ANOMALIES DE NOMBRE
§ I. — Anomalies par excès. — Testicules surnuméraires.
De tous les exemples publiés jusqu’ici, il n’y en a qu’un qui se présente avec des conditions d’authenticité suffisantes : c’est celui dont parle Gérard Blasius, et que rapportent tous les auteurs.
Un homme de trente ans avait à droite deux testicules en tout semblables à celui de gauche ; une artère provenant de l’aorte se rendait à chacun d’eux ; une veine partant de chacun d’eux se dirigeait vers la veine cave (1). L’autopsie seule peut trancher d’une façon irrécusable une question aussi délicate que le diagnostic d’un testicule surnuméraire supposé, avec une tumeur kystique du cordon ; aussi ne peut-on qu’avec peine ajouter foi aux observations un peu fabuleuses de Schaarf (2) et de Blégny (3), dont les sujets avaient été généreusement pourvus par la nature : le premier, connu sous l’épithète de mviiopy^oq, avait cinq testicules ; le second, quatre. N’estil pas certain que ce sont simplement deux exemples de ces kystes en chapelet qui s’échelonnent parfois tout le
(1) Gérard Blasius, Observât, med. An., obs. 20, p. 28.
(2) Schaarf, Éphémérides des curieux de la nature, déc., 111, Ann. V, VI, obs. 89, p. 175.
(3) Voyez Arnaud, Zodiaque français, ami. IL
long du cordon ? Curling (1) constata nettement de la transparence dans une tumeur de cette nature susceptible par sa position de donner le change. M. Cruveilhier est resté dans le doute devant un enfant soumis à son observation (2). Peut-être peut-on accorder une certaine confiance à deux cas publiés assez récemment : l’un d’eux est dû à Blümener (3) ; l’autre, relaté par Macann et Prankerd (4), se présente avec une précision de diagnostic qui dispose en sa faveur.
Un homme de vingt ans portait dans la partie droite du scrotum deux corps de même volume, de même forme, également sensibles à la pression. On sentait distinctement à travers la peau qufe le canal déférent, unique au haut du cordon, se bifurquait, et fournissait une branche à chaque testicule.
Sinibaldi, entre autres, a rapporté des exemples de triorchidie.
Le seul signe sur lequel on puisse compter pour ce diagnostic (sauf la transparence), la sensation spéciale causée par la compression du testicule, n’est pas d’une valeur absolue ; il suffit que la production nouvelle soit en connexion intime avec le plexus spermatique, pour que cette sorte d’exploration cause des douleurs. D’ailleurs il faut bien reconnaître que, vu l’extrême rareté de cette anomalie, ce n’est pas un bien grand malheur que le diagnostic en soit difficile.
(1) Curling, loc. cit., p. 3.
(2) Cruveilhier, Anatomie descriptive, t. 11, p. 358, 4e éd.
(3) Blümener, Rusl's Magasin fiir die gesammte Heilkunde . Berlin, 1824.
(4) Notes de la Gazette médicale , 1863
§ II. — Anomalies de nombre par défaut. ■— Anofciiidie,
L’absence de l’un des testicules ou des deux est une des anomalies qui ont eu le plus de peine à se faire accepter parmi les faits avérés. Mise en doute paris. Geoffroy Saint- Hilaire qui en conçoit cependant la possibilité (1), niée d’une façon à peu près absolue par Blandin (2), par Velpeau, sauf un cas que rapporte chacun de ces auteurs, elle s’est définitivement introduite dans la science, grâce à un nombre considérable de faits qui se sont succédé dans une période de temps assez courte. Il serait aussi fastidieux qu’inutile de donner ici le relevé complet de toutes les observations qui en prouvent la réalité. Mon but doit être d’en présenter un résumé succinct, d’en apprécier la valeur, de contrôler les conclusions qu’en ont tirées les auteurs, et non de répéter fidèlement ce qui se trouve partout. Je serais amené malgré moi, en agissant autrement, à faire des emprunts par trop étendus aux travaux originaux publiés sur ce sujet; je me contenterai de renvoyer le lecteur à la thèse inaugurale d’Ernest Godard (3) , et à un très-bon travail publié récemment en Allemagne par Wenzel Gruber, professeur d’anatomie pratique à l’Académie médico-chirurgicale de Saint-Pétersbourg (4). Le sens critique de l’auteur s’y révèle par une division entre les faits certains et les douteux, mais il n’ajoute au travail de Godard, dont il s’est beaucoup inspiré, que
(1) ls. Geoffroy Saint-Hilaire, Traité de tératologie, t. I, p. 708.
