‹ Des applications périphériques de certains alcaloïdes ou glucosides: Nouveau procédé de régulation de la thermogenèse. Nouveau traitement des maladies aiguës à détermination cutanée. Nouvel agent d'anesthésie localeChapitre 54 sur 75 · I. — Affections du I: groupe · texte numérisé non relu

I. — Affections du I: groupe

Dans toutes ces affections, telles que la pneumonie, la fièvre typhoïde, la tuberculose pulmonaire, etc, etc., l’action thérapeutique des badigeonnages a été à peu près nulle, Les modifications momentanées produites Sur la température des 24 heures, ne nous ont pas paru influer manifestement sur la courbe générale,

Ce mode de traitement, appliqué au début de la maladie, n’en a pas atténué la gravité ; n’a pas abrégé la durée de la période d'état ; n’a pas empêché les complications de se produire ou de s’aggraver.

Il nous a cependant semblé que les badigeonnages, appliqués pendant la période de défervescence, hâtaient : manifestement la guérison définitive et venaient facilement à bout de ces hyperthermies persistantes qui marquentparfois la convalescence des grandes pyrexies.

Mais il est réellement difficile d'affirmer nettement cette dernière propriété.

Nous avons essayé nos badigeonnages dans la plupart des maladies centrales ; partout nous avons échoué. |

Nous ne voulons pas rapporter ici de nombreuses observations ; il nous suffira de donner, comme exemples, deux cas d’affections graves où les applicacations cutanées n’onten rien modifié la marche de la

maladie.

OBsERVATION I. (Résumée.)

(Recueillie par M. Dénarié, externe des hôpitaux.)

Alcoolisme. Pneumonie grippale. Mort.

V. Anselme, 30 ans, garçon de café, entre le 25 mai 1894 dans le service de M. Vinay, salle St-Maurice 9, atteint de point de côté, de toux et d’oppression.

Rien à noter dans les antécédents héréditaires du malade,

Franchement alcoolique, il jouissait habituellement d’une santé assez bonne, sauf quelques troubles digestifs.

Le mode et la date du début de son affection actuelle sont diffciles à préciser, le malade répondant très mal aux questions qu’on lui pose.

Toutefois on parvient à comprendre que les symptômes pulmonaires ne remontent qu’à trois jours environ, et que quelques jours auparavant il ressentait une grande fatigue, de la céphalalgie, de petits frissons.

Actuellement: mauvais état général, agitation, délire, faciès vultueux, langue saburrale, étalée.

Point de côté sous le sein gauche, dyspnée, toux, expectoration sans caractères précis. — L’examen physique révèle, au tiers inférieur du poumon gauche, de la matité, augmentation des vibrations, diminution du murmure vésiculaire, retentissement de la voix, léger souffle tubaire.

Tous ces signes sont peu accentués,

Légère albuminurie.

Rien au cœur ; pas de troubles intestinaux.

Le foie, énorme, remplit l'hypocondre droit.

25 mai. — On fait, le soir même un badigeonnage de Spartéine.

Résultat : 6h. (avant)... ses acts 0 40

SN Apres) een" 40,3.

DO PE Ne PRO ANR 40,0.

10 D ES CRE 39,8 LD RER TE em 39,9

26 mai. — L'état général est un peu meilleur. Le délire a cessé et le malade a toute sa connaissance. Localement les signes se sont accentués ; souffle et râles crépitants nets à la base gauche.

On fait, à terme decomparaison, une injection sous-cutanée de 0,05 gr. de spartéine. Pas de résultat:

DRM SON Er ne 4002

(EPA EE VAR RERO RE 40,0

SAS Eee Cu Meme EN ste 40,6

RE nn ES Ne ec 40,5

DORE Ps CEE A 40,4

Sh;-matin,.. MERE RES 40,2.

27 mai, — L'état général est très mauvais, délire intense,

agitation extrême. Crachats rouillés, adhérents, typiques. Le poumon gauche est pris en entier ; matité et souffle du

haut en bas.

. Deuxième badigeonnage de spartéine.

LE ere NOR ORRLE 40°0 CT RUE ER N'a MERE 40,5

CDS AVES DE CEE 40,6

IDR A 2 Marre 40,4 Re ere 40,8

Sama sex 40,2.

