IL. — OsTÉOMYÉLITE
L’ostéomyélite aiguë, caractérisée par l’inflammation suppurative diffuse de toutes les parties de los, périoste, moelle, tissu spongieux et tissu compacte, est une affection éminemment infectieuse. Son origine microbienne a été démontrée par les travaux de Pasteur sur un malade de M. Lannelongue. Sa description et l’assimilation qu'il avait faite de ce microbe avec celui des furoncles ont été vérifiées par tous les observateurs. El est connu aujourd’hui sous le nom de staphylococcus auruns et a été cultivé par Ogston, Rosenbach, Fedor Krause, etc. s
Les arthropathies que l’on observe au cours de cette affection peuvent être d'origines bien différentes. On peut rencontrer, etc’est le cas le plus fréquent, des arthrites à une période peu avancée du début si l’affection a pour siège initial une épiphyse, dont les rapports avec la synoviale sont très étendus. L’épanchement est alors purulent d’emblée et le pus qui est versé dans la cavité synoviale, pénètre par rupture des parties molles, quelquefois par altération du squelette, ulcération du cartilage diarthrodial. Aussi aura-t-on certaines régions plus particulièrement prédisposées à ces arthrites: l'épaule, le genou (Sezary).
Dans d’autres cas l’arthrite tiendra à une véritable inflammation de voisinage. Il est évident que, pour les os courts en particulier, il est bien difficile que, même sans épanchement de pus, les jointures ne s’enflamment pas sous l'influence de l’ostéomyélite, qui envahit d'emblée toutes les parties constituantes de l’os. Ce sont des arthropathies secondaires.
Age
L’arthrite, qui se produirait dès les premiers moments, coïnciderait et marcherait de front avec le gonflement précurseur de l'abcès périostique, ne semble pas avoir été observée; M. Lannelongue n’en cite pas d’exemples pour les os longs. C’est la seule qui pourrait dépendre directement de l'infection primitive.
En revanche, on a observé, comme épiphénomène, des arthrites relevant directement de l'infection purulente et pouvantsiéger en un point très éloigné de la lésion osseuse (Lannelongue, communication orale) ; celles-ci n’ont rien de spécial et se présentent avec tous les caractères: que nous avons donnés précédemment.
IT. — ANGINES SEPTIQUES.
Depuis quelques années, les auteurs tendent à admettre une forme particulièrement grave de manifestations angineuses qui peuvent rapidement déterminer la mort en donnant lieu à une véritable intoxication septique. MM.Verneuil, Landouzy ont rapporté des observations intéressantes à ce sujet et ont remarqué entre autres les relations avec les manifestations articulaires ou rénales.
Nous avons eu l’occasion, dans le service de notre maître, M. le professeur Panas, de suivre un fait très intéressant qui sert à la démonstration de cette nature infectieuse. Il s'agissait d’un homme auparavant bien portant qui, quinze jours environ après le début d’une angine phlegmoneuse ayant laissé une large ulcération fongueuse et fétide sur l’amygdale, fut pris d’exorbitis et de phénomènes cérébraux graves. Ce malade succombait peu de jours après le début des accidents orbitaires et l’autopsie démontrait l’existence d’une phlébite suppurée des veines ophtalmiques «et des sinus de la dure-mère diagnostiquée pendant la vie.
Ce fait démontre bien la résorption purulnete par la
LE de MR
voie veineuse. Ne peut-il pas exister une résorption par la voie lymphatique ?
A propos des angines s’accompagnant de néphrite albumineuse, M. Landouzy se demande si les amygdales ne peuvent pas ouvrir la porte à l'infection. « N° aurait-il pas là la possibilité d’une intection primitivement locale, les amygdales étant placées aux premières loges pour se laisser pénétrer par des agents infectieux mêlés aux ingesta : cet organe sébacé complexe, développé sur une muqueuse, est, dans la profondeur, en rapport intime avec les follicules lymphoïdes. N’y a-t-il pas là un terrain tout préparé pour la réception, la germination et la diffusion de certains agents infectieux qui, de proche en proche, seront versés dans le système lymphatique, habitat préféré des agents infectieux, d’où ils se répandront dans le système circulatoire? »
Quoi qu’il en soit de ces idées théoriques très séduisantes, on possède aujourd’hui quelques observations bien nettes d’angines infectieuses. Notre ami, E. Gaucher, nous en a rapporté un fait très intéressant.
