‹ Des Arthrites InfectieusesChapitre 21 sur 55 · ET A · texte numérisé non relu

ET A

Un Arabe de 35 ans, de constitution rubuste, n'ayant jamais eu d'antécédents rhumatismaux subit l'inoculation blennorrhagique du côté gauche pour un pannus granuleux. Au vingt-deuxième jour, on constate une tuméfaction du genou gauche qui est très douloureux. Les deux genoux se prennent l'un après l’autre, il se forme un épanchement assez abondant qui nécessite l'application de vésicatoires. Puis poussée du côté du poignet droit. La température reste peu élevée. Pendant ce temps on traite l’'ophtalmie purulente (l'œil du côté opposé ne s'est pas pris), et, à mesure que la sécrétion purulente diminue om voit disparaître les douleurs articulaires.

Deux mois après le malade revient à l'hôpital demandant pour l'œil droit, le traitement qui lui a bien réussi pour l’œïl gauche. On faît une nouvelle inoculation blennorrhagique. Au huitième jour se produisent sur le genou du méme côté des phénomènes d’arthrite absolument anaïogues à ceux que nous avons consignés lors de la première inoculation. Ils furent moins intenses mais s’accompagnèrent cependant d'hydarthrose assez abondante ; ils disparurent en même temps que la sécrétion purulente de la conjonctive.

Ces observations pourraient être considérées comme un type d'infection blennorrhagique, ayant presque la valeur d’une expérience physiologique, car, chez des individus nullement rhumatisants et n’ayant jamais eu d’uréthrites, on voit survenir des arthrites à la suite de l’inoculation et ces manifestations articulaires diminuent progressive ment en même temps que l’ophtalmie et disparaissent définitivement avec elle.

De cette étude pathogénique sur les arthritesblennorrhagiques on peut conclure, à notre avis, que, dans la grande majorité des cas, l’arthrite est bien sous la dépendance directe de l'infection générale, produite elle-même par la présence d’un micro-organisme. Îl faut cependant attribuer une grande impertance à la diathèse arthritique qui prédispose aux arthropathies ou leur impose une physio— nomie spéciale. Peut-être pourrait-on expliquer ainsi les différences très marquées entre les variétés classiques que nous allons maintenant décrire.

Etude clinique. — Les conditions étiologiques qui favorisent l’éclosion des accidents articulaires chez les blen-

Met

norrhagiques sont de peu d'importance. Ricord pensait qu'ils étaient plus fréquents chez l’homme: la suppression brusque d’un écoulement, le traitement par les balsamiques ou les injections n’ont pas plus d'importance. Au sujet de l’époque de lapparition, il n’y a rien de bien précis; c’est cependant du 10% au 20° jour, alors que l'écoulement est encore abondant et que le pus uréthral est épais que l’on voit survenir les arthrites. La question du siège des lésions est d’une importance plus grande. Toutes les jointures peuvent être atteintes, mais le genou et surtout celui du côté gauche, constitue un lieu base d'élection que Swediaur décrivait déjà sous le nom de gonocèle. Puis viennent le coude, le poignet, l’articulation sterno-claviculaire, enfin l’arthrite coxo-fémorale, tibiotarsienne, scapulo-humerale. D'ailleurs ce n’est pas toujours ainsi que se fait cette localisation ; il est assez fréquent de voir la fluxion articulaire lécher plusieurs jointures avant de se localiser et de mordre le genou. Au point de vue des manifestations locales, on peut décrire jusqu’à > formes d’arthropathie blennorrhagique; l’arthralgie, l’hydarthrose , le rhumatisme subaigu, l’arthrite aiguë plastique ou suppurée, enfin une véritable arthrite purulente d'emblée qui est peut-être une manifestation pyohémique d’ailleurs très rare.

Si nous signalons l’arthralgie, qui, à proprement parler, n'est pas une arthrite, c’est que très souvent elle est le premier phénomène parmi ceux qui vont se dérouler plus tard ; ou bien la douleur articulaire est la seule manifestation, puis la fluxion se porte sur d’autre jontures. Elle se caractérise par une douleur assez vive, plutôt à l’occasion des mouvements que par les pressions exercées directement. Elles est plus vive le matin, gêne beaucoup tous les mouvements, puis la jointure semble se dérouiller et les douleurs diminuent ou disparaissent pendant une partie de la journée.

L’hydarthrose est la forme clinique qui a été la mieux

connue tout d'abord. Elle part le plus souvent du genou, remarquable par son apparition presque soudaine et par la gène qu'elle apporte dans la marche. Quant à la douleur, elle peut être insignifiante ou même nulle. Mais ce qui caractérise surtout l'hydartrose blennorrhagique c’est la difficulté dé la guérison, la fréquence des récidives chaque fois que le sujet est atteint d’une nouvelle chaudepisse, enfin la tendance assez marquée à la purulence, à la suite de ponctions ou à cause des prédispositions générales de l'individu.

Dans les formes précédentes les phénomènes inflammatoires sont de peu d'importance où presque nuls; dans les formes arthritiques vraies qui doivent nous intéresser davantage les choses ne se passent pas ainsi. Tantôt on voit se produire vers une jointure tous les phénomènes les plus caractéristiques d’une arthrite traumatique,gonflement et chaleur intense, douleur extrêmement vive, fièvre ; tout cela cédant et prenant une allure plus modérée au bout de quelques jours; tantôt au contraire affectant d'emblée une marche subaiguë qui établit la transition avec l’hydarthrose (Fournier, Talamon). Les fluxions articulaires sont généralement multiples, mais moins nombreuses et moins mobiles que celles que se développent sous l'influence du rhumatisme articulaire aigu ordinaire. Lorsque de nouvelles jointures sont prises, celles qui sont primitivement atteintes ne sont pas guéries pour cela et peuvent rester longtemps malades, ce qui a fait dire que le rhumatisme blennorrhagique se multiplie, mais ne se déplace pas.