(2) Blandin, Anatomie topographique, 2° éd., p. 452. Paris, 1834.
(3) E. Godard, Études sur l’absence congénitale du testicule. Thèse. Paris, 1858. — Hecherches tératologiques sur l’appareil séminal de l’homme. Victor Masson, Paris, 1860.
(4) Medizinische Jahrbücher, Bd. XV. Wien, 1868, p. 37.
deux observations personnelles, dont l’une avec ectopie et l’autre sans ectopie. J’ajouterai de mon côté à cette liste déjà longue une observation de Münchrneyer (1), datant de 1868, d’absence congénitale de l’épididy me et du canal déférent, dont je reparlerai plus tard à l’occasion des autres faits de ce genre déjà connus.
Les matériaux ne manquent donc pas sur cette question, bien que le vice de conformation dont il s’agit soit en somme d’une grande rareté.
L’absence congénitale des glandes séminales est désignée aujourd’hui sous le nom d 'anorchidie, qui s’explique de lui-même; il suffit de lui ajouter l’épithète simple ou double, pour qu’on sache si le défaut de formation a porté sur les deux côtés ou sur un seul.
Pendant la longue période écoulée depuis le jour où Nicolas Massa fit connaître le cas observé par lui (2), les ouvrages généraux et recueils scientifiques de toute sorte n’en renferment que trente et un, dont vingt-trois pour banorchidie simple; ce chiffre confirme ce que je disais plus haut de la rareté de cette anomalie (il s’agit des cas non douteux). Le plus souvent d’ailleurs elle n’est accompagnée d’aucun autre vice de conformation portant sur d’autres points de l’organisme. Kretschmar a vu chez un enfant coïncider un anus contre nature, ouvert dans l’urèthre, avec ryje anorchidie double (3). Il y a pourtant une exception à établir pour l’appareil urinaire qui, dans quelques cas, s’est montré incomplet, en même temps que le testicule ou une de ses
(1) Zeitschrift für rationnelle Medicin. Drille Reihe, Band XXIII, 3 Heft, p. 207.
(2) Thurnam, London Med. Gaz., vol. XX, p. 717.
(3) Nie. Massa, Analomiœ liber inlroductorius, Venetiis, 1559, \ p. 36 b.
parties constituantes faisait défaut. Les observations suivantes en font foi. Thurnam, en 1836 (1), fit l’autopsie d’un enfant de quatre mois atteint d’une atrophie du rein droit, et « d’un vice de conformation remarquable des uretères (2) » , en même temps que d’une anorchidie unilatérale, qui portait sur le testicule gauche ; celui de droite était atrophié et situé dans l’abdomen.
Godard (3) a rencontré, chez un homme de cinquantedeux ans, une anorchidie compliquée de l’absence du rein du même côté. Pour Gruber(/i), il s’agissait plutôt d’un rein unique par fusion des deux organes, occupant la partie gauche du bassin; Friese (5) rappelle le cas d’un enfant mort une demi-heure après sa naissance, et qui, outre une double anorchidie, offrait, entre autres vices de conformation siégeant en dehors du système uro-génital, une absence complète des organes externes, y compris une partie de l’urèthre; il n’est rien dit des reins. Ces quelques exemples, bien que très-rares, confirment l’opinion des physiologistes sur l'étroite solidarité des deux appareils voisins. Kuppfer, dans un travail récent, a fait, sur cette question de développement, quelques recherches intéressantes que je crois bon de rapporter.
Chez les moulons et les poules sur lesquels il fit ses recherches, Kupffer (6) constata ce qui était prouvé depuis longtemps pour les amphibies. Le système urinaire serait cl’obord constitué par un cul-desac partant de la partie postérieure du corps de WollT : ce cul-de-sac
(1) Kretschmar Archiv fur Medicine Erfahrung, von E. Horn, Bd. I. Leipzig, 1801, S. 349.
