Ï. — SCARLATINE
La fréquence des accidents articulaires, au cours de la scarlatine, a depuis longtemps été constatée : avant Trousseau, qui les regarde comme presque constants, Graves, Pidoux, Chomel et Grisolle, en avaient noté avec soin les rapports et la marche clinique. Sennert, Daring, Murray, Borsieri, Wood, Kreyssig, Duchâteau, Kennedy, et tant d’autres ont contribué, par leurs travaux, à établir la physionomie propre de cette détermination, sans que pour cela on soit aujourd’hui beaucoup mieux fixé sur sa nature.
Les contemporains ont, en effet, repris la question au point de vue pathogénique, et conclu de différentes manières.
Les uns, avec M. Blondeau, établissent une identité entre la searlatine et le rhumatisme; d’autres, avec MM. Peter, Sanné, croient que le rhumatisme vrai s’éveille à propos de la scarlatine; d’autres enfin, avec MM. Jaccoud, Bourey, pensent que les arthropathies au cours de la scarlatine ne sont que des déterminations locales d’une cause générale, l'infection par le virus scarlatineux.
La discussion de ces différentes opinions doit nous arrêter un instant car il s’agit de savoir si ces manifestations articulaires rentrent dans notre cadre des arthrites infectieuses. Hâtons-nous, du reste, de trancher la question pour quelques-unes d’entre-elles : il se produit en effet au cours de la scarlatine des arthrites suppurées d'emblée, avec des symptômes généraux gaves, suivis le plus souvent de mort, et qui appartiennent évidemment à l'infection purulente; cette complication a lieu ici au même titre
que dans toutes les maladies fébriles graves, et pour elle, il ne saurait y avoir de discussion, quant à la nature infectieuse du processus.
On trouvera dans tous les livres récents, une réfutation complète de l’opinion soutenue par M. Blondeau. Cet auteur, se fondant sur l’analogie des déterminations diverses, angines, arthralgies, érythème, congestions pulmonaires, endocardite, ete., avait conclu de « l'identité de formes et d’allures, à l'identité de nature» entre le rhumatisme et la scarlatine. Cette théorie ingénieuse n'est plus guère défendue aujourd’hui, et nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps, renvoyant pour la discussion aux ouvrages précités.
La coïncidence du rhumatisme vrai avec la scarlatine compte au contraire baucoup de partisans. Pour M. Peter, il n’y a pas de doute: le rhumatisme se manifeste chez les scarlatineux avec son cortège habituel de complications articulaires et viscérales; pour cela, il suffit qu'il y ait une prédisposition, c’est la diathèse rhumatismale. Mais pourquoi la scarlatine aurait-elle Je pouvoir de réveiller cette diathèse ? M. Sanné pense trouver l'explication de ce fait dans les modifications du système cutané : «Les phénomènes articulaires et cardiaques qui se manifestent dans le cours de la scarlatine sont de nature rhumatismale; ils se développent en vertu d’une affinité très grande du rhumatisme pour la scarlatine, affinité qui reconnaît pour cause une diathèse rhumatismale préexistante, ou la modification que la scarlatine imprime à la peau, modification analogue à celle que produit le rhumatisme. »
À cela nous répondrons d’abord. que cette modification du fonctionnement de la peau se rencontre dans nombre d’autres affections que la scarlatine, et que, par suite, il n’y a pas de raison pour que cette dernière ait plus spécialement la faculté de réveiller la diathèse rhumatismale. D'autre part les auteurs sont loin d’être d'accord