Les travaux de Duplay et de Brun ont montré que, assez fréquemment, il fallait distraire de ce rhumatisme subaigu blennorrhagique une forme plus sérieuse, l’arthrite aiguë, n’occupant qu'une seule articulation primitivement ou se localisant avec des désordres assez considérables.

Dès le début la douleur est des plus vives, latuméfaction très marquée tient non seulement à l’épanchement mais

De Lapersonne. 5

aussi à une sorte d'œdème inflammatoire des tissus périarticulaires, limpotence du membre est absolue. On a même pu constater une élévation notable de la température locale.

Cette dernière variété d’arthrite aiguë a peu de tendance à la résolution spontanée : si elle n’est pas soignée, on peut voir se produire très rapidement des raideurs articulaires. C’est la forme plastique ankylosante (Brandes et Gosselin). En quelques.semaines, les extrémités articulaires semblent reliées l’une à l’autre par des tractus fibreux qui

qui, quarante-huit heures après, ps une. solidité plus énergique, et qu, par leur organisation définitive, aboutissent, quoiqu'on fasse, à la production d’une ankylose. complète.

Qant à l’arthrite purulente, niée formellement par Rollet, elle a été démontrée par les observations de Fournier, de Prichard qui dutamputer la.cuisse,de Lasègue et de Talamon. En Allemagne, Eisenmann. perdit un malade qui suçeomba avec tous les phénomènes de la pyohémie consécutive à unearthrite blennorrhagique suppurée; enfin Haslund à rapporté 4 cas de pyarthbrite.

Nous en rapportons uue. observation intéressante à divers points de vue, remarquable surtout par les atrophies musculaires consécutives.

O8s. IX. — Blennorrhagie. Arthrite scapulo-hurérale droite. Arthrite sterno-claviculaire. droite suppurée, ponctionnée. Synovite: des

fléchisseurs et: des, peroniers droits. Atrophie secondaire des muscles de la jambe, des muscles du thorax et de l'épaule à droite.

C... (Gabrielle), 17 ans, couturière, entre: à la Charité, le 5 juin 1882, dans le service de M. Peter suppléé par M. Landouzy, pour de vives douleurs, spontanées et provoquées, des articulations scapulo-humérales. et sterno-claviculaire droites.

Pas d'antécédents. pathologiques héréditaires ou personnels : c'est

(1) Observation communiquée. par M. E. Landouzy :leçon.clinique. de là Charité, 8 août 1882, surles athropathiesblennorrhagiques, localisations de maladie infectieuse.

MN Ts

la. première fois que surviennent des douleurs qui, au dire de la malade, seraient.apparues sans cause appréciable,

L'examen direct, de l'articulation scapulo-humérale ne. permet de constater autre chose que l’exaspération des douleurs par tous les mouvements spontanés ou provoqués. L’articulation sterno-claviculaire droite offre le volume d'un œuf de poule : douleur spontanée et à la pression. Fluctuation manifeste, pas de changement à la peau.

L'examen au spéculum fait reconnaître: um écoulement vaginouréthral, surtout. vaginal, datant d'une époque que. la. malade ne peut préciser, son attention n'ayant par aucun phénomène douloureux été attirée de ce côté.

Absolument rien à noter vers les sitrén organes.

8: juin. Vésicataire. volant sur l'articulation sterno-clavieulaire droite : pointes de feu sur toute la région scapulo-humérale droite.

Le 10. Amélioration.

Le- 11. Douleur violente et à début soudain en arrière de là malléole interne droite, synovite des gaines des fléchisseurs:.

Le 26. Synovite. de la. gaine des péroniers latéraux droits: contracture du pied en valgus. Réduction du pied par le chloroforme et contention dans un appareïl plâtré.

L'appareil est enlevé quinze jours après, le pied: est. dans la rectitude : le jeu des péroniers est difficile, douloureux; la: synovite persistant, applications de pointes de feu. Guérison au bout de huit jours.

Les douleurs ont disparu aux articulations scapulo-humérale et sterno-claviculaire, pourtant l’articulation sterno-claviculaire est toujours tuméfiée, volume d'un gros œuf de. pigeon. fluctuante et l’'écartement des surfacesarticulairesest de plus de2 centim. Rougeur de la peau qui, luisante, non œdématiée, paraît s’amincir. Il n’y a aucune douleur spontanée ou provoquée.

Redoutant l'ulcération de la peau tendue: etluisante, redoutant une augmentation dans l'écartement des surfaces articulaires, une ponction est faite le 28 julllet avec l'appareil Potain dans l'article sternoclaviculaire, Issue d'une pleine cuillerée à soupe d’un liquide séropurulent : pansement à la baudruche collodionnée:

fr août. Toute trace de: tuméfaction à disparu: Les douleurs ne réapparaissent ni dans l'épaule ni dans la jambe : il reste de la raideur dans le jeu des fléchisseurs du pied et des péroniers. Insidieusement mais assez rapidement il se fait dans tous les muscles de la jambe droite ainsi que dans les muscles grand! pectoral, deltoïde, biceps, triceps, sus et sous-épineux, sous-scapulaire, grand dentelé et grand dorsal droits une atrophie si considérable que la malade en devient toute asymétrique.

En octobre, lors de la sortie volontaire de là malade de la Charité (quatre: mois: après le début de là blennorrhagie et desarthrites blennorrhagiques), ni sur les coulisses tendineuses de: la jambe; ni sur

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