fibrine et de sang coagulé.
Quand le kystejse fut vidé, on vit s’écouler un peu de liquide clair de sa paroi externe ; le doigt, introduit dans l’ouverture d’où il s’écoulait, rencontra le testicule, et derrière lui le péritoine qui le tapissait en arrière, tandis que la tunique vaginale recouvrait sa paroi antérieure. La plaie se réunit après l’évacuation complète du kyste.
(1) Curling, Med. Times and Gaz., avril 1858.
(2) Gherini, Annali nniversali di medicina, 1858.
(3) Fergusson, Med. Times and Gaz., 18G5.
Le diagnostic peut présenter parfois des difficultés sérieuses. Quand le liquide peut se réduire, on est rapidement fixé, mais quand l’hydrocèle est enky^ée et que la poche est très-distendue, on peut fort bien la confondre avec une tumeur solide; dans ce cas, au lieu de fluctuation franche, on a la sensation d’une élasticité particulière, toute différente de la résistance du testicule ou de la consistance pâteuse de l’épiploon.
line fois l’hydrocèle reconnue, il reste à savoir si l’irréductibilité est réelle ou apparente. Je ne connais aucun signe capable de lever les doutes en pareille circonstance. Malheureusement l’erreur dans ce cas a des conséquences •terribles, lorsqu’on ouvre la poche avec le bistouri. Le malade deHubbard eut une péritonite très-grave, dont il finit pourtant par guérir; mais un de ceux de Gherini, opéré par l’incision, succomba à cet accident.
Le traitement de l’hydrocèle réductible doit consister dans l’application d’un bandage, lorsque l’âge du sujet ne permet plus d’espérer la descente du testicule; sinon, il faut se contenter de soutenir le scrotum au moyen d’un petit bandage à pièces molles, et lorsque la migration est achevée, la guérison se fait souvent d’elle-même ou on l’obtient facilement par les moyens employés ordinairement contre l’hydrocèle scrotale.
Si la tumeur est irréductible, le mieux est de faire une ponction évaeuatrice et une injection iodée; pour éviter le passage de celle-ci par le canal séreux, s’il était encore perméable, il serait bon d’exercer une compression sur les limites externes de la tumeur, dans le voisinage de l’anneau profond du canal.
La méthode de l’incision doit être rejetée comme beaucoup plus dangereuse que la ponction, toujours au point de vue de la perméabilité du canal séreux.
§ II. — llématocèle.
Il y a quelques jours, M. Liouville m’a montré une tumeur sanguine trouvée chez un chien, dans le voisinage d’un testicule arrêté dans l’abdomen. L’organe était sain et enveloppé par une masse de caillots consistants, qui paraissait occuper la tunique vaginale. Je ne crois pas qu’on ait jamais rencontré chez l’homme d’hématocèle inguinale.