(2) Curling, Ouvrage cité, p. 5.
(3) Godard, thèse citée.
(4) Gruber, mémoire cité, p. 41.
(5) Friese, Casper’s Wochenschrift.
(6) A. Kupfler, Enlwickelung des Ilarn-und Geschlechtssystcms lei Schaafeund Hühnchen. [M. Schuhe's Arch. f. mikr. Anal., Bd. 1, 1865.
s’accroîtrait en longueur d’abord, puis son extrémité se renflerait en une espèce de sac qui deviendrait plus tard le bassinet. Autour de cette ampoule se grouperait la substance fondamentale du rein sous la forme d’une masse celluleuse présentant une triple stratification concentrique. De là, formation des premiers tubes urinifères. Car, tandis que le bassinet envoie de nouveaux prolongements tabulés qui vont former les calices, les cellules de la couche interne, précédemment décrite, se rangent en séries qui bientôt décrivent des circonvolutions, entrent en rapport avec les calices, et se creusent d’une cavité centrale. Quant à la séparation de l’uretère d’avec le canal de 'NVolIT (C. déférent), elle se fait de telle sorte que le premier qui d’abord s’abouchait à la paroi postérieure du second, par suite d’un changement de position, s’abouche peu à peu à sa paroi latérale puis antérieure; dans ce dernier stade, l’uretère est situé juste entre le sinus urogénital et le canal de Wolff, et tandis que sa communication avec le second s’oblitère, celle avec le premier s’effectue.
Ceci posé, il est facile de concevoir comment s’est produit l’arrêt de développement dont nous venons de ci 1er l’observation. Un trouble de la nutrition ayant altéré et fait disparaître le corps de Wolff et ses dépendances, le développement ultérieur de l’appareil sécrétoire du rein, de l’uretère, du canal déférent et de l’épididyme qui en tirent leur origine, ont été rendus impossibles, tandis que la vessie, de même que le testicule, dont le développement est complètement indépendant de cet organe, a suivi son évolution normale.
Du reste, il serait aussi fort simple d’expliquer la formation de ces uretères terminés en cul-de-sac et décrits par Is. Geoffroy ; dans ces cas, au moment où l’uretère se trouve entre le sinus urogénital et le canal de Wolff, sa communication avec celui-ci s’oblitérerait, et il ne se mettrait pas en rapport avec le second (1).
Après ces considérations générales, qui s’appliquent à l’anorchidie simple et double, nous pouvons entrer dans l’étude isolée de chacune de ces variétés.
A. Anorchidie simple . — D’après les relevés de Gruber, elle serait un peu plus fréquente à gauche qu’à droite;
(1) Münchmcyer, loc. cit.
mais les chiffres sur lesquels s’appuie cette conclusion ne sont pas assez élevés pour avoir une véritable valeur; il faut pourtant remarquer que ce résultat est en accord avec ce que l’on sait des vices de conformation en général; le côté gauche en présente plus souvent que le droit.
L’état des organes génitaux externes varie beaucoup ; mais comme il est généralement en rapport avec la disparition plus ou moins complète du testicule et de son canal excréteur, je commencerai par étudier les modifications que cette anomalie apporte dans l’appareil séminal.
Elle porte tantôt sur le testicule seul, non compris l’épididyme, tantôt sur la glande proprement dite et l’épididyme. Si je m’en tenais rigoureusement au titre de ma thèse, je m’arrêterais là et ne dirais rien de ce qui est relatif à l’absence du canal déférent et de la vésicule séminale du même côté que l’anomalie ; mais il me paraît difficile de négliger entièrement cette partie du sujet; elle se rattache à la première d’une façon tout à fait directe.
Follin (1), M. Legendre (2), ont constaté l’absence du . testicule seul, sans l’épididyme. Le cas de Follin, envisagé par lui tantôt comme un exemple de développement incomplet, tantôt comme un cas d’atrophie de la glande, est considéré par Jarjavay (3) et Godard (à) comme une anorchidie unilatérale portant sur le testicule seul. 11 y avait dans le scrotum une petite masse qu’on put injecter en partie, et pourtant on la trouva constituée presque entièrement de graisse et de tissu conjonctif; c’est donc en
(1) Follin, Études sur les anomalies de position et les atrophies du testicule ( Archives de médecine , 1851, p. 279).