28 mai. — Le poumon droit se prend à son tour. Souffle net au sommet. Dyspnée externe. Le soir l’état du malade est

désespéré.

Troisième badigeonnage :

Or esrdece ds 0406 BAD ete Rite se ssl en 41,0, RE ETS RON ASS 41,4 ORNE etes ne 41,6 At RES AO 41,9.

Le malade meurt à minuit. A l’autopsie : pneumonie massive du poumon gauche; exagération intense à droite, Foie graisseux énorme, Reins congestionnés mais paraissant sains. Les autres viscères sont normaux.

Cette observalion est intéressante en ce sens qu’elle permet bien de se rendre compte de l’action des badigeonnages :

Le premier badigeonnage abaisse la température de 1 degré 1/2.

A ce moment, les lésions pulmonaires étaient peu accentuées et la réaction thermique évidemment exagérée.

Le lendemain, le malade semblait amélioré et les lésions n’avaient que peu progressé. L’injection souscutanée, faite comparativement, ne donne pas de résultat, comme nous nous y attendions d’après nos expériences antérieures.

À partir du 27 mai, la maladie prend un caractère de gravité extrême et les badigeonnages demeurent sans effet; les fonctions physiologiques, trop troublées, ne peuvent plus être régularisées. Le dernier badigeonnage, fait en pleine agonie, n'empêche pas la température de monter jusqu’à la mort, \

L'action thérapeutique des badigeonnages a été

nulle. L'extension du processus pathologique n’a pas été yènée par eux.

OBSERVATION Il. — Fièvre typhoiïde. (Recueillie par M. Vieillard-Baron, externe des hôpitaux.)

Joséphine C..., âgée de 16 ans, entre le 12 avril 1894 daus le service de M. le professeur Teissier, salle Montavet, n° 3.

Père vivant, mais emphysémateux. Mère morte il y a un mois de la fièvre typhoide.

Scarlatine dans l’enfance. Réglée à 13 ans, toujours régulièrement, Bonne santé habituelle.

Elle soigna, le mois dernier, sa mère atteinte de fièvre typhoïde.

Il y a douze jours environ, elle fut prise de maux de tête violents, de vertiges, d’abattement.

Malgré une purgation, ces phénomènes augmentèrent, et la malade dut s’aliter il y a quatre jours.

A son entrée à l’hôpital, on constate que l’état général est assez bon, malgré l'abattement de la malade. Il n’y a pas de torpeur.

Légère épistaxis. Céphalée. Rachialgie, Insomnie.

Anorexie complète. Soif vive.

La langue est blanche au milieu, rouge à la pointe et sur les bords.

Quelques vomissements. Pas de diarrhée. Albuminurie.

Le ventre est légèrement ballonné. Gargouillement dans la fusse iliaque droite, qui est douloureuse à la pression.

Les taches rosées apparurent quatre ou cinq jours après l’entrée de la malade.

Pendant dix jours environ, la malade fut soumise aux badigeonnages, d’abord de solanine, puis de spartéine.

Les résultats ont été donnés au chapitre IV, Nous ne les reproduisons donc pas ici.

Qu'il nous suffise de rappeler que l’abaissement thermique, très prononcé au début, devint de moins en moins accentué,

et que, en pleine période d'état de la fièvre, on n'eut que des effets antipyrétiques insignifiants.

Là encore, les applications cutanées purent régulariser les réactions thermiques et les proportionner à la lésion causale; elles n’eurent aucune action thérapeutique.

La malade guérit après une longue maladie et trois rechutes.

En résumé, les badigeonnages n’ont pas d'action thérapeutique nette sur les maladies aiguës à localisation vicérale précise. On ne peut, dans ces cas, par ce mode de traitement, espérer autre chose qu’une régulation momentanée de la fièvre et une diminution de durée de la période de défervescence.

Ce premier résultat confirme absolument, à notre avis, l'explication que nous avons donnée de l'effet immédiat de nos applications ; à savoir qu’elles ne font que proportionner à la lésion causale la réaction thermique de l’économie.

Nous allons voir qu’ilen est tout autrement dans les affections du second groupe.

Sur les affections de ce groupe, nous avons constaté une action toute particulière, spécifique, pourrionsnous dire, dans tous les cas non compliqués où nous avons pu employer les badigeonnages.

L’alcaloïde que nous avons choisi pour ces essais est la spartéine, à cause de la longue durée de son action.

