APPRÉCIATION DES FAITS CLINIQUES ET EXPÉRIMENTAUX
Les faits qui marquent l’action des hadigeonnages sont tellement particuliers qu’il parait immédiatement impossible de les expliquer autrement que par une action nerveuse d’origine périphérique.
Rappelons-les rapidement en les commentant.
I. — Le premier de ces faits est la constatation d’une action thermique variable suivant l'état de la température au moment de l'application, suivant aussi la nature et la gravité de la maladie.
Nous avons vu, en effet qu’on obtenait tantôt une élévation thermique, tantôt un abaissement, toujours une véritable régulation. — Nous avons remarqué que dans les cas particulièrement graves, alors que les fonctions physiologiques sont trop troublées pour obéir à leur mécanisme normal, les badigeonnages n’agissaient plus. Cette grande variabilité d'actions,
parfois contradictoires en apparence, ne saurait être l'effet d’une médication interne, agissant toujours dans le même sens.
Il. — Le deuxième fait, non moins capital, est l’importance nulle de la dose du médicament, du titre ou de l'étendue de l'application cutanée.
Ce fait nous l’avons observé avec une rigueur absolue ; c’est en vain que nous avons augmenté considérablement les proportions habituelles, jusqu’à mettre sur la peau'des doses absolument loxiques (par absorption) en vain que nous avons doublé ou triplé l'étendue du badigeonnage ; l'effet thermique n’a jamais été sensiblement modifié.
Il ne saurait donc être question de pénétration; il est impossible que des doses variables de médicaments aussi actifs que les alcaloïdes donnent, par absorption, des résultats identiques.
Ce fait seul, à notre avis, suffirait pour juger la question.
III. — Troisième constatation : nos alcaloïdes, sau la solanine, ne sont pas des antipyrétiques ; la cocaïne élèverait plutôt la température, et la spartéine ni l’elléboréine n’ont d'action connue sur elle.
IV. — Nous devons citer encore comme venant à l'appui de l'interprétation nerveuse:
L’inactivité des badigeonnages quand la température est en phase d’augment. C’est, par exemple, un fait remarquable que l’absence de toute action antipyrétique dans nos cas d’érysipèle (voir observations) par les
badigeonnages du matin, alors que ceux du soir donnaient des abaissements de 3, 4et5 degrés.
Il est certain que l’administration interne d’antipyréliques ne donnerait pas de semblables différences.
V. — Enfin, nous terminerons en rappelant ce fait que nos quatre produits sont des médicaments nerveux et des anesthésiques locaux et que, appliqués sur la peau, ils n'auraient pu traverser l’épiderme sans provoquer de l’insensibilisation de la région. Or, nous ne l'avons jamais constatée, même après plusieurs heures de contact.
L'examen rigoureux des faits vient donc à l’appui de notre interprétation.