(2) E. Q. Legendre, Gazette médicale de Paris, 1859.
(3) Jarjavay, Traité d’anatomie chirurgicale, t. I, p. 280.
(û) Ern. Godard, op.cit., p. 20.
réalité un fait d’une interprétation douteuse. Celui de M. Legendre est beaucoup plus net ; il s’était présenté chez un enfant de trois mois. L’épididyme n’existait que sous forme d’un petit corps qui le rappelait bien vaguement. La môme disposition fut observée par Godard et M. Gosselin (1); l’épididymeet le canal déférent se montraient alors un peu atrophiés, bien que perméables aux injections.
Bien plus souvent, l’épididyme fait défaut en môme temps que le testicule, comme le prouvent les observations de Deville (2), de Thurnam (3), de Graaf (h) et quelques autres.
MM. Bastien et Legendre (5), M. Cruveilhier (6), Paget(7), Ripault (8), ont vu manquer, en même temps que le testicule et lepididyme, la portion scrotale du canal déférent; enfin, dans un nombre assez considérable de faits, l’anomalie porte sur toute l’étendue du système excréteur, y compris la vésicule séminale; ses parties constituantes sont ou atrophiées ou absolument absentes. Les principales de ces observations ont été fournies par M. Cruveilhier (9), Denonvilliers (10), Blandin (11), Vel-
(1) Gosselin, A rrét de développement d’un testicule (Bull, de l’Acad. de méd., t. XVI, 1850).
(2) Deville, Bulletins delà Société anatomique, 1848, p. 32.
(3) Thurnam, loo, cil.
#(i) De Graaf, Traclalus de virorum organis generalioni inservientibus. Lugdun. Batav., 1668.
(5) Bastien et Legendre, Gazette médicale de Paris , 1860.
(6) Cruveilhier, Essai sur l’an. path. Paris, 1816, t. II, p. 402. — Traité d’anatomie pathologique générale. Paris, 1856, t. III, p. 243.
(7) Paget, London Med. Gaz., vol. XXVIII.
(8) Bipault, Bulletins de la Société anatomique, 1849, p. 221.
(9) Cruveilhier, loc. cit.
(10) Denonvilliers, in Godard. Thèse. Paris, 1858, p. 59.
(11) Blandin, Anatomie topographique, 2e édit. Paris, 1834.
peau (1) , Terreux (2) , Godard. Le cas suivant, dû à Gruber (3), est un exemple d’anorchidie avec absence de la moitié initiale du canal déférent (portion inguinoscrotale) :
Anorchie avec absence de la moitié initiale du canal défèrent du côté droit , observée, en janvier 1867, sur le cadavre d’un homme d’âge moyen et de taille moyenne, dont le reste du corps était bien conformé. — A la région pubienne, le mont de Vénus est plus proéminent à gauche qu’à droite, le pénis est conformé normalement, le scrotum , sansraphé, pend à gauche sous le pénis. Le scrotum est long de trois pouces de Paris et épais d’un pouce trois quarts. Il se compose des couches connues, mais ne forme qu’un sac. Il reçoit ses artères et ses veines des vaisseaux connus, mais plutôt, d’après les apparences, de ceux du côté gauche. Ses nerfs ne venaient que de ceux du côté gauche. Le nerf gauche du périnée est plus gros que celui de droite ; le premier fournit les nerfs scrotaux postérieurs, le dernier se termine par des rameaux dans la peau du côté droit du pénis. On ne peut découvrir aucune cicatrice à la peau du scrotum. 11 ne s’y trouve que le testicule gauche et son cordon spermatique ; on ne peut découvrir aucune trace du testicule droit et du canal défèrent. La région pubienne est garnie de poils comme d’ordinaire.
Je ne puis reproduire dans son intégrité ce morceau important ; je signalerai comme particularité intéressante une étroitesse considérable du canal inguinal droit, qui ne contenait qu’un peu de graisse et de tissu conjonctif et des vaisseaux. Dans la cavité abdominale et le bassin, il n’y avait pas plus de traces du testicule et du
(1) Velpeau, Analomie chirurgie., 3e édit. Paris, 1837, p. 192.
(2) Terreux, in Velpeau, op. cil., p. 249.