Nous avons observé tout d'abord que l'effet momentané consécutif à chaque badigeonnage est beaucoup plus intense que dans les affections du premier groupe, puisque nous avons vu la température baisser parfois de 3, 4 et 5 degrés, et que ces abaissements considérables sont les plus fréquents.

Ce fait seul indique déjà qu'il y a là autre chose que Ja simple régulation thermique constatée plus haut.

L'action sur la courbe générale n’est pas moins remarquable: cette dernière est entièrement modifiée, -parfois ramenée immédiatement à la normale, présentant dans d’autres cas des oscillations inaltendues ; mais toujours évidemment plus courte que normalcment.

Les observations qui suivent ne permettent pas de douter de l’action thérapeutique des badigeonnages.

Elles se rapportent à diverses maladies éruptives que nous avons pu traiter par notre méthode.

Les premières et les plus typiques sont des observations d’érysipèles,

ERYSIPÈLES.

OBsERvATION III. — Erysipèle de la face.

(Recueillie par M. Jarsaillon, externe des hôpitaux.)

V. jean, 34 ans, garçon d’hôtel, entre à l’hôpital, salle Seint-Maurice, n° 32, le 28 mai 1894, atteint d’érysipèle facial, datant de deux jours.

Pas d’antécédents héréditaires.

Deux érysipèles antérieurs, dont l’un de longue durée, (plus de quinze jours au dire du malade).

Il y a deux jours, il fut pris au milieu de son travail, d’un frisson violent suivi de lassitude, courbature générale, céphalalgie. ;

Vingt-quatre heures après, plaque érysipélateuse à l’angle interne de l’œil gauche, qui s’étendit rapidement.

A son entrée : bouffissure générale de la face. Les deux jours, le nez, les paupières, le front à sa partie inférieure sont envahis par un gonflement rouge uniforme, sans phlyctènes, nettement limité par un bourrelet saillant,

Pas de troubles viscéraux, pas d’albuminurie.

Forte fièvre.

Ci-contre la courbe thermique, et les tracés des badigeonnages.

Le ji®r badigeonnage, fait le 28 mai au soir, fait tomber la température de 40°5 à 37,9,

Le lendemain, 29, on constate que l’érysipèle a cessé de s'étendre. Le malade n’en souffre presque plus. Le soir sa température n'était qu'à 38°2; on ne fait pas de badigeonnage,

C'était une faute ; car, le lendemain, 30, le matin, la fièvre était remontée à 395 et le soir à 40. Deux autres badigeonnages achevèrent la guérison. :

Ce cas est d’une netteté parfaite au point de vue de l’action thérapeutique.

Le traitement avait été commencé au début même de la maladie.

Badigeonnages de Spartéine. — Zrysipèle de la face. Traitement commencé le 3me jour.

COURBE GÉNÉRALE

Une erreur, d’ailleurs sans importance, a été commise dans la reproduction de ce dernier tracé :

La température du 31, au matin, était de 3708 et non de 3607 ;

La température du {er juin, au matin, était de 3705 et non de 36"6,

EFFET DE CHAQUE BADIGEONNAGE,

4er badigeonnage, 2me badigeonnage. 3m badigeonnage.

SRE TE

OBSERVATION IV, — Ærysipèle de la face.

M. Marie, 28 ans, ouvrière en soie, entre à l'hôpital, salle d'isolement, le 6 juin, atteinte d’érysipèle facial, datant de huit jours.

Très bonne santé habituelle, Pas de contagion. Pas d’érysipèle antérieur. La malade est enceinte de quatre mois.

Début il y a huit jours, par un violent frisson, suivi de vomissements, courbature, céphalalgie.

Trois jours après seulement, apparition de l’érysipèle sur le milieu de la joue droite, puis, envahissement du nez, du front, de l’autre joue.

A l'entrée de la malade, la figure est prise entièrement, totalement rouge et boursoufflée. Les oreilles sont envahies Le cuir chevelu lui-même n’est pas indemne, Phlyctènes sur les joues et les oreilles.

Etat général mauvais, agitation extréme, délire; dyspnée très marquée, sans signes stéthoscopiques. Ci-contre la courbe thermique.

