‹ Des Arthrites InfectieusesChapitre 12 sur 55 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Cette étude nécessiterait pour être complète des développements que nous ne pouvons donner ici. Nous nous contenterons d’en tracer les lignes principales.

Contre toute manifestation infectieuse, on doit se proposer d’abord d'empêcher la pénétration de l'agent infectieux, ensuite de le combattre ou de le rendre impuissant lorsqu'il a pénétré dans l’économie; en dernier lieu de remédier, autant que possible, aux diverses lésions locales qu'il a produites. Les deux premières parties répondent au traitement général, la troisième, au traitement local.

1° Traitement général. Avant tout il faut essayer de prévenir l'infection. En chirurgie, on est bien près d'atteindre ce but, grâce aux méthodes antiseptiques; pansement ouaté de À. Guérin, méthode de Lister, bains antiseptiques de Verneuil, ete. Ces résultats sont plus probants si c’est possible dans la pratique obstétricale, grâce aux travaux de M. le professeur Tarnier, Pinard, etc.

En médecine, les idées de pathologie générale ont conduit divers auteurs à créer une sorte d’antisepsie médicale, analogue dans ses principes à l’antisepsie chirurgicale. C’est le professeur Bouchard qui en a donné le premier la formule et a montré son action efficace dans un certain nombre de cas. Tout récemment un travail important a été fait sur ce sujet par M. Lemoine (Thèse d’agrég. méd., Paris, 1886). II à montré qu'à l’état de santé la seule prophylaxie contre les états infectieux se réduisait : 40 à stériliser le milieu intérieur et le rendre impropre à la pullulation des organismes vivants ; 2° à vacciner, c’està-dire à créer pour certaines maladies une immunité plus ou moins durable. Pour appliquer l’antisepsieaux milieux

Le

intérieurs il faudrait choisir un agent ayant le minimum d'action perturbatrice sur l’économie, en même temps qu'un minimum d'action toxique sur l'organisme infecté. Rappelons que ces antiseptiques, au sens précis du mot, sont peu nombreux; on ne connaît guère que la quinine, le mercure, peut-être l'acide salicylique, phénique, la créosote, ete.

Depuis longtemps d’ailleurs ces principes avaient été appliqués dans les infections chirurgicales et l’on sait les bons effets obtenus au moyen du sulfate de quinine par M. À. Guérin contre la pyohémie.

Le traitement général doit consister encore à soutenir les forces des malades par l'alcool, les toniques qui lui permettent de résister victorieusement à l’envahissement et à la pullulation des agents infectieux.

2 Traitement local. — L'agent infectieux a jeté son dévolu sur une jointure; larthrite est produite. Voyons ce qu’il y à à faire. Inutile d’insister sur les traitements médicaux ; émollients, vésicatoires, sangsues, ete. Il faut se souvenir que ces lésions sont rapidement graves, et qu'il faut agir avec énergie.

Le traitement chirurgical de ces arthrites comprendra plusieurs indications. Il faudra placer le membre dans limmobilité et le maintenir dans une bonne position. Bonnet, depuis longtemps, a donné les règles qu'il fallait suivre en pareil cas pour chaque articulation. Il faut mettre le coude à angle droit, le genou dans une extension modérée, et ainsi de suite.

L'immobilisation des jointures malades donne en pareil cas les résultats les plus satisfaisants, Les douleurs cessent, le gonflement diminue; que l’on applique un bandage ouaté, silicaté, plâtré où même la simple gouttière en fils de fer. Dès que le membre n’exécute aucun mouvement, dès qu’il est maintenu dans une température constante, dès que les jointures voisines sont immobi-

De Lapersonne. 3

lisées, les douleurs s’amendent et même cessent complètement. |

Nous avons vu que parmi les arthrites infectieuses, celles du moins qui, par leur gravité, nécessitaient une intervention chirurgicale, il fallait distinguer les arthrites plastiques ankylosantes des arthrites avec épanchement abondant. Dans le premier cas, ce que l’on a à craindre c’est surtout la raideur articulaire très précoce, aussi beaucoup de chirurgiens ont conseillé de mobiliser l’articke au déclin de l’inflammation. Quand les douleurs ont disparu, que la fièvre a cédé, que la tuméfaction est moindre, il faut s'occuper de mobiliser méthodiquement l'articulation, afin de prévenir l’ankylose (Ollier), La plus grandeprudence doit guider le chirurgien en pareil cas, car on risquerait de ramener l’inflammation en voulant aller trop vite. Nous ne pouvons que rappeler les discussions si intéressantes de la Société de chirurgie à propos de cette question de pratique.