Il s'agissait d'un malade qui entra dans le service du prof. Potain, à Necker, pour une arthrite suppurée du poignet droit, consécutive à une rhino-pharyngite infectieuse, qui avait été d’abord prise pour un cas de morve. On fit la ponction et on trouva des microbes ordinaires dans le pus articulaire; les inoculations aux animaux furent infructueuses : c'était donc une pseudo-morve.
Quelques cas englobés sous le nom de pseudo-rhumatismes proprement dits paraissent relever de cette infection particulière. Nous ne citerons dans la thèse de Bourcy que l’observation de Caron (p. 108) où les aceidents articulaires furent précédés par une amygdalite intense et évoluèrent vers la suppuration avec une telle rapidité, que la mort survint au bout de deux jours avec le cortège des phénomènes typhoïdes.
C’est encore à la même cause que nous rapporterons
AE
l'observation ci-jointe qui a évolué comme un pseudorhumatisme infectieux.
O8s (VI) inédite communiquée par M.le D'Bourdel — Le nommé Léonard Alfred, âgé de 26 ans, palfrenier, entre le 21 janvier 1885, à l'hôpital Lariboisière, dans le service de M. Constantin Paul, salle Saint-Henri, n° 26.
Il ne présente dans ses antécédents héréditaires ou personnels, aucune tare rhumatismale. Exerçant la profession de palfrenier, il n’a pas été mordu; d’ailleurs il affirme, que parmi les chevaux qu’il soigne, aucun n'a présenté des symptômes de morve
I est malade depuis cinq semaines environ; le début a été brusque, dit-il, il a été pris de frissons, de fièvre assez vive et d’angine, très violente, Au bout de quelques jours, la fièvre persistant. il a été pris de douleurs vives au niveau de l'articulation radio-carpienne gauche, avec rougeur très manifeste, suivies assez vite d'un gonflement notable,
Peu de temps après, mêmes phénomènes au niveau du genou gauche qui a beaucoup augmenté de volume. La fièvre s'était accrue peu à peu et était devenue très vive, il y avait, dans la nuit, de l'agitation, de l'insomnie, parfois même délire léger et presque conti. nuellement des sueurs profuses.
Entrée. — Aspect typhoïde, tacies altéré et immobile, prostration très grande des forces. Le poignet gauche présente une déformation considérable ; la partie antérieure de cette région présente une saillie de la dimension d’une grosse noix, manifestement fluctuante. A la partie inférieure et antero-interne de l’avant-bras il existe, en outre, une assez notable collection purulente. La main est fixée en extension forcée sur l'avant-bras et de plus fortement déviée latéralement du côté du cubitus; frottements articulaires ; quant au genou gauche il est très déformé, le condyle interne du fémur fait en dedans une saillie très accusée, tandis que la jambe, légèrement fléchie sur la cuisse, est fortement déviée au dehors; il y a là un commencement de Juxation spontanée. Il existe un épanchement intra-articulaire assez abondant; dans le tissu périarticulaire on perçoit un empâtement énorme qui s'accompagne de rougeur des téguments et. par places, on peut constater de la fluctuation. Enfin, à la partie inférieure et antéro interne de la cuisse, existe une vaste collection purulente étalée, — Léger nuage d’albumine. Le diagnostic que l'on porte est : État infectieux mal déterminé. avec pseudo-rhumalisme. On prescrit : sulfate de quinine { gramme à prendre en deux fois dans les vingt-quatre heures : potion de Todd. avec extrait de quinquina à 4 grammes.
23 janvier. — Large incision au niveau de l'abcès de la partie inférieure de la cuisse; contre-ouverture à l’autre extrémité de la cavité purulente, drainage, injections phéniquées au 1/50. On applique
De Lapersonne. 4
alors un pansement de Lister qui n’est changé par la suite que tous les quatre ou cinq jours, en même temps qu'on fait par le drain une injection antiseptique.
Fas de modification dans l’état général, toujours aspect typhoïde, quelques fuliginosités sur les lèvres, émaciation de plus en plus prononcée; toujours un peu d’albumine dans les urines et de diarrhée
d'odeur assez fétide.
26 janvier. — Incision de l’abcès de la partie inférieure de l'avant-
bras, pansement antiseptique.
Ce n’est que dans les premiers jours de février qu'une légère amélioration se fait sentir. Depuis lors le malade a marché lentemen] vers la guérison, mais il a conservé des raideurs articulaires, des atrophies musculaires qui ont immobilisé presque complètement le genou gauche.
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Fig. 1, 0bs. VI. M. C. Paul.
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