USE
Si l’on fait abstraction des inflammalions qui ont pris naissance pendant la grossesse et qui se continuent pendant les suites de couches, on se trouve en présence. de deux sortes d'arthrites sacro-iliaques du postpartum :
Les unes sont des arthrites aiguës sans suppuration.
Les autres sont des arthrites suppurées.
A la 1" classe appartiennent : a) Des arthrites polyarticulaires franchement rhumatismales; et l’on comprend très bien que, chez les arthritiques ayant déjà subi des atteintes articulaires, le rhumatisme s’installe facilement, car au moment de la lactation, les humeurs subissent, dans leur composition, une variation qui les rapproche de celle des diabétiques et des malades à dyscrasie acide.
Le tableau clinique est dans ce cas absolument le même que celui que nous avons esquissé plus haut à propos du rhumatisme de la grossesse, peut-être l’évolution est ici un peu plus allongée. |
b) Des arthrites oligoarticulaires, des symphysites dont la pathogénie peut être variable, mais dont-les symptômes sont absolumentles mêmes dans tous les cas et ressemblent à ceux qui ont été précédemment décrits.
c) Nous n'insistons pas sur ces deux formes, mais nous désirons nous arrêter sur une troisième qui dépend, au dire de Quinquaud, du puerpérium infectieux et qui montre bien que l'infection peut ne pas être pyogène.
Cetle forme a les débuts de l'infection puerpérale. Elle
‘éclate sans doute un peu tard, dans la deuxième semaine qui suil l'accouchement, mais elle débute par un frisson das beaucoup de cas : celle-ci est assez violente pour qu’on s’imagine être en présence d’une de ces infections utérines encore trop fréquentes, et l’on cherche en vain de ce côté, lorsque apparaissent les douleurs qu’on parvient à localiser après un examen assez ciréonstancié ; plus tard, se montrent quelque-
fois de la rougeur et de l’œdème qui semblent indiquer la suppuralion prochaine de la symphyse. En deux ou trois Jours les symptômes ont acquis leur summum d'acuité : ils
ne vont pas plus haut, ils décroissent au contraire d’une
façon beaucoup plus lente qu'ils ne se sont établis. La réaction a été relativement faible, et, saufles douleurs, tout indique une affection bénigne qui guérira sans qu'il soit besoin d'une thérapeutique active.
À quoi tient cetle forme ? Sans doute à la résorption par les parois de l'utérus et du vagin des extravasalions sanguines où se cultivent les micro-organismes. Ces organismes ainsi résorbés ne sont sans doute pas assez nombreux ou assez virulents pour déterminer la suppuration de l’article,
Telle est la façon dont on peut comprendre cetle forme, dont la description se rapproche des débuts de l’arthrite suppurée que nous allons maintenant étudier.
L’arthrite purulente après l'accouchement était fréquente autrefois, au même titre que l'infection puerpérale ; elle devient une rareté pathologique maintenant que l’antisepsie et l’asepsie ont pris unelarge part en obstétrique.
Nous pouvons, avec Dührssen, qui a traité la question d’une
façon complète, envisager deux cas.
1° Cas dans lesquels il se produit une infection générale de l'organisme et où des abcès métastatiques se forment dans les articulations du bassin.
20 Cas dans lesquels n'existent que les symptômes de l’arthrite locale et qu'on était tenté autrefois de rapporter à une arthrite primitive, mais qui tiennent eux aussi à une infection.