Le premier badigeonnage, fait le 6 juin au soir, fait tomber la température de 40°3 à 37,5. |

Le 7 au matin, on constate une amélioration considérable de l’état général et local, La malade souffre beaucoup moins. Le délire et l'agitation ont cessé. Elle a eu, pendant la nuit, quelques coliques utérines qui firent craindre l’avortement : mais elles se calmèrent rapidement.

Le soir du 7 juin, réascension thermique à 40°. Un deuxième badigeonnage assure la guérison définitive. Dès le 8, l’érysi-

pèle était affaissé et en pleine desquamation, L'état général était excellent,

re ME

Badigeonnages de Spartéine. — Ærysipèle de la face,

Traitement commencé le 8me jour,

COURBE GÉNÉRALE

OBSERVATION V. — Erysipèle de la face.

Du service de M. le Dr Drivon, — Due à l'obligeance de M. Bert, interne des hôpitaux.

D..., Marie, 19 ans, entrée à l'hôpital le 8 juin 1894, atteinte d’érysipèle de la face, datant de 2 jours. |

La malade jouit d'une assez bonne santé habituelle.

Elle a eu trois érysipèles antérieurs, le premier en août 1893 ; les deux autres en avril et mai 1894. Ces trois érysipèles eurent une longue durée (de quinze jours àun mois).

L’affection actuelle a débuté le7 juin, par un violent frisson, suivi de courbature et de céphalalgie. Le lendemain, 8 juin, apparition d’une plaque érysipélateuse à l’angle externe de l'œil gauche, d’où elle gagna la joue, le nez, le front, les oreilles.

Le traitement fut commencé le 9, le troisième jour, par conséquent.

Ci-contre la courbe et les tracés de chaque badigeonnage,

Comme on le voit, d’après ces courbes, il fallut quatre badigeonnages pour venir définitivement à bout de cet érysipèle.

Il est à constater que l’abaissement thermique fut en aug-

mentant avec chaque badigeonnage. Le premier était de de ; le deuxième 4° 1/2 ; le troisième plus de 2° 1/2 et le quatrième de æ.

Dans les deux observations précédentes, le premier abaissement avaitété d'environ 3vet la guérison plus rapide encore. D'ailleurs, dansle cas présent, dès lepremier badigeonnage,

l’érysipèle cessa de s'étendre, et dès le troisième, la desquamation commençait.

Badigeonnages de Spartéine.— Ærysipèle de la face.

Traitement commencé le 3me jour.

COURBE GÉNÉRALE

OBsErvarTiON VI: — Ærysipèle de la face. — (Résumée).

Due à l’obligeance de M. Artaud, interne des hôpitaux).

P..., Marie, 20 ans, domestique, entre le 3 juin 1894, dans le service de M. le professeur Teissier, salle troisième, femmes, n° 48.

Rien à relever dans les antécédents héréditaires. Huit frères et sœurs bien portants,

Bonne santé habituelle.

Rougeole il y a un mois.

Depuis dix jours environ, la malade éprouvait une grande lassitude, des douleurs de reins, une courbature générale. Mais elle put continuer son travail, et s’est alitée seulement le 4er juin (deux jours avant son entrée à l’hôpital). Elle eut, à ce moment, un violent mal de tête, suivi de vomissements répétés, alimentaires et bilieux.

À son entrée à l’hôpital, on constate un grand abattement ; la langue est saburrale, la température est de 38°3.

Aucun trouble viscéral ; aucun symptôme abdominal, sauf de l’hypertrophie de la rate qui se perçoit dans une étendue de 10 centimètres.

On constate, autour des ailes du nez, un empâtement œdémateux rouge, luisant, mal délimité, Les yeux sont larmoyants.

Les jours suivants, l’érysipèle s'étend, gagne toute la face,

Le traitement par les badigeonnages est commencé seule-

ment le 7 juin, le septième jour depuis le début de la maladie, Elle cesse immédiatement de s'étendre.

Ci-contre la courbe.

Ici, comme dans le cas précédent, il fallut quatre badigeonnages ; et le premier ne fut suivi que d’un abaisssement de un degré,

L'action thérapeutique n’en fut pas moins absolument nette.

Dès le 9 juin, l'éruption s’était affaissée et desquamait.

Badigeonnages de Spertéine. — Zrysipèle de la face.

Traitement commencé le 5me jour.

COURBE GÉNÉRALE

EFFET DE CHAQUE BADIGEONNAGE

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