Si le processus amène un épanchement abondant, ne se résorbant pas, on est conduit à employer diverses méthodes. La ponction simple, qui sera faite au moyen des trocarts aspirateurs de Dieulafoy ou de Potain, en ayant la précaution de bien antiseptiser la canule et de faire une occlusion parfaite.

Le liquide que l’on retire est rarement limpide, clair ; ilest le plus souvent louche, contient de nombreux leucocytes, aussi conseille-t-on, étant donnée la nature infectieuse de la maladie, de faire suivre la ponction d’une injection antiseptique. On a employé à cet effet les solu— tions fortes d'acide phénique. Voigt injecte dans les articulations atteintes, après avoir soustrait une petite quantité de liquide, une solution de sublimé dont voici la formule :

SUDHMEÉ. 250 En TE ae 0,10 centigrammes.

Ghl. de soude. . . . . . Fe El gramme.

Mau‘dstiiée., . 5, Le ts —

sy €} pq

Il répète l’injection tous les deux ou trois jours. Dans un cas que nous rapportons plus loin, M. Bouchard a employé l’iodoforme de la façon suivante. Il fait une solution éthéro-alcoolique d’iodoforme qu'il précipite par l’eau ; il lave le précipité et le recueille avec une faïble quantité de liquide. On obtient ainsi un mélange contenant en suspension de la poudre d’iodoforme très divisée et cette sorte de boue iodoformée pénètre très facilement par les canules moyennes de l’appareil Potain.

S'agit-il d’une arthrite infectieuse suppurée, on pourra à la rigueur faire une ponction qui servira en même temps à confirmer le diagnostic, si on avait quelque doute. Il vaudra mieux en arriver d'emblée à l’arthrotomie qui donne les meilleurs résultats. La jointure sera largement ouverte, la synoviale sera lavée antiseptiquement et débarrassée de tous les flocons adhérents qui restent dans les culs-de-sac synoviaux. Bien entendu le traitement consécutif consistera dans un drainage parfait et dans tous les soins ordinaires de l’antisepsie la plus rigoureuse. Ces moyens ne réussissent pas seulement dans les arthrites suppurées simples, mais aussi dans les abcès articulaires de l'infection purulente. On sera autorisé à faire l’arthrotomie à condition qu'il n’y ait pas d’abcès métastatiques viscéraux (Gosselin).

Du reste, la rapidité d'évolution des arthrites infectieuses suppurées fait que presque toujours la collection purulente a dépassé la synoviale et s’est répandue dans les gaines musculaires ou le tissu cellulaire sous-cutané. Lorsqu'on est appelé à ouvrir cette collection purulente on arrive, par un trajet sinueux, sur les surfaces articulaires dont les cartilages sont érodés. IT est nécessaire de faire quelquefois des contre -ouvertures, des incisions assez larges pour désinfecter toute la jointure.

Lorsque les désordres articulaires sont très considérables, les indications de la résection peuvent se poser. M. Ollier, dans le Dictionnaire encyclopédique, conseille

presque la résection où l’amputation du membre, si les désordres sont trop étendus, surtout au membre inférieur dès que l’état de l'articulation a été constaté. Il nous sem-— ble qu’on doit être très réservé à ce point de vue et tenir compte surtout de l’état général des sujets.

Des indications spéciales sont encore fournies par les conséquences tardives des arthrites infectieuses. Nous avons vu que l’ankylose était une des conséquences les plus sérieuses et qu’on devait employer tous les moyens pour la prévenir. Si malgré tout, elle s’est produite, surtout dans une position vicieuse, on pourra tenter la mobilisation soit progressive, soit forcée sous le chloroforme. Cette mobilisation présente de graves dangers même lorsqu'elle est employée plusieurs mois après la guérison. Dans un cas d’ankylose du genou consécutive à une arthrite survenue au cours de la fièvre typhoïde, les tentatives de mobiisation forcée donnèrent lieu à une arthrite suppurée.

Les luxations spontanées qui s’accompagnent le plus souvent d’altérations profondes des surfaces articulaires sont très difficiles à réduire et davantage encore à maintenir réduites. C’est l'extension continue qui donne les meilleurs résultats, on à pu quelquefois obtenir la réduction ou du moins une position du membre qui a permis son fonctionnement à peu près normal.

Quant aux atrophies musculaires quelquefois considérables qui accompagnent ces arthrites, elles nécessitent l’emploi de Pélectricité, du massage, d’une gymnastique appropriée, etc.

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