CHAPITRE V PATHOGÉNIE
Pouvons-nous, étant donnée l'étude clinique et anatomopathologique des arthrites infectieuses que nous venons de faire, les interpréter dans leurs causes et établir une pathogénie rationnelle ?
Les notions les plus complètes que nous avons sur ee sujet ont trait, pour la plupart, à l'histoire de l'infection purulente. Nous ne pouvons pas rappeler ici toutesles discussions auxquelles ont donné lieu ces différentes questions depuis une soixantaine d'années. Disons seulement que, pour arriver à constituer des foyers articulaires, l'agent infectieux, quel qu’il soit, doit traverser plusieurs phases, et l’on doit considérer séparément sa pénétration, son cheminement, sa localisation.
Il y a peu de temps encore, on admettait comme cause essentielle de la pyohémie la pénétration du pus en nature dans le système vasculaire (Boerhaave, Hunter, Gaspard,
Castelnau, Billroth, etc.). Plus près de nous se placent les théories toxhémiques, l’empoisonnement du sang, consécutif aux traumatismes accidentels ou chirurgicaux et, parmi ces théories, celle des miasmes, défendue avec tant d'autorité par M. A. Guérin. Enfin vient la théorie généralement admise aüjourd’hui, et qui n’est qu'une confirmation de la précédente ; elle attribue aux germes vivants contenus dans l'air l'influence prépondérante dans la production des septicémies en général et de la pyohémie en particulier (Pasteur, Lister, Coze, Feltz, Davaine, etc.). Les micro-organismes de la pyohémie sont aujourd’hui bien connus et paraissent définitivement classés (Rosenbach) ; nous en reparlerons plus tard.
On n’admet plus aujourd’hui l’idée de la métastase, c’est-à-dire de l’abcès formé par la suppression d’un foyer purulent en un point plus ou moins éloigné : les théories vitalistes de Tessier, de Chauffard, qui faisaient intervenir l'infection spontanée du sang, paraissent définitivement repoussées. De nombreuses hypothèses ont été admises et rejetées tour à tour : la production de la phlébite (Hunter, Cruveilhier, Dance), la thrombose et lesembolies septiques de Virchow, les embolies graisseuses (Wagner, Gosselin} ont été soutenues. La barrière qui s'oppose à l’absorption de l’agent infectieux à la surface des plaies peut être levée soit spontanément sous l'influence de causes mal connues, soit par suite d’une exploration intempestive, d’un pansement mal fait (Verneuil).
Ces différentes théories paraissent aujourd’hui devoir être remplacées par l'hypothèse de microbes pathogènes qui infiltreraient les leucocytes et pénétreraient dans les vaisseaux après la désorgarisation de lamembrane granuleuse, après ouverture des vaisseaux, ou à travers les parois des veinules ou des Iympbatiques. Arrivés au cœur, ils sont lancés dans le poumon, où ils forment les infarctus si fréquents, pénètrent dans la grande circulation et vont s'arrêter dans les capillaires les plus fins. Ces globules
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blancs s'accumulent et forment par la pullulation des bactéries et l’envahissement des vaisseaux voisins un abcès métastatique ou une collection purulente dans une séreuse. À côté de cette pénétration par une plaie plus ou moins large, on tend aujourd’hui à admettre la pénétration des microbes dans le sang à travers les muqueuses respiratoires, digestives. C’est ainsi qu’il faudrait expliquer ces cas de pyohémie dite spontanée ou médicale.
Pour comprendre les abcès articulaires et leur formation si rapide, il faut faire intervenir non seulement une diapédèse très active (Conheim), mais aussi une véritable inflammation suraiguë de la synoviale(CorniletRanvier, ete.). Mais pourquoi existe-t-il une localisation articulaire, une plus grande fréquence, au niveau de certaines jointures comme le genou ? Ces causes déterminantes pourraient être recherchées dans l’action des agents extérieurs et en particulier dans le refroidissement et dans le traumatisme. On sait que par une expérience justement célèbre Max Schüller produit une tumeur blanche en contusionnant une jointure d’un animal rendu tuberculeux. Il serait extrèmement intéressant de refaire cette expérience, non seulement pour la pyohémie, mais aussi pour tous les états infectieux. On pourrait ainsi, très probablement, éclairer d’un grand jour les points encore obscurs des arthropathies infectieuses; peut-être retrouverait-on dans les articulations lésées le microbe spécifique. C’est là un point que nous ne pouvons que signaler, car malgré tout l’intérêt que présentait cette étude, le temps matériel nous à manqué pour tenter les expérimentations nécessaires sur les animaux.
Raisonnant par analogie, il faut penser que les déterminations articulaires des autres maladies infectieuses relèvent d’une sorte de septicémie, variable suivant les cas. . L'agent infectieux, qui a adultéré l’économie en prenant domicile dans le sang, viendra se localiser sous forme de hrombose, d’embolie ou de colonie microbienne.