Dans le premier cas on note tous les symptômes de la pyohémie; au frisson violent du début, assez semblable à celui
de la fièvre paludéenne, succède un état adynamique très 3 ä
en 50:
prononcé. Le faciès est altéré, grippé et abattu, le teint plombé couleur feuille morte, puis subictérique. Il y a de l'anorexie et de l’amaigrissement ; la peau se couvre d’un enduit pulvérulent, le nez se pince, les narines sont sèches, la langue est grillée, la muqueuse buccale fuligineuse ; l’haleine prend une odeur fade assez analogue à celle du pus. Cet accès initial se répète à intervalles irréguliers, etchaque fois l’état adynamique devient plus prononcé jusqu’à la mort, qui est la terminaison ordinaire et qui peut survenir de plusieurs facons, suivant les localisations qui se produisent.Pendant ce temps, tandis qu'il se produit des abcès métastatiques dans différents organes, des abcès de même nature peuvent se former dans les articulations ; alors aux symptô-. mes précédents viennent s'ajouter ceux de l’arthrite purulente, c'est-à-dire : douleur, rougeur, empâtement et un certain degré de chaleur locale.
Dans le second cas, les choses ne se Dada pas de la même façon. Il y a infection ainsi que le montre la température, quelquefois un frisson initial, mais le frisson ne se reproduit pas. L'état général n’est pas grave comme dans la forme précédente; on note cependant un certain degré d’adynamie, de la courbature, de la céphalalgie, une soif vive, un peu d’anorexie ; la langue est saburrale, les urines sont chargées d’urée. Dès la première semaine après l’accouchement, nous dit Dührssen, apparaît la localisation articulaire.
La patiente éprouve dans la région sacrée une gêne à laquelle ne tarde pas à succéder la sensation d'une douleur sourde d’abord, quelquefois vague, mais bientôt vive et aiguë. Cette douleur persiste au repos et donne lieu à des battements, des lancinations dans la jointure atteinte. Elle s’exaspère par le moindre mouvement du tronc etdes membres mettant en jeu les muscles insérés sur le bassin. La
ne (D E
marche, la station debout, sontimpossibles ; la malade, couchée sur le dos, garde un repos absolu.
Les parties aflectées sont chaudes, la pression y détermine de très vives souffrances. Tout autour se montre une tuméfaction souvent considérable à laquelle participent par-
. fois les tissus voisins. Si l’inflammation suit son cours, du
pus se forme dans les symphyses, la douleur devient profonde et pulsative, et l’état général se modifie: le pouls est petit et serré, la langue blanche et sèche, les urines rares et épaisses.
Localement on peut provoquer une fluctuation profonde. Le pronostic d’une pareille affection était autrefois très
sérieux et la mort s’ensuivait souvent. Alors, en effet, on
n'ouvrait pas les articulations, et la maladie, livrée à ellemême, produisait la fièvre hectique fatalement mortelle, à moins que, par un heureux hasard, l’articulation s’ouvrant d'elle-même, une suppuration sans fin ne s'établit, aboutissant quelquefois à une guérison lente.
Aujourd'hui, on ouvre l’articulation hâtivement, et, après avoir donné issue au pus, on fait un pansement antiseptique qu’on renouvelle autant de fois qu'il est nécessaire. Cette conduite très sage est le chemin qui conduit presque toujours à la guérison, et les proportions des guérisons sont plus fortes à cette heare que ne l’étaient autrefois les proportions des cas de mort, qui s’élevaient, d’après la statistique de Dührssen, à 80 °/.
Quels sont les agents de ces suppurations ? Doléris, Arloing, Chauveau, en ont décrit plusieurs espèces, mais la plus fréquente est sans contredit le streptocoque seul ou associé au staphylocoque. Les microbes en culture dans les plaies des organes génitaux y deviennent excessivement virulents, et, soit par la voie veineuse, soit par la voie Iymphatique, pénètrent dans les articulations. A la faveur du
ramollissement des tissus articulaires, de la prédisposition inflammaloire qu'ils possèdent parce qu'ils sont constamment irrilés ; à la faveur du traumatisme, produit parfois par la distension ou la rupture des liens articulaires ; à la faveur des extravasalions sanguines qui leur fournissent un lerrain dé culture admirable, ils y pullulent et forment l’abcès arliculaire qui est le terme le plus élevé de ces inflammalions des symphyses du bassin, et qui en est aussi le plus redoutable, si l’on n'y porte un prompt remède, ear lui seul meten danger la vie de la malade. <