‹ Des anomalies du testiculeChapitre 6 sur 21 · ANOMALIES DE VOLUME · texte numérisé non relu

ANOMALIES DE VOLUME

§ I. — Anomalies par excès. — Hypertrophie.

Ce genre d’anomalies est un de ceux dont la science possède le moins d’exemples. Le poids moyen du testicule est de 16 grammes suivant Meckel, de 32 grammes suivant Curling; or, il y a des individus dont les glandes

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séminales pèsent davantage ; mais l’écart considérable qui existe entre ces deux moyennes rend très-difficile la détermination de la limite où commence l’hypertrophie. (11 n’est question, bien entendu, que de l’hypertrophie essentielle, indépendant^ de toute altération morbide.) 11 est néanmoins bien certain que chez certains sujets les testicules ont un volume qui peut être considéré comme anormal, et bien que cette particularité ne devienne saillante qu’à la puberté, on peut la considérer comme reliée à une prédisposition originelle et, par suite, comme congénitale.

Velpeau (1) signale vingt cas d’hypertrophie du testicule observés principalement sur des étrangers , Brésiliens, Américains du Sud, Indiens, Égyptiens, dans lesquels l’organe avait atteint des dimensions trois ou quatre lois plus considérables qu’à l’état sain, tout en conservant tous les caractères qu’on peut considérer comme normaux, la forme, la souplesse, l’élasticité, la sensibilité spéciale. Ce genre de gonflement se montrerait le plus souvent des deux côtés; il persisterait indéfiniment sans tendance à la rétrocession, mais aussi sans déterminer le moindre accident. L'âge auquel il apparaît (entre quinze et trente aus) pourra sembler une raison suffisante pour ne pas rapprocher ces faits des difformités congénitales. Vaut il mieux les ranger, avec quelques médecins des pays chauds, dans le groupe des affections éléphantiasiques ou les faire rentrer prudemment dans le cadre un peu élastique des engorgements chroniques du testicule? Les traités spéciaux ou généraux de chirurgie étant muets à cet égard, il m’est impossible de faire à ces questions une réponse satisfaisante.

(1) Dictionnaire en 30 vol., Maladies du testicule, t. XXIX, p. 469.

Les faits les mieux observés et les plus certains sont ceux qui ont été signalés chez des individus dont le second testicule était ou absent, ou atrophié, ou arrêté dans sa migration. Je citerai l’exemple dont parle Curling (1), d’un testicule pesant 70 grammes, provenant d’un jeune homme, chez lequel l’autre glande manquait. Je citerai encore un cas rapporté par M. Gosselin (-2), recueilli chez un homme qui, à gauche, avait un testicule volumineux, et à droite, un épididyme normal surmontant une petite masse de graisse. Gruber (3) a rencontré un cas analogue.

Dans ces conditions, l’hypertrophie est réellement compensatrice : la modification éprouvée par la glande saine est comparable à celle qu’offre le rein chargé seul de la sécrétion urinaire, lorsque son congénère est altéré.

§ II. — Anomalies par défaut. — Atrophie congénitale.

Sous le titre général d’atrophie, Curling décrit des exemples de testicules n’ayant jamais offert des proportions normales el des cas de diminution de volume survenue accidentellement. Il ne peut être question ici que des premiers, parce que seuls ils peuvent se rattacher à une cause afférente au développement. Pour éviter la confusion, j’emploierai de préférence l’expression « arrêt de développement». Chez les vieillards, le testicule subit une atrophie physiologique en rapport avec le ralentissement de ses fonctions (/i), mais ce n’est qu’ après avoir parcouru une longue période d’activité sécrétoire. 11 y a

(1) Curling, loc. cit., p. 4.

(2) Gosselin, Bull, de l’Acad. de méd., t. XVI, 1850.

(3) Gruber, Medicinische Juhrbücher, Wien, Bd. XV, 1868, p. 47.