(3) Wenzel Gruber, Medizinische Jahrbüchcr . Wien, 18G8, Band XV, p. 42.
canal déférent (sauf la partie terminale) que dans les points sus-indiqués.
« Du canal déférent droit, il n’existe que la portion pelvienne longue de six pouces et demi Son extré-
mité située vers la fossette inguinale externe du péritoine se résout tout à coup en un faisceau divergent de filaments de tissu conjonctif Il est creux jusqu’à
son extrémité La vésicule séminale droite a un
pouce et demi de long, celle de gauche deux pouces dix lignes Elle est moins remplie que celle de gau-
che. La sérosité qu’elle renferme a une couleur plus jaune
et une plus grande fluidité Aucun spermatozoïde
ne s’y voit. »
J’arrête là ces extraits. Ce qui est relatif à la vésicule séminale confirme pleinement les observations de Godard. D’après cet auteur, lorsque la portion pelvienne des canaux déférents fait défaut, la vésicule séminale manque; lorsque au contraire l’anomalie ne porte que sur la portion inguino-scrolale du conduit, la vésicule existe en même temps que la portion pelvienne (1). Les cas d’absence congénitale des vésicules séminales rapportés dans le même ouvrage, s’étaient montrés indépendamment de toute autre lésion de l’appareil génital.
L’épididyme faisant partie du testicule, nous pouvons placer ici ces exemples curieux d’absence plus ou moins complète de cette portion de la glande, la portion sécrétante étant tout à fait normale.
John limiter (2) a constaté sur un sujet dont il pratiqua l’autopsie, que l’épididyme manquait d’un côté sur une
(!) Godard, Recherches tératologiques sur l’appareil séminal de l’homme. Paris, 1860, p. 91.
(2) J. Huntcr, Works. Edilcd by Palmer. London, 1837, vol. IV, p. 23. — Œuvres complètes traduites par G. Richelot. Paris, 1841, t. IV, p. 86.
longueur de près d’un pouce ; des deux côtés, le canal déférent ne se continuait pas avec le testicule. Brugnone (1) rappelle un fait analogue; l’épididyme manquait en partie d’un côté, avec une certaine longueur de canal déférent. Godard (2) rapporte que chez un sujet tout le système excréteur (vésicule séminale, canal déférent, épididyme) faisait défaut. Dans ces trois cas le testicule était parfaitement sain.
J’y puis ajouter une observation de Münchmeyer publiée récemment (3).
C’est une pièce prise sur un jeune garçon de douze ans, du reste bien conformé.
Tandis que, chez ce sujet, le côté droit ne présentait point d’anomalie, à gauche on ne trouvait aucune trace du rein, de l’uretcre, de la vésicule séminale et du conduit éjaculateur ; l’épididyme était représenté par un tissu rare et d’apparence lobulée. Du reste, les deux capsules surrénales existaient. Le rein droit était le siège d’une hypertrophie compensatrice qui en augmentait notablement les dimensions; mais le trigoue de la vessie était symétrique, parfaitement régulier, quoiqu’on ne pût y découvrir l’orilice de ruretère gauche qui manquait. Pour rechercher les vestiges de la vésicule et du conduit éjaculaleur gauches, quelques coupes furent faites au travers de la prostate, mais en vain.
L’absence totale de la vésicule et du conduit éjaculateur du côté gauche eût pu faire présumer l’abseuce du canal déférent correspondant : à première vue, il semblait qu’il n’en fût rien, car du tissu lobulé qui représentait l’épididyme parlait un fort cordon d’apparence libreuse, accompagné par la tunique vaginale, et que l’ou pouvait prendre pour le canal déférent. La dissection fit voir que ce faisceau était formé d’un tissu lâche que l’on pouvait poursuivre jusqu’à la partie postérieure de la vessie où il se perdait dans du tissu cellulaire ; elle permit d’y retrouver les éléments constitutifs d’artères, de veines,
(1) Brugnone, Observations sur les vésicules séminales (Mémoires de l' Académie des sciences de Turin, années 1786-1787, Turin, 1788, p. 625).
(2) Godard, Recherches lèralologiques, p. 87.
(3) Münchmeyer, Zeitschrift fur rationnelle Medicin, XX.1I l Band, 1868
de nerfs, mais pas traces du canal déférent. On peut ici rappeler que l'artère spermatique gauche manquait absolument, et que les quelques artères qu’on a pu suivre sur la pièce venaient probablement de la spermatique externe.
Dans la masse lobulée que nous avons vue représenter l’épididyme, on peut distinguer trois parties. La première, et la plus volumineuse, simule la tète de l’épididyme ; elle enveloppe l’extrémité supérieure du testicule. Les trois lobules qui la composent et qui, imbriqués et séparés par la séreuse qui pénètre dans les sillons laissés entre eux, sont recouverts eux-mêmes par un quatrième lobule situé sur le côté du testicule; chacun de ces lobules a é-5 millimètres de large, 5 d’épaisseur, leur ensemble forme un organe de \l\ mil-
limètres de longueur ; à l’un d’eux est comme pendue l’hydalide, haute de 5 millimètres.
Du lobule supérieur de cette masse part un prolongement qui, longeant le bord postérieur du testicule, représente le corps de l’épididyrae et va se terminer à sa queue qui coiffe son extrémité inférieure. Telles sont les deuxième et troisième parties de cet organe singulier dont la texture consistait en graisse, en éléments du tissu conjonctif et en quelques vaisseaux. Seul, le lobule supérieur présentait un canal dont la structure n’était pas celle d’un vaisseau sanguin; il était en effet revêtu d’un épithélium polygonal pavimenleux et non de cellules cylindriques, comme celles qui tapissent la tunique interne des veines et des artères.
Le testicule, comparé avec celui d’un enfant de huit ans, présentait une texture normale.
Étal (lu scrotum et de la verge. — Le défaut de symétrie du scrotum est ce qui frappe tout d’abord dans l’anorchidie unilatérale; celui-ci forme au-dessous de la verge une poche unique enveloppant le testicule. Le scrotum manque d’autant plus du côté de l’organe absent, que le canal excréteur fait défaut dans une plus grande longueur^ si bien que, dans les cas où le testicule seul est absent, la difformité est en somme peù apparente. Chez le sujet dePaget, le raphé n’existait pas.
L’étude de l’anatomie chirurgicale de la région ainsi
modifiée a été faite avec soin par Godard. Quand tout l’appareil manque d’un côté, les couches du scrotum sont représentées « par le fascia sous-cutané, l’aponévrose superficielle et un tissu cellulo-graisseux plus ou moins abondant, entre les mailles duquel rampent des vaisseaux de petit calibre. » Au contraire, le canal déférent est-il présent, avec on sans l’épididyme, quelques fibres des crémasters et une tunique vaginale plus ou moins développée témoignent des efforts de la nature vers son but atteint seulement à moitié. Je 11e fais que signaler ici en passant la présence de la séreuse; l’étude des diverses variétés qu’elle offre alors trouvera bien mieux sa place au chapitre des maladies qui compliquent les anomalies du testicule.
B. Anorchidie double.— Ici nous touchons à des cas beaucoup plus rares que les précédents; j’en ai indiqué plus haut la fréquence relative. Le relevé de Gruber en porte huit qu’il considère comme sûrs. Chose étrange, le premier fait observé est relatif à un soldat pendu pour avoir commis un viol (1); et pourtant les individus atteints d’anorchidie double ne sont-ils pas tout à fait comparables aux eunuques? C’est là une de ces surprises comme on en éprouve quelques-unes lorsqu’on approfondit la question encore si débattue de l’influence des testicules, par leur présence ou leur absence, sur les appétits vénériens. J’ai cité les observations de Friese et de Kretschmar ; celles de Fisher (2), de Legendre et Bastien (3), de Godard (/1) et
(1) Barlh Cabrol, Alphabet d’anatomie. Lyon, 1614, p. 84.
(2) Fisher, The American Journal, Philadelphia , t. XXIII, p. 352.
(3) E. Q. Legendre et Bastien, Gazelle médicale, 1859, p. 650.
(4) Godard, Recherches tératologiques, p. 84.
quelques autres moins importantes complètent cettesérie de faits curieux.
Parmi les sujets examinés, plusieurs avaient atteint quarante ans ou à peu près. Ce que j’ai dit plus haut relativement aux autres vices de conformation coïncidant avec l’anorchie, s’applique surtout aux cas actuels. On a noté l’absence de la prostate et l’oblitération de l’urèthre.