(4) Dieu, Recherches sur le sperme des vieillards ( Journal de la physiologie de l’homme et des animaux , 1867).

un certain nombre de sujets chez lesquels la puberté n’amène pas dans les organes génitaux cette transformation qui les rend aptes à remplir leur rôle. Ce fait s’observe dans des circonstances bien différentes, selon que les deux glandes occupent leur situation normale dans les bourses, ou que leur migration a été incomplète. Si l’arrêt de développement porte sur un testicule arrêté dans un point de son parcours, il rentre dans les altérations que nous étudierons plus tard à propos de la cryptorchidie; si, au contraire, une des glandes séminales n’ayant pas complété sa descente, l’autre, située dans le scrotum, conserve toute la vie des proportions inférieures au volume normal, on ne peut nier qu'elle soit atteinte d’un arrêt de développement. Godard (1), M. Mercier (2), rapportent des exemples de cette variété.

Au contraire, les cas où les testicules, tous deux atrophiés, sont dans les bourses, se présentent bien moins souvent que la migration imparfaite, sans être pour cela absolument rares. On en doit la connaissance à Wilson (3), à Lallemand (ù), à Curling (5); un fait cité par ce dernier prouve qu’il peut y avoir une relation évidente entre cette anomalieetl’idiotie(6), demêmequel’atrophieaccidentelle est quelquefois la conséquence de violences extérieures intéressant la tête. Sous le titre d’atrophie des deux testicules, probablement congénitale, MM. Legendre et Baslien ont donné la description d’un fait où l’on retrouve

(1) Godard, Études sur la monorchidie et la cryptorchidie ( Mémoires de la Société de biologie , 1856, p. 108).

(2) Mercier, Société médico-pratique de Paris, janvier 1862.

(3) Wilson, Lectures on lhe structure and physiology of the male and gen1 2 3 4 5 6 tal Organs. London, 1821, p. 424.

(4) Lallemand, Des perles séminales involontaires, t. II, p. 380.

(5) Curling, loc. cit., p. 66.

(6) Baillarger, Bullet, de l’Ac. de tncrf., séancesdes 11 et 18 février 1851.

certains caractères de l’arrêt de développement, mais coïncidant avec des particularités qui le rapprochent plutôt desmigrations imparfaites (1). 11 s’agitd’un homme de cinquante ans, dont les testicules, bien qu’entièrement sortis du canal inguinal, étaient restés très-haut, près de la racine de la verge; ils avaient le volume d’un haricot. L’épididyme était presque aussi gros que le reste de la glande. Le scrotum était lisse, sans rides, très-petit ; la verge normale. Lasubstance glandulaire présentait, comme altérations, des plaques jaunes et rouges disséminées; les tubes, dont l’épithélium 11’était plus distinct, étaient remplis de granulations graisseuses. Ces lésions étaient-elles primitives ou consécutives à une migration difficile? Pour trancher la question, il faudrait savoir si le sujet portait les testicules à l’extérieur depuis sa naissance, ou s’ils étaient apparus plus tard ; ce point n’a pu être éclairci, cet homme n’ayant pas été observé de son vivant.

J’ajoute à ces différents cas, aujourd’hui bien connus, une observation que je dois à l’obligeance de M. Paul Hybord, interne des hôpitaux.

Atrophie congénitale du testicule.

M. Paul, âgé de vingt ans, garçon coiffeur, entre le 30 avril 1869, à l’hôpital de la Pitié, dans le service de M. Broca (salle Saint-Louis, n° 26), pour une tumeur blanche au genou.

Quoique d’une constitution évidemment lymphatique, ce garçon ne présente cependant pas une apparence trop chétive ; ses traits sont assez mâles, ses chairs assez fermes, toutefois quelques poils follets lui recouvrent seulement le menton. Sa voix est normale et aussi forte que chez la moyenne des individus de son âge.

Quelques poils assez développés se voient au pénil, mais le scrotum en est complètement dépourvu. La verge est petite, delà grosseur environ de celle d’un enfant de quatorze à quinze ans. Les bourses sont peu volumineuses, lisses. Quant on vient à les prendre entre les

(1) Legendre et Bastien, Gazette médicale, 1859

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doigts pour examiner les testicules, on reconnaît que ces glandes sont à peine développées et du volume environ d’une aveline. Elles ont toujours été telles qu’on les sent aujourd’hui.