Nous retrouvons ici les mômes variétés que dans l’espèce précédente, au point de vue de l’étendue des désordres. Les testicules manquent avec leur épididyme (Fisher, Legendre et Bastien'j ; les canaux déférents ne font défaut que dans leur portion scrotale (Godard); enfin, tout l’appareil excréteur fait défaut (Kretschmar, Friese).
Enfin, les organes génitaux externes subissant des modifications plus, profondes , on a vu, mais pas toujours, le pénis des eunuques naturels atrophié, et deux fois le scrotum manquait complètement.
Jusqu’ici je n’ai parlé que des anorchidies constatées à l’autopsie et présentant, par suite, toutes les garanties désirables ; il y en a, en outre, un certain nombre d’exemples constatés sur le vivant. Ils ont tous ceci de commun qu’on est plus porté à les considérer comme des cas de cryptorchidie, anomalie moins rare que l’anorchidie, attendu que le diagnostic de ces deux arrêts de développement n’est possible qu’à l’autopsie. On les trouvera disséminés dans Godard (1) et groupés dans le travail de Wenzel Gruber ; ce dernier auteur a lui-même ajouté à celte liste une observation personnelle d’anorchidie double apparente (2).
Le doute vient encore de ce que parfois, à l’autopsie,
(1) Godard, loc.cit., p. 18 et 47.
(2) Gruber, loc. cil. , p. 57.
LE DEMU .
on a trouvé à la place du testicule absent un tissu conjonctif mêlé de graisse, et rappelant de très-loin, par sa situation surtout, les parties absentes. Tel est entre autres le cas de Legendre (1); le testicule était représenté par un petit corps, gros comme une lentille, ne renfermant pas un tube séminifère ; tel est celui de Münchmeyer (-2), où l’épididyme'était remplacé par trois petites masses lobées, constituées de graisse et de tissu conjonctif, et le canal déférent par un filament de même nature. Vu la présence d’un tissu assez bien limité à la place des organes absents, on serait autorisé à considérer ces faits comme des exemples d’arrêt de développement remontant à une époque très-éloignée, plutôt qu’à une absence absolue de la glande séminale ou de ses annexes; mais, d’autre part, comme la partie fondamentale manque toujours, il est peutêtre plus logique de laisser ces observations dans la section des anomalies de nombre par défaut.
Cette difficulté de classification prouve bien qu’il n’y a pas de différences bien tranchées entre l’absence et les diverses formes d’atrophie congénitale du testicule; tous ces désordres procèdent évidemment de la même cause originelle, qui agit plus ou moins tôt. Si c’est tout à fait à la période initiale du développement, on ne trouve plus de traces de l’organe, mais on ne peut affirmer qu’il n’ait jamais existé à l’état rudimentaire; si c’est un peu plus tard, l’organe en voie d’évolution subit une transformation ûbro-graisseuse ; mais son volume, au moment où il est atteint, est assez grand pour qu’on puisse en reconnaître plus tard les débris. Enfin, si l’arrêt de développement se manifeste à une phase plus avancée,
(1) E. Q. Legendre, Comptes rendus des séances de la Société de biologie, 2e série, l. 111, 1856, p. 216.
(2) Münchmeyer, loc. cit.
ou bien la glande, ainsi que nous l’avons vu, conserve sa structure normale, ou bien les altérations qu’elle présente permettent de reconnaître encore les tubes séminil'ères. 11 y a donc entre les deux anneaux extrêmes de cette chaîne une série d’états intermédiaires reliés entre eux par une analogie très-nette.
On se heurte à des difficultés bien plus grandes encore, quand on cherche à pénétrer la cause intime de ces anomalies; sont elles absolument spontanées, et le testicule cesse-t-il de se développer comme une machine qui s’arrête tout à coup ? C’est certainement l’hypothèse la moins plausible, dans l’état actuel de nos connaissances.
Il vaut peut-être mieux invoquer l’intervention d’une cause accidentelle (maladie du testicule, traumatisme); mais nous devons nous arrêter là en fait de suppositions, car, au delà, il n’y a rien à prendre ni de certain, ni de probable.