Interrogé au point de vue de la fonction spermatique, ce garçon répond qu’il a des érections assez fréquentes et des appétits vénériens qui se développent facilement à la vue des femmes ou à la pensée de choses plus ou moins lubriques.

Depuis trois ans, déjà, il voit des femmes, assez souvent même; il a, dit-il, des érections faciles suivies d’éjaculation.

L’observation n’a malheureusement pu être complétée par l’examen du sperme, de sorte qu’il est difficile d’ajouter foi aux assertions du sujet, relativement au fonctionnement de ses organes.

On doit à M. Rizet un fait intéressant assez analogue au précédent (1).

Atrophie congénitale des deux testicules et de la verge.

Le nommé Gaudois, sapeur-conducteur au 2e régiment du génie, se présente à notre visite le 10 mai 1862.

Agé de vingt-trois ans, taille l,n,82, blond, lymphatique, aux chairs flasques et assez molles, sans barbe ni moustaches.

Verge petite sans consistance, de h centimètres de long sur 8 millimètres de diamètre, semblable en tous points à celle d’un jeune garçon d’un an.

Peau des bourses d’un blanc mat, flasque, sans poils, raphé médian, à peine dessiné par une traînée blanchâtre.

Les deux testicules assez bas placés sont de même volume et situés ii la même hauteur; ils ont 12 millimètres de long sur 9 de haut. Ils offrent assez de résistance aux doigts qui les pressent, les canaux déférents sont relativement plus développés qu’à l’état normal. La voix est forte et vibrante, elle se rapproche de la voix de ténor ; la chevelure de cet homme est bien fournie, les seins ne sont pas développés et le reste de l’économie n'offre aucune particularité. Ce soldat, d’un caractère assez gai, calme et très-doux, vit en bonne intelligence avec ses camarades; dans ses moments de loisir, il se livre de préférence à

(1) Rizet, Recueil de médecine et de ehirur. milit., 1802.

des ouvrages à l’aiguille. Ainsi il se plaît à raccommoder le linge et les gants de ses compagnons de chambre ; assez casanier, il évite toutes les occasions de débauche auxquelles le convient quelquefois ses amis.

Il prétend pouvoir se livrer au coït, mais sa conduite fait douter de sa véracité.

Gaudois nous a affirmé que toujours il avait eu les organes de la génération dans le même état et qu’il était bien sûr que dans son enfance les testicules n’étaient pas restés derrière les anneaux.

Aucune trace de cicatrice au scrotum.

L’état des organes génitaux externes est généralement en rapport avec le volume des testicules ; la verge est petite, sauf dans le cas de Bastien et Legendre; le scrotum est très-peu développé, souvent sans rides. Quant aux glandes, leurs dimensions ne dépassent guère celles d’une noisette ; mais leur tissu est généralement intact, ce qui semble indiquer que leur atrophie apparente est due en réalité à la persistance d’un état normal chez l’enfant. Il faut môme avouer que, sous ce rapport, il est difficile de l'attribuer à une prédisposition congénitale; mais elle n’en constitue pas moins un arrêt de développement, puisque le testicule ne peut être considéré comme un organe complet, que quand il a donné naissance à des spermatozoïdes.

Cette manière de voir est confirmée par une particularité offerte par le sujet de Wilson ; ses organes, restés dans une inertie absolue jusqu’à l’âge de vingt-six ans, se réveillèrent tout à coup, lorsque la vue fréquente de sa fiancée eut fait naître chez lui des désirs vénériens, chose tout à fait nouvelle pour lui. La verge et les testicules, gros jusque-là comme ceux d’un enfant de huit ans, acquirent en deux ans des proportions normales.

On ne peut rattacher cette anomalie à aucune cause

plausible ; mieux vaut donc nous en tenir à cet aveu, que cl^ercher dans une hypothèse l’explication qui nous échappe.

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